Athènes (Grèce): l’opération policière « loi et ordre » contre Exarcheia et Rouvikonas serait prête à être lancée

Publié sur
https://fr.squat.net/2019/07/09/athenes-grece-operation-policiere-contre-exarcheia-et-rouvikonas/

Athènes (Grèce): l’opération policière « loi et ordre » contre Exarcheia
et Rouvikonas serait prête à être lancée

Le compte à rebours approche de la fin, au centre d’Athènes, pour les
anarchistes, les autogestionnaires, les migrants et les solidaires.

Selon le nouveau ministre de l’ordre public, Michalis Chrysochoidis, et
le sous-ministre en charge de la politique pénale et pénitentiaire,
Lefteris Economou, le plan de l’État serait prêt pour attaquer le
quartier rebelle d’Athènes.

Un énorme dispositif policier se prépare, avec des MAT (CRS), des
voltigeurs DIAS, des agents des services de renseignements, des équipes
antiterroristes et d’autres unités.

Le nouveau premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, veut absolument que
son mandat commence en frappant un grand coup, au plus vite, contre «
les « anarchistes et « les cagoulés » qui seraient soi-disant
responsables du trafic de drogues et du trafic d’armes dans la capitale.
« Les migrants » seraient également responsables de cette chienlit,
selon les chaînes de télé, plus précisément « employés par les
antiautoritaires » dans une sorte de « mafia libertaire et
internationale au centre-ville ».

Bref, une très grosse parano dans tous les médias à la botte pour
justifier l’offensive imminente de l’État grec contre un des rares
bastions d’autogestion en Europe. Un quartier d’Exarcheia qui « donne de
très mauvaises idées ailleurs, depuis trop longtemps », notamment dans
sa résistance contre les incursions policières.

Le nouveau gouvernement a annoncé l’évacuation imminente de tous les
lieux occupés, quel que soit l’objet du squat, dans la totalité du
quartier, et de nombreuses perquisitions pour chercher de la drogue, des
armes et d’autres équipements utilisés dans les luttes.

Les principaux chefs de la police se déclarent prêts à intervenir et
certains de leurs subalternes ont même fait le buzz sur Facebook en
annonçant leur joie d’aller casser de l’anar et du migrant. Par exemple,
le flic Konstantinos Iliopoulos a déclaré :
« À partir de demain, anarchistes de merde et fils de putes, nous serons
dans Exarcheia comme chez nous avec l’équipe Delta » (groupe tristement
célèbre de voltigeurs très violents recrutés dans l’extrême-droite la
plus virulente).

Le pouvoir caresse également l’idée de classer Rouvikonas parmi les
organisations terroristes, chose à laquelle ses prédécesseurs avaient
renoncé il y a un an(1). « Empêcher définitivement de nuire Rouvikonas
est la priorité du premier ministre » a rappelé son porte-parole. Le
K*Vox, place Exarcheia, est donc plus que d’autres dans le collimateur
de cette opération qui devrait commencer un des prochains matins à l’aube.

Difficile de dire exactement quand ni même comment les choses vont se
dérouler, mais on s’attend à beaucoup de violences de la part des CRS,
impatients de pouvoir se venger contre ce quartier qu’ils détestent
depuis longtemps, et contre les membres du mouvement social qui s’y
trouvent.

Ce qui est certain, c’est que Exarcheia ne se laissera pas faire et,
surtout, que garder durablement le contrôle du quartier sera plus
difficile que d’y rentrer. Je n’en dirai pas plus ici.

Merci de votre soutien d’où qu’il vienne : il faut faire savoir qu’une
fois de plus un état veut mater une zone de résistance, un laboratoire
d’autonomie, d’expériences autogestionnaires et libertaires, mais aussi
une formidable alternative d’accueil aux sordides camps de réfugiés.
Pour le dire autrement, une fois de plus, le pouvoir veut faire
disparaître l’utopie pour ne pas lui-même disparaître.

Tôt ou tard, ce sera le pouvoir ou nous. La liberté ou la mort. Car le
capitalisme et la société autoritaire nous mènent dans l’impasse à tous
points de vue. Soit cette société mortifère va continuer à détruire le
monde, soit nous parviendrons tôt ou tard à nous libérer, à sauver la
vie, à essayer autre chose.

Bien sûr, les prochains jours seront difficiles et peut-être même
tragiques. Parmi les nombreux policiers qui vont venir nous chasser,
nous frapper, nous arrêter, dans le labyrinthe du quartier et ses zones
d’ombres, il y aura des néonazis et d’autres vermines fascistes
impatientes de nous faire souffrir, de se venger de la chute d’Aube
Dorée, et de casser tout simplement du gauchiste, du migrant, de
l’anarchiste. Mais nous n’avons pas peur.

Nous n’avons pas peur du présent parce que nous sommes déjà demain. Nous
portons une autre façon de vivre ensemble dans nos têtes et dans nos
cœurs, un monde libéré des horreurs qui le défigurent, une vie sans
tyran et sans valet. Nous ne résistons pas pour Exarcheia, mais pour
tout le monde : pour qu’un jour, d’autres que nous parviennent à sortir
de la préhistoire politique de l’humanité.

Yannis Youlountas

Des squats en Grèce:
https://radar.squat.net/fr/groups/country/GR/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) en Grèce:
https://radar.squat.net/fr/groups/country/GR
Des événements en Grèce: https://radar.squat.net/fr/events/country/GR

[Publié le 9 juillet 2019 par Yannis Youlountas sur son blog.]
http://blogyy.net/2019/07/09/loperation-policiere-loi-et-ordre-contre-exarcheia-et-rouvikonas-serait-prete-a-etre-lancee/

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Liban : Rassemblement pour Georges Abdallah à l’occasion du 14 juillet

A l’occasion du 14 juillet, plus d’une centaine de personnes se sont réunies devant la résidence de l’ambassadeur français pour exiger la libération immédiate de Georges Abdallah. L’armée et la police libanaises étaient nombreuses et agressives pour tenter d’empêcher la mobilisation. Mais pendant plus d’une heure, les militants ont scandé sans cessé des slogans pour la libération du communiste libanais, en soutien à la libération de la Palestine et contre l’impérialisme français. Un message audio de Georges Abdallah a été diffusé à la fin du rassemblement. Le communiste Anoir Yassine, ancien prisonnier de l’occupant sioniste pendant 17 ans et libéré suite à un échange de prisonnier, a fait une déclaration de soutien.

Manifestants ce dimanche à Beyrouth

Manifestants ce dimanche à Beyrouth

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

En Tunisie : 25ème jour de grève de la faim pour Sonia Jebali et Basma Mahmoudi !

Paris le 12 juillet 2019

Sonia Jebali est en grève de la faim depuis le 17 juin avec Basma Mahmoudi, dans les locaux de la Ligue Tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH) à Tunis.

Après la révolution en 2011, Sonia Jebali avec ses camarades du syndicat Ugtt de SEA Latelec, a mené une longue lutte dans la filiale tunisienne de l’entreprise française Latécoère, qui bafouait le droit du travail tunisien et les conventions internationales.
Depuis l’ex-syndicaliste de Latelec, blacklistée, ne peut retrouver du travail. Pour cette raison, elle est en grève de la faim depuis 25 jours avec Basma Mahmoudi, travailleuse d’une autre entreprise, licenciée pour avoir tenté d’y installer un syndicat.
La discrimination syndicale n’est pas acceptable !

Alors qu’elles ont défendu leurs droits et qu’elles demandent aujourd’hui simplement d’avoir accès à un emploi dans la fonction publique, les vies de Basma et Sonia sont en danger !
Une telle grève d’une durée aussi longue risque de toutes façons d’avoir de graves conséquences.
Nous ne pouvons accepter cette situation intolérable !
Nous étions solidaires des travailleuses de Latelec il y a cinq ans, aujourd’hui nous ne laisserons pas faire sans rien dire !
Nos associations altermondialistes, syndicales, féministes en appellent aux autorités tunisiennes afin de trouver une solution immédiate et que les vies de Sonia Jebali et Basma Mahmoudi soient sauves.

Signataires : Attac, Cedetim, Union syndicale Solidaires

Contact : Huayra LLanque +33 6 23 90 62 88

Documents à télécharger

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

L’ACHARNEMENT JUDICIAIRE SE POURSUIT CONTRE ANTONIN BERNANOS

Le 27 juin 2019, Antonin, en détention préventive à la prison de Fresnes suite à un affrontement à Paris entre antifascistes et militants d’extrême-droite, a été transféré à la prison de la Santé. Ni lui, ni son avocat ni ses proches n’avaient été prévenus.

Des permis de visite avaient enfin été accordés à sa famille après avoir passé deux mois sur le bureau de la juge Sabine Kheris, et des dispositions venaient tout juste d’être prises pour qu’Antonin puisse continuer sa scolarité en Master de sociologie à l’EHESS. Tout cela est repoussé jusqu’à nouvel ordre.

Un transfert à la Santé pouvait sembler une bonne nouvelle : il rapprochait Antonin de ses proches mais aussi de ses professeurs et les conditions de détention de la Santé sont incomparablement meilleures à celles, ahurissantes, de Fresnes. Il n’en est rien. Ce changement était provisoire.

Le directeur interrégional de l’administration pénitentiaire vient en effet, avec l’aval de la juge d’instruction, de demander le transfert d’Antonin vers une prison hors d’Île-de-France. L’administration pénitentiaire reproche à Antonin, sans fondement aucun, d’être un facteur de troubles : il serait la cause d’un survol de drone de la prison et du caillassage d’agents de sécurité, alors qu’il est à l’isolement depuis plus d’un mois. Lui sont reprochés la médiatisation de son incarcération ainsi que le soutien de « la mouvance ultra gauche francilienne », susceptible d’après les services de la pénitentiaire de mener « des actions à l’encontre des établissements » où Antonin est incarcéré.

Cette terminologie grotesque et paranoïaque pourrait prêter à sourire si elle ne venait pas justifier une dure réalité. Antonin est aujourd’hui incarcéré depuis près de trois mois pour une affaire dans laquelle il conteste les faits et qui tient uniquement sur le témoignage d’un militant fasciste de Génération identitaire. Sa détention a été décidée par un juge des libertés, Charles Prats, qui n’hésite pas à dire publiquement sa détestation des antifascistes. Antonin est tenu loin de ses proches, qui ne peuvent toujours pas le voir et son courrier transite toujours de manière aléatoire. Toutes les dispositions qu’il a pris avec ses professeurs et les centres scolaires des prisons de Fresnes et de la Santé, afin de lui permettre de passer ses examens, ont été sabordées par ce harcèlement pénitentiaire.

Le placement à l’isolement et la volonté de limiter ses rapports avec ses proches étaient déjà disproportionnés au vu de l’affaire. Ces transferts, extrêmement peu courants dans le cadre d’une détention préventive, indiquent une volonté claire de maintenir longuement Antonin en détention, envers et contre tout. Cet acharnement judiciaire constitue une véritable vengeance d’État, qui vise à déstabiliser un militant actif au sein des luttes en cours et à épuiser ses soutiens.

Élaborées d’abord pour les populations non-blanches des quartiers populaires et progressivement élargies aux militants révolutionnaires et aux Gilets jaunes, ces mesures d’exception sont la traduction du tournant autoritaire de l’État français.

Nous ne sommes pas dupes, les pratiques carcérales ne sont jamais bienveillantes. Reste que ces pratiques se massifient et s’étendent dans un contexte de conflictualité sociale exacerbée. À l’heure où l’autorité de l’État est remise en cause, il n’est pas étonnant qu’à l’instar des institutions policières et judiciaires, l’administration pénitentiaire se radicalise.

Collectif Libérons-Les
Paris, le 10/07/2019.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

De l’Algérie au Soudan, un nouveau souffle pour les printemps arabes

https://orientxxi.info/magazine/de-l-algerie-au-soudan-un-nouveau-souffle-pour-les-printemps-arabes,3187

Ce qui se passe au Soudan et en Algérie n’est pas une répétition des printemps arabes, mais une vague qui apprend des leçons et des erreurs du passé.

 

Manifestation à Alger le 7 juin 2019
Ryad Kramdi/AFP

Les manifestations en Algérie et au Soudan redonnent aux printemps arabes un nouveau souffle, qui a été temporairement interrompu en 2012-2013 par l’établissement d’un axe contre-révolutionnaire comprenant Riyad, Abou Dhabi et Le Caire ; et par la transformation de certains soulèvements en guerres civiles, transformation amplifiée par la polarisation géopolitique de la région et soutenue par les États-Unis, Israël, l’Iran et la Russie.

Cependant, les soulèvements algérien et soudanais de 2019 ne se contentent pas de répéter les printemps arabes, ils l’étendent et l’approfondissent. Ils montrent que la sociologie de la résistance a changé. Ces fronts populaires ne sont pas seulement le produit de mouvements de jeunesse, ils sont aussi le fruit de fondations sociales profondes, transversales et interclasses. Les femmes y jouent également un rôle nettement plus important. Ces nouveaux acteurs rebelles ont tiré les leçons de l’année 2011 ; ils savent qu’il ne suffit plus de renverser des présidents. Maintenant, ils doivent se mobiliser contre des systèmes complexes de gouvernance qui impliquent les militaires, la bureaucratie et les factions conservatrices au sein même de l’État. Ils ne se limitent pas non plus aux mêmes espaces publics ; ils sont plus diffus.

L’armée, actrice centrale mais affaiblie

En même temps, les régimes algérien et soudanais, dont l’armée est l’actrice centrale, ont compris qu’il faut jouer avec de nouvelles règles.

Les deux révolutions ne pouvaient qu’aboutir à une impasse dans un premier temps : les forces sociales exigent une transformation politique totale qui se heurte à des autocraties résistantes. La meilleure stratégie de ces dernières consiste à désorienter leurs adversaires et à semer la peur. Les soulèvements algérien et soudanais incarnent donc une version moins romantique de l’esprit révolutionnaire évoqué par le premier printemps arabe. Le sort de ces affrontements entre régimes et opposition n’est pas déterminé par les seuls rêves et ambitions des manifestants, mais par les paramètres structurels qui définissent le cadre institutionnel, les conditions historiques et la configuration organisationnelle de chaque pays.Si les avancées de l’État et de la société civile tunisiens ont été menées grâce à des associations civiques fortes et à une culture du constitutionnalisme, les politiques algérienne et soudanaise ont longtemps été définies par la place centrale de l’armée. Cependant, ces deux cas ne sont pas identiques et, dans leurs différences, on trouve une explication à leurs évolutions de plus en plus divergentes.

Les gardiens de l’État algérien

En Algérie, l’armée dirige le pays derrière une façade civile depuis 1965. C’est l’épine dorsale du pouvoir d’État. Cependant, elle n’est pas aristocratique comme en Égypte ; elle puise sa légitimité populaire dans la lutte anticoloniale et dans son rôle dans la libération nationale. Ce passé a contribué à la formation d’une armée unitaire, cohérente et professionnalisée. Si elle agit moins comme une caste sociale que comme une organisation fonctionnelle, certains généraux ont aujourd’hui des réflexes prétoriens et se considèrent comme les gardiens de l’État, donc au-dessus de tout reproche. De concert avec le Front de libération nationale (FLN) au pouvoir et par l’intermédiaire de ses services de sécurité, l’armée a renversé des présidents, convoqué des élections et dicté le rythme de la vie politique civile.

Cependant, si de nombreux généraux sont corrompus, l’armée algérienne n’a pas d’intérêts commerciaux autonomes, contrairement à l’Égypte, bien qu’elle échappe également au contrôle civil dans ses dépenses internes.

Dans le contexte algérien, l’armée occupe par conséquent une position unique. Elle se présente à la fois comme nationale et patriotique, symbolisant l’identité collective du peuple algérien tout en assurant la sécurité de l’État. Pourtant, elle a rarement gouverné ou même tué directement, préférant utiliser l’appareil de l’État et ses appendices institutionnels pour infliger la violence. Dans les années 1990 par exemple, elle a combattu contre les islamistes pendant la guerre civile, au nom de la sécurité nationale contre l’extrémisme religieux. Pendant ce conflit, elle n’a pas mené de batailles conventionnelles ; elle a plutôt encouragé des milices anti-islamistes et employé des « escadrons de la mort » paramilitaires. Cela explique aussi pourquoi les soldats hésitent à tirer directement sur les manifestants, contrairement à ce qui se passe en Égypte.

Les militaires éloignés du pouvoir

Cependant, un changement majeur s’est produit avec l’ère Bouteflika : le régime civil a réformé les institutions de l’État pour éloigner les militaires du pouvoir. Abdelaziz Bouteflika a retiré le contrôle des services de sécurité à l’armée, en y insérant des loyalistes et en créant une nouvelle classe d’oligarques grâce aux pétrodollars. Ainsi, le modèle algérien d’autocratie a fusionné la tactique de cooptation du makhzen marocain avec la politique de distribution rentière des royaumes du Golfe — deux systèmes qu’il a très bien compris.

En même temps, les élites dominantes du FLN et les partis légaux d’opposition ont été tellement attirés par ce système de maintien du régime qu’ils ont perdu toute crédibilité auprès du public, qui les perçoit comme des marionnettes de l’État. Ceci est prévalent dans beaucoup de pays arabes.

La société algérienne est cependant confrontée à une autre complication. Les violentes dépossessions subies dans le passé ont créé un ressentiment encore plus grand à l’égard d’un État qui n’est plus en mesure ni désireux d’offrir des possibilités économiques ou une voie politique. Ces dépossessions ont eu lieu à chaque génération, de la guerre d’indépendance à la crise économique des années 1980 en passant par la guerre civile des années 1990 et la répression du mouvement kabyle dans les années 2000. L’impératif sécuritaire de l’État durant tous ces épisodes a éviscéré la société civile algérienne, si bien que peu de syndicats, de mouvements étudiants et de groupes civiques ont pu s’affranchir du pouvoir étatique.

Un mouvement audacieux et sans leader

Cet écrasement de la société et les changements institutionnels effectués par la présidence Bouteflika aboutissent à la situation imprévisible actuelle. Le mouvement populaire algérien est à la fois très audacieux et sans leader. Il incarne un « dégagisme » épidermique, en ce sens que tout intermédiaire qui tente de négocier avec les militaires ou de s’emparer politiquement de l’opinion publique est instantanément discrédité en tant que valet de l’ordre politique existant. Ainsi, le mouvement cherche à formuler des revendications directes aux militaires durant ce moment de transition.

Inversement, l’armée algérienne se retrouve dans une situation difficile. Elle a écarté Bouteflika et arrêté nombre de ses acolytes pour apaiser la contestation populaire, mais elle refuse toujours tout scénario politique où elle ne serait pas au sommet du pouvoir, étant donné son rôle historique. Dans le même temps, elle est soumise à de fortes contraintes sans avoir, comme par le passé, la main sur les anciennes institutions de sécurité et de contrôle social. Elle n’a pas non plus l’habitude de gouverner aussi ouvertement sans une façade civile. Et, fait inédit, elle a été rejetée à deux reprises par la population : chaque élection présidentielle proposée pour mettre fin à la crise a été refusée par les manifestants, qui ont estimé qu’elle offrait une garantie insuffisante pour les changements futurs.

Il reste donc trois scénarios. Premièrement, l’armée peut sévir et affirmer ouvertement sa dictature comme en Égypte, bien que cela soit très improbable. Deuxièmement, elle peut se débattre dans les méandres institutionnels, mais la rue ne recule pas et ne semble pas vouloir lui offrir une sortie honorable. Troisièmement, elle peut attendre la lassitude des manifestations et proposer une solution hybride pour un nouvel ordre politique, en comptant sur la division de l’opposition, préservant ainsi sa place centrale dans le système. Cependant, les pressions ne feront que s’intensifier en faveur d’un changement significatif, et les militaires ne feront que retarder l’inévitable.

De son côté, le mouvement social devrait choisir des porte-paroles capables d’interagir avec l’armée pour la négociation d’un pacte qui préserverait initialement le domaine réservé des militaires en échange d’indiscutables garanties de changement démocratique immédiat et d’approfondissement des réformes.

Le chaos à Khartoum

Le scénario soudanais contraste fortement avec celui de l’Algérie en termes de paramètres structurels, ce qui rend plus compréhensibles les mesures de répression prises récemment. Trois grandes différences ressortent de la comparaison.

— Premièrement, l’armée soudanaise n’a pas le statut patricien et les gages nationalistes des forces armées algériennes. L’armée soudanaise est intervenue en politique à plusieurs reprises depuis les années 1950, mais pas uniquement pour protéger les intérêts de la nation. L’armée était plutôt l’un des nombreux concurrents politiques, aux côtés de différents partis et courants idéologiques qui cherchaient à s’emparer du soutien de l’opinion publique et à contrôler le pouvoir de l’État.

— Deuxièmement, l’armée n’est pas unifiée. Ses fortes divisions internes ont provoqué le chaos lors des plus grandes manifestations du mois d’avril 2019, et les troupes soudanaises se sont heurtées aux forces de sécurité d’Omar Al-Bachir. Après sa destitution, l’armée a opéré de nombreux remaniements internes alors que le Conseil militaire nommait de nouveaux dirigeants, licenciait les anciens et restructurait ses forces.

Une société civile active et autonome

— Troisièmement, contrairement à l’Algérie, la société civile et les organisations sociales soudanaises ont conservé une forte autonomie. Cela est en partie dû à l’héritage historique du pluralisme et de la politique partisane dans la lutte pour le pouvoir au Soudan, dans la mesure où différents courants concurrents, dont l’islamisme, ont souvent mobilisé les forces sociales pour assurer leur légitimité. Si le mouvement populaire soudanais est énorme, comme en Algérie, il a, de plus, bénéficié d’un encadrement clair de la part de syndicats professionnels et d’associations juridiques qui ont contribué à maintenir une forte pression sur les militaires pour qu’ils s’engagent en faveur de la démocratie.

La répression soudanaise, qui a été pernicieuse, s’explique mieux grâce à ces paramètres. Le soulèvement semblait plus dangereux pour l’armée en raison de son leadership plus fort, de son autonomie et de sa cohésion politique. L’armée soudanaise était et est toujours plus fragmentée et moins compacte. Cela explique aussi pourquoi le parti de la ligne dure au sein de l’armée était plus susceptible de se tourner vers les milices janjawid pour attaquer ouvertement les manifestants afin d’écraser le soulèvement.

La réaction de Riyad et d’Abou Dhabi

Tout comme les mouvements populaires et les régimes autoritaires ont appris des printemps arabes, le front contre-révolutionnaire dans le monde arabe en a aussi tiré des leçons. Il n’a pas attendu les avancées démocratiques, mais s’est activé rapidement pour écraser toute possibilité de transition politique. Au Soudan, le front dirigé par les Saoudiens a incité les janjawid à attaquer le mouvement de protestation. En Algérie, le même front a réagi à la démission de Bouteflika en poussant Khalifa Haftar et ses forces militaires en Libye à commencer leur campagne pour la conquête de Tripoli.

L’objectif de ce courant contre-révolutionnaire est de créer le chaos et d’empêcher tout changement politique positif dans la région qui pourrait ensuite se propager dans les centres autocratiques.

Les enjeux sont plus élevés pour l’axe contre-révolutionnaire que par le passé, et cela pour deux raisons. Premièrement, l’archétype égyptien de la dictature restaurée ne se répand pas dans toute la région et nécessite une répression intense pour simplement assurer sa survie. Deuxièmement, l’axe contre-révolutionnaire lui-même a une faiblesse fondamentale : Riyad. Le régime égyptien est prévisible, car il se concentre intérieurement sur la stabilité et la répression. Les dirigeants émiratis sont stratégiques et accompagnent leurs objectifs économiques à long terme par de subtiles interventions. Mais l’Arabie saoudite du prince héritier Mohamed Ben Salman s’est montrée maladroite dans l’exercice du pouvoir. Ses interventions brutales ont créé des schismes géopolitiques, des embarras diplomatiques et de graves catastrophes humanitaires.

L’exemple du Hirak au Maroc

Le front contre-révolutionnaire est maintenant dans une course contre la montre, et ne reculera devant rien pour atteindre ses objectifs. Il ne vise plus à créer des modèles de stabilité autoritaire, mais cherche plutôt à répandre l’instabilité. C’est à travers ce prisme qu’on peut partiellement comprendre l’insistance de Riyad pour pousser les États-Unis à la guerre contre l’Iran. Alors qu’au Soudan cette stratégie peut réussir compte tenu des fractures au sein de l’armée, elle risque fort d’échouer en Algérie à cause de l’ensemble des paramètres structurels décrits ci-dessus.

Plus généralement, elle échouera au Maghreb pour plusieurs raisons. Si l’axe contre-révolutionnaire prospère en exploitant les divisions politiques, il ne pourra utiliser ce levier au Maghreb où il n’y a plus de divisions idéologiques. L’islamisme a perdu de son attrait, avec de nombreux islamistes cooptés et d’autres simplement rejetés après la catastrophe de l’organisation de l’État islamique (OEI). La seule alternative politique islamiste sérieuse reste le parti Ennahda en Tunisie.

La dernière option possible pour Riyad est un soutien massif au salafisme, comme dans le cas du mouvement madkhali en Libye. Au Maghreb, il s’agit cependant d’une stratégie peu productive, parce que ces mouvements sont légitimistes par définition et se subordonnent à l’autorité des régimes en place. Soutenir les mouvements régionaux ne peut pas fonctionner non plus, car ils ne sont pas sécessionnistes. Le Hirak du Rif au Maroc, par exemple, cherche à trouver sa juste place au sein de la nation marocaine plutôt que de s’en séparer.

Les oppositions démocratiques au Maghreb n’ont plus réitéré l’erreur d’embrasser le populisme, qui peut être une autre source de clivage. Enfin — et c’est peut-être le plus important — les populations maghrébines ont développé ces dernières années des sentiments toujours plus anti-saoudiens, anti-émiratis et anti-égyptiens.

Hicham Alaoui

Chercheur associé au Weatherhead Center for International Affairs de l’université de Harvard.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Appel au soutien pour aider 47 militants basques en procès

Le jugement à l’encontre des personnes accusées d’avoir œuvré en faveur de la défense des droits des prisonniers s’ouvrira le 16 septembre à l’Audience Nationale Espagnole.
Le procureur demande une peine totale de 601 années de prison pour les quarante sept personnes accusées dans le macro-procès 11/13, c’est-à-dire des peines d’entre 8 et 20 ans contre les membres de ce collectif composé des organisations Herrira, Jaiki Hadi, Etxerat, de même que d’avocats de prisonniers basques et d’affiliés au groupe d’interlocution du Collectif des prisonniers basques.
Parmi les accusés, il y a des médecins et infirmières qui ont pris soin de la santé des prisonniers et exilés, réalisant un suivi et faisant connaître les cas les plus graves. D’autres sont accusés d’avoir organisé des mobilisations pour défendre les droits des prisonniers. Le cas des avocats est particulièrement surprenant dans la mesure où leur travail a consisté à défendre des accusés et à dénoncer des manquements aux droits de l’Homme auprès de différents tribunaux espagnols ou européens. Des proches de prisonniers, accusés de s’organiser pour essayer de minimiser les effets de la dispersion dans des prisons loin du Pays Basque, sont aussi touchés.
Les 47 accusés se déclarent fiers et satisfaits de toutes ces activités, réalisées publiquement et ouvertement, en suivant leurs principes politiques et éthiques au sein d’un grand réseau de solidarité. Leur action s’inscrivait dans ce qu’ils estimaient être le contexte d’une nouvelle époque de résolution du conflit. Ils accusent les « égouts de l’État » d’être derrière les opérations de police qui les ont frappés.Une grande manifestation est convoquée dans les rues de Bilbo le 14 septembre prochain, à la veille de l’ouverture du procès.
Le procès supposera une charge économique impressionnante pour les militants : 350 000 euros au total en tenant compte des factures de la défense, des déplacements, des logements à Madrid, chaque accusé devra payer environ 7 000 euros de sa poche. Les prévenus sont des travailleurs et certains d’entre eux ont de véritables problèmes pour faire face au coût que le procès va supposer.
Les 47 accusés ont ouvert un compte bancaire, dans lequel les personnes qui veulent les aider pourront procéder à un virement bancaire : DEUSTUKO DONEPERIAKO FAMILI BIC : CLPEES2M -IBAN : ES82 3035 0057 9205 7005 9033
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Arrestations massives, nombreux blessés et châtiments collectifs à Jérusalem

  • viadeo


Une mère palestinienne de Jérusalem vient d’être arrêtée par l’armée d’occupation afin de faire pression sur son fils, afin de l’amener à « se rendre ».

Mahmoud Ebeid, est un adolescent du quartier d’Issawiya, à Jérusalem, où l’armée n’a cessé d’attaquer la population et de procéder à des arrestations massives depuis une dizaine de jours, après avoir tué un jeune de 21 ans, et blessé 95 autres jeunes, en colère après ce meurtre.

En matière d’arrestations, Israël bat tous les records en ce moment, et va jusqu’à arrêter des femmes qui rendent visite à leur mari ou leur fils en prison, comme Sabha Maghamreh arrêtée lors d’une visite à son mari emprisonné, et la mère de Hamdi Rummaneh dans les mêmes circonstances !

Au total, 2600 Palestiniens arrêtés au cours des 6 premiers mois de 2019, selon le Centre d’études sur les prisonniers.
Parmi eux, 410 enfants et 70 femmes et 94 arrestations à Gaza, concernant principalement des pêcheurs.

Israël a également arrêté 4 membres du conseil législatif palestinien, dont certains avaient déjà passé de longues périodes dans les prisons israéliennes.

ON apprend par ailleurs que Waleed Tamimi de Nabi Saleh et de la famille d’Ahed Tamimim a été libéré ce lundii après 15 mois d’emprisonnement, et 5000 shekels d’amende (environ 1200 euros).


La plupart des femmes arrêtées sont de Jérusalem occupée, mais la plus jeune, Walaa Gheith, 16 ans, est de Hébron.

A ISSAWYIA L’ARMÉE D’OCCUPATION SE DÉCHAINE

Et des punitions collectives en tous genres s’abattent sur la population, comme la mise à sac des domiciles, des hôpitaux et des cliniques.
l’armée a ainsi envahi plusieurs services de l’hôpital al-Makassed à Jérusalem. Invasions pendant lesquelles de nombreux médecins, infirmières et même des patients ont été agressés alors que les forces d’occupation étaient à la recherche des jeunes qu’ils avaient blessés pour les arrêter.

Le Croissant Rouge palestinien a fait état depuis le 28 juin dernier de soins apportés à plus d’une centaine de Palestiniens, dont 74 par balles.

En plus des destructions de biens (maisons et voitures) appartenant à des Palestiniens, des amendes sont infligées à tout va, tandis que les bouclages du quartier se multiplient.

A GAZA, PAS DE TRÊVE POUR LES MASSACRES

Par ailleurs, 95 manifestants, dont 33 enfants, un journaliste et 4 femmes incluant une secouriste, ont été blessés à Gaza vendredi dernier, alors que se poursuivent les Marches du Retour hebdomadaires.

Le Centre palestinien pour les droits de l’Homme (PCHR) a comptabilisé 207 morts et 13 053 blessés, dont 2638 enfants et 398 femmes, 214 soignants et 203 journalistes, depuis le début de ces marches pacifiques, le 30 mars 2018.

CAPJPO-EuroPalestine

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire