Sommet du Conseil de coopération du Golfe

Répression systématique de la liberté d’expression dans le Golfe

Le bilan déplorable des droits humains dans les États du Golfe ne doit pas être balayé sous le tapis lorsque les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) se réuniront dans la capitale bahreïnite, Manama, les 6 et 7 décembre, à l’occasion de leur sommet annuel, a déclaré Amnesty International lundi 5 décembre 2016.

Il est à noter que les droits humains seront absents de l’ordre du jour du sommet annuel, qui réunira les six États du CCG – Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis – pour débattre de la coopération en matière de commerce et de sécurité, sans évoquer la vague de répression qui balaie la région pour des motifs de sécurité.

« Depuis quelques années, à travers les pays du Golfe, nous constatons que les militants des droits humains, les opposants politiques pacifiques et les détracteurs des autorités sont systématiquement pris pour cibles au nom de la sécurité. Des centaines d’entre eux sont harcelés, poursuivis illégalement, déchus de leur nationalité, détenus de manière arbitraire ou dans certains cas emprisonnés voire condamnés à mort à l’issue de procès iniques, dans le cadre d’une initiative concertée visant à les intimider et à les réduire au silence, a déclaré Randa Habib, directrice régionale du bureau d’Amnesty International pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

« Le recours à ces méthodes pour piétiner les droits des citoyens dans les États du CCG doit prendre fin sans délai. »

La Première ministre britannique Theresa May, qui doit assister au sommet du CCG, a une occasion unique d’évoquer les préoccupations relatives aux violations des droits humains relevant d’une pratique bien établie dans la région.

« Depuis des années, les alliés occidentaux des États du CCG, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, répugnent à parler franchement des violations endémiques des droits humains dans le Golfe. Ils tournent ainsi le dos aux innombrables victimes dans la région. Il est grand temps que les alliés du CCG cessent de faire passer le commerce et la coopération en matière de sécurité avant les droits humains et Theresa May doit saisir cette occasion d’aborder des problèmes clés en matière de droits », a déclaré Randa Habib.

Dans les années qui ont suivi les soulèvements de 2011 dans le monde arabe, plusieurs pays du Golfe ont adopté des lois répressives relatives au terrorisme, à la cybercriminalité et aux rassemblements publics, en vue de restreindre la liberté d’expression et de sanctionner ceux qui critiquent les politiques gouvernementales, leurs dirigeants ou ceux d’autres États du CCG.

Dans les pays du CCG, se dégage clairement une tendance qui consiste à s’appuyer sur des lois générales et vagues relatives à la sécurité afin de condamner des militants et détracteurs pacifiques à l’issue de procès d’une iniquité flagrante.

« Si les tensions sont vives dans la région depuis la montée du groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) et le risque d’attentats meurtriers, ce n’est pas une excuse pour se déchaîner en écrasant toute forme de dissidence pacifique. Les gouvernements du CCG doivent cesser d’utiliser la sécurité comme un prétexte pour justifier la répression », a déclaré Randa Habib.

Parmi ceux qui sont pris dans les filets de la répression figurent des défenseurs des droits humains, des leaders de l’opposition, des journalistes, des avocats et des universitaires.

Citons entre autres en Arabie saoudite l’avocat et défenseur des droits humains Waleed Abu al Khair, dont le cas illustre parfaitement l’usage de la loi antiterroriste pour sanctionner ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression. Il purge actuellement une peine de 15 ans de prison après avoir été condamné à l’issue d’un procès inique aux termes de la loi antiterroriste de 2014, pour diverses infractions liées à son travail en faveur des droits fondamentaux et pour un acte qui ne devrait même pas être criminalisé. Il a défendu de nombreux militants pacifiques et a critiqué haut et fort le terrible bilan de l’Arabie saoudite en termes de droits humains.

Le 1er décembre, le tribunal antiterroriste de Riyadh a alourdi à l’issue d’un procès iniqueen appel la peine prononcée à l’encontre d’Issa al Hamed, défenseur saoudien, de neuf à 11 années de prison.

Cas emblématique aux Émirats arabes unis, l’avocat spécialiste des droits humains Mohammed al Roken purge une peine de 10 ans de prison. Il a été déclaré coupable d’infractions liées à la sécurité nationale à l’issue du procès collectif, et inéquitable, de 94 accusés.

Dans la région, des citoyens se retrouvent à purger de lourdes peines de prison simplement pour avoir osé exprimer leurs opinions librement sur les réseaux sociaux. Le célèbre militant bahreïnite Nabeel Rajab compte parmi plusieurs militants dans les pays du CCG qui ont été poursuivis illégalement pour avoir posté des commentaires sur Twitter.

Au Koweït, Abdallah Fairouz, militant des droits humains arrêté en novembre 2013, purge une peine de cinq ans et demi de prison pour des tweets dans lesquels il affirmait que nul ne devrait bénéficier d’une immunité de poursuites au seul motif qu’il réside dans un palais royal. Cet homme est un prisonnier d’opinion.

S’exprimer librement pour critiquer les politiques mises en œuvre par le gouvernement et appeler à des réformes pacifiques a valu à Ali Salman, responsable de la principale formation d’opposition à Bahreïn, la Société islamique nationale Al Wefaq, une condamnation à neuf ans de prison. Ce fut une atteinte choquante à la liberté d’expression. En outre, ce parti a été fermé.

À Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Koweït, depuis quelques années, des centaines de personnes sont illégalement déchues de leur nationalité, ce qui les rend souvent apatrides et les prive de droits majeurs. Fait inquiétant, cette méthode semble de plus en plus utilisée pour punir les dissidents.

« Dans les États du CCG aujourd’hui, exercer vos droits fondamentaux ou exprimer librement vos opinions peut très facilement vous conduire derrière les barreaux. Ces États doivent cesser de considérer les militants indépendants et les détracteurs pacifiques comme des criminels. Au lieu d’enfermer ces citoyens pendant de longues périodes sous le faux prétexte de défendre la sécurité nationale, ils doivent accepter l’examen de leurs bilans en termes de droits humains », a déclaré Randa Habib.

Complément d’information

Les violations des droits humains dans les États du CCG vont au-delà de la répression de la liberté d’expression et se traduisent par des arrestations arbitraires, des actes de torture et des mauvais traitements en détention, des procès iniques, l’insuffisance de protection des droits des travailleurs migrants et le recours à la peine de mort. Par ailleurs, la coalition militaire conduite par l’Arabie saoudite, qui englobe plusieurs pays du CCG, a lancé une série d’attaques illégales au Yémen, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre.

https://www.amnesty.org/

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La Russie interviendra-t-elle en Libye ?

ÉclairageDeux visites du général Khalifa Haftar à Moscou ces derniers mois posent la question d’une éventuelle aide militaire à l’armée nationale, en pleine offensive anti-islamiste dans l’est du pays.

06/12/2016

« Nos outils sont la diplomatie, nous n’examinons aucune autre option », a affirmé le secrétaire d’État américain John Kerry la semaine dernière à son homologue italien, en référence à la Libye, alors que des combats faisaient rage entre milices à Tripoli. Peu de détails ont filtré sur ces violences, mais au moins sept personnes auraient été tuées dans ces affrontements, semble-t-il habituels, entre milices. Et, hier, le gouvernement libyen d’union nationale (GNA) a annoncé sa reprise de la ville côtière de Syrte, dans l’Est libyen. Cette annonce intervient après de multiples échecs diplomatiques pour régler le conflit libyen et plus de six mois de combats dans ce qui fut le fief du groupe État islamique depuis 2015 et la ville natale de Mouammar Kadhafi.

Cette victoire est significative pour les forces du GNA, concurrencé par les forces du général Khalifa Haftar dans l’est du pays, et qui a pris, ces derniers mois, le contrôle de Benghazi, ainsi que du Croissant pétrolier à l’aide de ses propres forces armées – soit des milices et quelques unités de l’armée nationale libyenne (ANL). Soutenu par l’Égypte et les Émirats arabes unis, le général Haftar compte nombre de partisans loyaux, notamment dans la Cyrénaïque, dont il est originaire, et s’est imposé comme la figure de proue de la lutte contre les groupes islamistes.

C’est dans cette optique qu’il s’est rendu, fin juin d’abord, fin novembre ensuite, à Moscou. Selon des indiscrétions de la presse russe, il a rencontré le ministre de la Défense, Sergueï Shoïgou, et celui des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ainsi que le secrétaire général du Conseil de sécurité russe. Il aurait sollicité une aide militaire et, possiblement, un appui aérien sous forme de frappes à son offensive contre les islamistes dans l’Est libyen. Bien qu’il soit encore trop tôt pour affirmer que Moscou va de fait intervenir militairement en Libye, cette éventualité ne peut, du moins pour l’instant, être écartée, surtout depuis que la Russie a renforcé son rôle régional par son soutien militaire au président Bachar el-Assad, renversant la donne dans le conflit syrien. « Les deux voyages de Haftar à Moscou depuis l’été 2016 ont été fructueux – non pas parce qu’il a obtenu des armes sophistiquées – mais parce que des liens ont été tissés et des ponts construits, préparant le terrain à une assistance militaire russe dès la levée de l’embargo de l’Onu », comme l’a affirmé le général Haftar à plusieurs médias russes le 30 novembre, indique Ronald Bruce St-John, auteur de plusieurs ouvrages sur la Libye.

Pour l’instant, Moscou n’est – officiellement – pas ancrée en Libye, mais y effectue néanmoins des missions, explique Julien Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales et spécialiste de la Russie. « Moscou aurait envoyé des dizaines d’instructeurs dans le pays pour assister les forces du général Haftar à Tobrouk », affirme le chercheur, pour lequel une implication militaire « officielle » reste peu probable à court et moyen terme. « La Russie est déjà écartelée entre les fronts syrien et ukrainien, avec le coût financier que cela comporte », tient à souligner M. Nocetti.

 

(Pour mémoire : Syrte, d’un enfer à l’autre)

 

 

Menace islamiste
Même son de cloche pour M. St-John, pour lequel une implication russe serait probablement limitée à un soutien militaire, économique et politique aux forces du général Haftar. La Russie a, d’après lui, de tout temps cherché une base navale en Méditerranée et a tenté d’en obtenir une en Libye – sans succès – lors des pourparlers (de la Conférence de paix de Paris, et qui a donné lieu au Traité de Paris en 1947) occidentaux après la Seconde Guerre mondiale. « L’éventuelle utilisation par la Russie de la base militaire égyptienne de Sidi Barrani, localisée à moins de 100 km de la frontière libyenne, pourrait servir de compromis, dans un contexte de renforcement de la coopération militaire et antiterroriste entre Moscou et Le Caire, suppose d’ailleurs Julien Nocetti.

Une telle intervention, à supposer qu’elle ait lieu, aurait bien entendu d’innombrables avantages pour Moscou. Il est évident, pour Ronald Bruce St-John, que l’objectif principal de la politique étrangère de la Russie sous Vladimir Poutine est de restaurer le prestige et l’influence que la Russie a perdus à la fin de la guerre froide, sur le plan international mais également au Moyen-Orient. Mais, surtout, il est nécessaire de prendre en compte le fait que l’administration Poutine est « sincèrement inquiète », selon M. St-John, de la menace que pose l’islam radical et par la possibilité que des islamistes radicaux puissent rentrer ou se rendre en Russie et y commettre des attaques terroristes.

Outre son désir de prendre pied en Libye, et donc de consacrer une autorité certaine dans la région, le profil militaire du général Haftar n’est pas pour déplaire aux Russes, juge Julien Nocetti, comme c’est le cas d’Abdel Fattah el-Sissi en Égypte, d’autant qu’il a effectué, en 1978 et en 1983, une partie de sa formation militaire à Moscou. Cependant, c’est surtout le souci du Kremlin de « désyrianiser » sa politique au Moyen-Orient qui le motive, et « le fait de se montrer plus actif sur le front libyen entre logiquement dans cette approche », conclut le chercheur.

 

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12 décembre : Rassemblement pour la liberté de tous les prisonniers politiques révolutionnaires !

Liberté immédiate pour Georges Abdallah !

Le 12 décembre est la journée internationale de lutte pour la liberté de tous les prisonniers politiques du monde. La campagne unitaire pour la libération de Georges Abdallah se saisit de l’appel venu d’Argentine du Réseau International pour la liberté de ces prisonniers, pour appeler à un rassemblement à Paris, le 12 décembre 2016, au métro Strasbourg Saint-Denis (10ème), de 18h à 20h.

Lors de ce rassemblement sera cette fois encore réaffirmée notre exigence pour la liberté immédiate de notre camarade Georges Abdallah militant communiste arabe, combattant pour la lutte de libération nationale de la Palestine, incarcéré dans les geôles de l’État français depuis plus de 32 ans et libérable depuis 1999. La lutte pour sa libération s’inscrit pleinement dans le combat plus large de la défense de tous les prisonniers politiques révolutionnaires du monde car c’est bien toujours l’esprit internationaliste qui a guidé les actions de notre camarade : ainsi, en tant que résistant communiste du Liban anti-impérialiste, antisioniste et anticapitaliste, il s’est toujours battu et continue à se battre au quotidien pour revendiquer et défendre la justesse de la cause des peuples en lutte de Palestine, du Liban, de toute la région et d’ailleurs.

Dans son dernier message du 22 octobre 2016, il concluait son texte par les phrases suivantes :

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des masses populaires en lutte !
Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des révolutionnaires qui résistent dans les geôles sionistes et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie, en Grèce, aux Philippines et ailleurs de par le monde !

Cette défense des « masses populaires en lutte» qui subissent l’oppression et l’exploitation se traduit aujourd’hui par la dénonciation des lois d’exception et de la répression que subissent les mouvements de luttes en France, par le soutien à apporter aux combattants et combattantes Palestiniens/Palestiniennes dans leur lutte juste et légitime de libération nationale, par la défense des révolutionnaires d’Inde en guerre ouverte contre l’ignominie de l’Etat Indien et son opération Green Hunt, par la solidarité avec le peuple de Turquie qui fait face au régime fasciste d’Erdogan, par l’appui à la résistance Kurde, par le relais que l’on peut faire des luttes d’émancipation du peuple Marocain, Philippin, Argentin, Mapuche, Sahraoui, Corses, Basques, et par la défense de tous les prisonniers et prisonnières politiques révolutionnaires condamné(e)s et enfermé(e)s, dans des conditions inhumaines, au nom des causes justes et légitimes pour lesquels ils et elles ont luttées et luttent encore depuis leurs cellules.

Nous appelons tous ceux et celles qui sont du côté des peuples en lutte à participer activement et massivement à ce rassemblement, le 12 décembre 2016 de 18h à 20h, sous la porte Saint-Denis, au métro Strasbourg Saint-Denis (Paris, 10ème) pour combattre la détention que subit notre camarade Georges Abdallah, et pour exiger sa libération et exprimer notre solidarité internationale avec tous les prisonniers et prisonnières politiques révolutionnaires.

Campagne Unitaire pour la libération de Georges Abdallah I.D.F.

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Malik Oussekine assassiné dans la nuit du 5-6 décembre par deux policiers

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris, en pleine répression du mouvement étudiants/lycéens, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien où il s’était refugié, par deux policiers « voltigeurs » motocyclistes. Texte repris de Rebellyon.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris, en pleine répression du mouvement étudiants/lycéens, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien où il s’était réfugie, par deux policiers « voltigeurs » motocyclistes.

Les étudiants, et les lycéens, dénonçaient le projet de loi Devaquet instaurant la sélection à l’entrée de l’université. Le mouvement est marqué par une forte répression policière. De graves affrontements ont lieu en marge des manifestations, faisant des dizaines de blessés dont plusieurs gravement atteints.

À Paris, à la suite d’une manifestation pacifique arrivée à la Sorbonne, au quartier latin, les “voltigeurs” prennent en chasse les jeunes qu’ils croisent. Malik Oussekine, un étudiant marocain de 22 ans, selon toute vraisemblance qui s’était tenu à l’écart du mouvement, sort de son club de jazz favori. Il est minuit. Des “voltigeurs” le remarquent et se lancent à sa poursuite. Malik Oussekine se met à courir. Un témoin qui rentrait chez lui, Paul Bayzelon, fonctionnaire au ministère des Finances, habitant l’immeuble, au 20 rue Monsieur le Prince (6e arrondissement), a pu, seul, déclaré :

« Je rentrais chez moi. Au moment de refermer la porte après avoir composé le code, je vois le visage affolé d’un jeune homme. Je le fais passer et je veux refermer la porte. Deux policiers s’engouffrent dans le hall, se précipitent sur le type réfugié au fond et le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se contentait de crier : “je n’ai rien fait, je n’ai rien fait” ».

Paul Bayzelon a dit avoir voulu s’interposer mais s’être fait lui aussi matraquer jusqu’au moment où il a sorti sa carte de fonctionnaire. Puis les policiers sont partis laissant Malik Oussékine sur le carreau.

Peu après le Samu arrive sur place. Ils apportent les premiers soins à Malik Oussekine et le transportent à l’hôpital Cochin où il est mort des suites du tabassage de la police.

Les médecins d’urgence constatent un hématome péri-auriculaire, un hématome suborbital, une fracture de la cloison nasale, une abrasion du nez et de la joue droite, etc… Ils s’aperçoivent aussi que Malik disposait d’une déficience rénale, ce qui fait dire à Robert Pandraud, ministre délégué à la Sécurité : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais d’aller faire le con la nuit ». Et pour tenter de justifier leur assassinat, les « voltigeurs » policiers font courir le bruit, en s’enférant dans leur racisme, que la sœur de Malik est une prostituée et que son frère est un escroc. Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et son ministre, Robert Pandraud, choquent l’opinion générale en ne condamnant pas l’action de la police ce soir-là. De nombreuses manifestations monstres ont lieu alors dans toute la France, où on compte plus d’un million de personnes. A Lyon, le pont de l’Université est rebaptisé Pont Malik Oussékine.

Le lendemain, Alain Devaquet, ministre délégué à l’Enseignement supérieur, et auteur du projet de loi dont on ne voulait pas, présentait sa démission, pendant que les étudiants et les lycéens défilaient en silence dans toutes les villes portant des pancartes « Ils ont tué Malik ». Le lundi 8 décembre, après de nouvelles manifestations, le Premier ministre Jacques Chirac annonce le retrait du texte de la loi Devaquet. Les deux “voltigeurs”, Jean Schmitt, et Christophe Garcia, sont passés trois ans plus tard devant la Cour d’Assises de Paris pour « coups et blessures ayant entrainé la mort sans intention de la donner ». Ils ont été condamnés en janvier 1990 à 5 ans et 2 ans de prison avec sursis.

 Lors d’une marche silencieuse de protestation contre l’assassinat de Malik Oussekine par la police, couvert par le gouvernement - 33.9 ko
Lors d’une marche silencieuse de protestation contre l’assassinat de Malik Oussekine par la police, couvert par le gouvernement

De plus, au cours de la même nuit, à Pantin, dans l’agglomération parisienne, un jeune Français d’origine algérienne, tente de s’interposer pour faire cesser une bagarre de café. Un policier, qui n’était pas en service, qui se trouvait au comptoir, tire à bout portant, sans sommation, et tue ce garçon de 19 ans, qui meurt sur le coup d’une balle reçue en plein cœur. L’enquête révèlera que le policier était en état d’ivresse notoire, néanmoins pour la justice cet assassinat passe pour un homicide involontaire…

P.-S.

Repris de Rebellyon.

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Libérons Antonin et tous les inculpés du mouvement social

Nous, étudiants de Nanterre, appelons à une manifestation partant de l’université de Nanterre où étudiait Antonin, pour exiger la libération d’Antonin, Kara, Nicolas, et de tous les inculpés du mouvement du printemps dernier.
Rendez-vous lundi 12 décembre devant le bâtiment D à midi.
Soyons nombreux.

Libérons Antonin et tous les autres

Antonin, étudiant en L1 de sociologie à Nanterre l’année dernière est depuis maintenant six mois en prison pour avoir participé à une manifestation contre la loi travail.
Durant quatre mois et dans toute la France se sont enchaînés des grèves, des manifestations, des occupations et des blocages pour exiger le retrait de la loi travail. Toutes ces actions politiques ont dû faire face à une répression d’une incroyable violence : trois manifestants ont perdu un œil, un photographe s’est retrouvé dans le coma, les blessés et mutilés par les coups de la police se comptent par centaines, une chance qu’il n’y ait pas eu de morts. Des personnes se sont vus remettre chez eux des interdictions de manifester pour avoir été vu trop de fois dans les cortèges. D’autres, piochés dans le tas par la BAC ou tombant lors d’une charge se sont retrouvés devant la justice et écopent de peine de sursis ou de prison ferme. Le gouvernement avait décidé de mater la gronde par la violence. Les peines continuent encore de tomber.

Le 18 mai, en plein mouvement, Antonin participe à une manifestation à Paris contre cette violence policière. Sur le trajet, une voiture de police est incendiée, les images tournent en boucle dans les médias, unanimes pour condamner une violence en rien mesurable à celle de la police. Valls déclare qu’il sera « implacable ». Seulement, personne n’est capable d’identifier ces individus cagoulés, il faut trouver des coupables. Le lendemain, quatre personnes sont arrêtées pour avoir été vues lors de cette manifestation, sans aucun autre élément. Ils sont, sans scrupule, inculpés pour « tentative d’homicide volontaire sur dépositaire de l’autorité publique », jetés à Fleury-Merogis le temps que l’enquête trouve des preuves et qu’ils soient jugés. Cela fait maintenant six mois qu’Antonin, Kara et Nicolas sont enfermés, cela fait six mois que l’enquête ne parvient pas à trouver le moindre élément permettant de les condamner. D’autres sont sous contrôle judiciaire et interdits de séjour dans plusieurs villes de France, en attendant eux aussi un procès pouvant les mettre pour quinze ans en prison.
C’est de toute évidence à un tournant répressif et sécuritaire que nous faisons face, dans un état d’urgence qui n’en finit pas de se renouveler, les luttes sont criminalisées et amalgamées au terrorisme, les militants les plus investis obtiennent des fiches S, les manifestations sont interdites ou violemment réprimées, et la prison pour ceux qui continuent malgré tout cela.

Si l’injustice que subit Antonin nous révolte, nous la partageons avec tous ceux qui subissent le même sort et sont aujourd’hui dans les prisons de la république, de même qu’avec tous ceux assassinés par la police, de Zyed à Adama, pour qui justice n’a pas été faite.
Nous exigeons la libération d’Antonin, de Kara et de Nicolas, comme celle de tous ceux incarcérés pour avoir lutté contre la loi travail et son monde.
Nous appelons à poursuivre le combat contre ce monde dont nous ne voulons pas.

Nous appelons à une manifestation lundi 12 décembre qui partira du bâtiment D de l’université de Nanterre à midi.

Des étudiants de Nanterre

P.-S.

Page Facebook : Libérons Antonin

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6 décembre : Communiqué du comité de soutien d’Adem Yildiz

Communiqué du comité de soutien d’Adem Yildiz, réfugié politique ayant fui la répression et militant progressiste contre le fascisme en Turquie, suite à son passage devant la commission d’expulsion du TGI de Pontoise.

Ce matin nous étions présent devant la commission d’expulsion du Tribunal de Grande Instance de Pontoise pour soutenir Adem Yildiz dans cette première étape. Cette commission devait s’exprimer sur la procédure d’expulsion que le préfet du Val d’Oise avait entamé fin novembre. La commission a exprimé un avis *DÉFAVORABLE CONCERNANT CETTE DEMANDE D’EXPULSION*, concrètement cela veut dire que la commission pense qu’Adem ne devrait pas être expulsé. C’est une grande surprise pour nous, nous ne nous y attendions pas du tout. Pour nous c’est une étape de franchie, une étape de gagnée…

Néanmoins, cette procédure ne se résume malheureusement pas à cette avis exprimé par cette commission. Le préfet à le droit malgré l’avis défavorable de la commission de demander l’expulsion d’Adem. Tout se jouera quand le préfet aura établit sa décision. Il peut s’exprimer dans deux jours comme dans un mois maximum.

C’est pour cette raison que le combat n’est pas fini pour Adem et pour nous tous.

Nous nous réunirons jeudi 8 décembre 2016 au CICP à 19H00 pour parler de ce passage devant la commission et pour parler de ce que nous allons faire prochainement pour empêcher qu’une décision d’expulsion soit prise par le préfet du Val d’Oise.

Nous vous remercions de votre soutien…

Ce combat n’est pas seulement celui d’Adem, aujourd’hui c’est notre combat à tous donc cette première victoire est notre victoire à tous !

P.-S.

Non à l’expulsion d’Adem Yildiz, réfugié politique turc
Réunion d’information et rassemblement devant le Tribunal de Pontoise contre l’expulsion d’Adem Yildiz, réfugié politique ayant fui la répression et militant progressiste contre le fascisme en Turquie.

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Assassinat de Chokri Belaid : 14 ans de prison pour les manifestants à Kélibia

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Le tribunal de première instance de Nabeul a condamné par contumace 11 jeunes de Kélibia à 14 ans et un mois de prison ferme le 12 octobre 2016. Le tribunal avait retenu sept chefs d’accusation parmi lesquels la « provocation d’incendie dans des locaux non habités », suite à l’assassinat de Chokri Belaid le 6 février 2013. Une affaire qui ressemble à une dizaine d’autres dans différentes régions où des manifestations ont eu lieu contre le parti islamiste Nahdha à la tête du pouvoir à cette époque.

Du 6 au 8 février 2013, les manifestations à Tunis et dans les régions étaient marquées par de violents dérapages. Des locaux de Nahdha ont été brûlés et saccagés. Le Front Populaire mais aussi Nidaa Tounes avaient ouvertement imputé la responsabilité politique de l’assassinat de Belaid au parti islamiste. Béji Caid Essebsi avait accusé Ali Larayedh, ministre de l’Intérieur de laxisme car il était au courant des menaces de mort contre Belaid.

Le jugement rendu contre les jeunes de Kélibia n’est pas isolé.

À Nassrallah ( gouvernorat de Kairouan ) deux jeunes, accusés d’avoir brûlé le local de Nahdha ont fini par être acquittés le 19 juin 2014 après 14 mois d’arrestation. À Gafsa, Douz, Redayef, Mednine et Kef, les procès liés à cette vague de protestation sont en cours. Le 5 février 2016, la Cour d’appel de Monastir condamne trois jeunes de Ksibet El Mediouni à deux ans de prison ferme. Les 21 autres accusés ont été acquittés. Les trois condamnés sont accusés de vol de matériels d’un poste de police. Le 11 octobre 2016, le bureau de Nahdha à Ben Guerdane signe un accord de réconciliation avec les jeunes accusés d’avoir brûlé son bureau mettant fin aux poursuites judiciaires.

Seif Eddine Dallegi, ouvrier de 25 ans est l’un des 11 condamnés de Kélibia. Le 7 février, il était parmi les manifestants qui se sont rassemblés au centre ville, avant de se diriger vers le local du parti Nahdha. « Nous étions quelques dizaines de personnes. Au bout de quelques minutes du rassemblement, des confrontations ont eu lieu avec la police qui voulait disperser la foule. Les manifestants se sont divisés entre ceux qui sont restés devant le local de Nahdha et d’autres qui sont partis au poste de police. Entre temps, on nous a informé du vol de la fourrière municipale et d’un hôtel. Deux jours après, la police m’a convoqué … » se rappelle Seif Eddine.

L’avocat de la défense, Anis Ezzine affirme que les onze condamnés n’ont rien à avoir avec les dérapages qui ont eu lieu. « Nous cranions une instrumentalisation politique de l’affaire surtout que les jugements sont sévères et ne prennent pas en compte le contexte politique des événements » s’inquiète-t-il. En effet, les accusés devaient répondre de sept chefs d’accusation : participation à une entente en vue de préparer et de commettre une agression contre les biens et les personnes, participation à une rébellion provoquée par plus de dix personnes durant laquelle il y a eu agression d’un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, entrave à la circulation dans les voies publiques, dégradation, sciemment de bien d’autrui, provocation d’incendie dans des locaux non habités, jets de corps solides contre les biens d’autrui ; provocation de bruit et de tapages dans un lieu public.

Âgés de 18 et 25 ans, les onze condamnés sont juridiquement en état de fuite. ( Aymen Garouch, Ahmed Ben Massoud, Marouan Mrabet, Wissem Abdelwahed, Makrem Charfi, Meriem Jerbi, Hamida Hazem, Seif Eddine Dallegi, Rabii Abdeljaouad et Houcine Hassana ).

Dans un communiqué publié, le 1er décembre 2016, la section Kélibia – Korba de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme estime que la condamnation de 14 ans de prison est « sévère » vu les circonstances particulières des événements, l’âge des accusés, majoritairement étudiants ou élèves sans antécédents criminels. La LTDH avait déjà souligné, le 31 mai 2013, que les manifestants pacifistes ont été infiltrés par des malfaiteurs qui ont profité de la colère populaire pour voler et saccager un hôtel et une fourrière de motos. Outre les avocats qu’elle a nommé pour défendre les 11 jeunes condamnés, la Ligue a constitué un comité de soutien réunissant des militants indépendants et des partis politiques pour réclamer « un procès équitable ». Les avocats de la défense affirment qu’ils déposeront un recours en cassation dans les prochains jours.

Le 2 juin 2014, l’Assemblée nationale constituante a voté une loi d’amnistie pour toutes les personnes qui ont participé aux événements de la révolution du 17 décembre 2010 au 28 février 2011. Cette loi a été votée sous la pression de la société civile qui a lancé la campagne Moi aussi j’ai brûlé un poste de police revendiquant la légitimité circonstancielle de l’acte révolutionnaire après avoir recensé près de 130 procès contre des jeunes qui ont participé aux manifestations contre la dictature.

Henda Chennaoui

Journaliste indépendante, spécialiste en mouvements sociaux et nouvelles formes de résistance civile. Je m’intéresse à l’observation et l’explication de l’actualité sociale et économique qui passe inaperçue.

02 Dec 2016
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