Liban : La mobilisation populaire ne faiblit pas

L’Orient le Jour, 26 août 2015 :

Au lendemain de l’annulation par le Conseil des ministres des résultats de l’ouverture des plis financiers pour la gestion des déchets dans six régions du pays, annoncés par la commission ministérielle la veille, la mobilisation populaire ne faiblit pas.

Après les manifestations du week-end dernier, organisées par la campagne « Vous Puez ! », qui demandait la démission du gouvernement en raison de la crise des déchets, des activistes d’une nouvelle campagne intitulée « Nous réclamons des comptes », ont commencé à donner de la voix. Mardi soir, des membres de ce collectif sont venus renforcer les rangs des contestataires en manifestant place Riad Solh, dans le centre-ville de Beyrouth.

Les manifestants qui ont commencé leur mouvement sur fond de crise des déchets ont désormais des revendications qui dépassent largement le cadre d’un problème sanitaire pour se focaliser sur le dysfonctionnement de l’État. Ils réclament la fin de la corruption, des pénuries d’électricité et d’eau et du blocage politique dans un pays sans président de la République depuis plus d’un an. Le Premier ministre Tammam Salam a lui même mis en garde contre un vide gouvernemental si une solution n’était pas trouvée cette semaine à la crise des déchets.

« Les manifestations se poursuivront »

Mercredi soir, le collectif « Nous réclamons des comptes » a organisé une marche partant de la place Riad Solh vers l’AUB en signe de solidarité avec le jeune Libanais Mohammad Kassir, blessé lors de la manifestation de samedi. Le jeune homme se trouvait dans un lieu relativement éloigné des affrontements qui avaient lieu ce soir-là, place Riad Solh, après que la manifestation organisée par le mouvement « Vous Puez ! » a dégénéré. Il est toujours hospitalisé à l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth.

Les activistes de la campagne portaient des T-shirts blancs sur lesquels est écrit « discipline ». Ils ont discuté avec les forces de l’ordre chargés de sécuriser leur marche et sont convenus que le mouvement doit être pacifique. Les Forces de sécurité intérieure ont de leur côté réitéré leur respect du droit des citoyens à la liberté d’expression et à la manifestation pacifique.

Quelques incidents ont néanmoins légèrement troublé le calme du mouvement. Avant le début de la marche, un manifestant en colère a mis le feu devant les barbelés place Riad Solh avant d’être calmé par les manifestants. Quelques jeunes ont également lancé des feux d’artifice au-dessus des barbelés qui séparent la place du Grand Sérail. Et plus tard en soirée, des fauteurs de trouble qui ont distribué des feux d’artifice sur la place et les ont jetés contre les agents des FSI ont été arrêtés.

« Il est temps qu’ils entendent notre voix »

Devant l’hôpital de l’Université américaine de Beyrouth, le collectif « Nous réclamons des comptes » a indiqué que sa mobilisation vise à « récupérer nos biens de ceux qui nous les ont volés ». « Ceux qui nous gouvernent ne connaissent ni ordre ni loi et nous sommes conscients de cela, a poursuivi une organisatrice au nom du collectif. Pour cela, nous avons protégé hier les forces de l’ordre avant de nous protéger, et nous ferons la même chose demain et après-demain ».

Et de poursuivre : « Le pays est divisé entre le peuple et les commerçants de la politique. Nous appelons tout le monde à s’éloigner de l’incitation à la haine qui vise à troubler la réussite de ce mouvement. Notre rôle aujourd’hui est de hausser la voix. Nous en avons marre des paroles et des promesses que nous font les politiciens depuis des années. Il est temps qu’ils entendent notre voix ».

La famille de Mohammad Kassir a de son côté remercié les Libanais et les médias qui se sont solidarisés avec son fils, appelant à prier pour son rétablissement.

De retour sur la place Riad Solh, les activistes ont allumé des bougies devant les barbelés à l’intention des manifestants blessés ces derniers jours.

Plus tôt dans la journée, le collectif « Nous réclamons des comptes » avait tenu une conférence de presse, place Riad Solh, au cours de laquelle il a indiqué que « les crises de déchets et d’électricité ne concernent pas une région sans une autre. « L’Etat a prouvé qu’il craint une mobilisation populaire, qu’elle soit pacifique ou non », avait-il ajouté.

Le collectif a en outre affirmé qu’il porterait plainte contre les forces de l’ordre qui s’en sont pris aux manifestants la veille. « Nous ne resterons pas silencieux face aux attaques », a prévenu le collectif, assurant que « les manifestations se poursuivront jusqu’à ce que nos revendications soient entendues ».

Les FSI ont de leur côté indiqué que 18 des 48 manifestants arrêtés la veille étaient toujours incarcérés pour les besoins de l’enquête. Après la conférence de presse, la campagne « Nous réclamons des comptes » a organisé une marche partant de la place Riad Solh vers la caserne Hélou des FSI à Mar Elias, à Beyrouth, pour réclamer leur libération.

Mobilisation au Akkar

La contestation enfle également dans d’autres régions du pays. Des habitants du Akkar, au Liban-Nord, ont accueilli mardi soir avec colère la décision du gouvernement qui venait d’accorder 100 millions de dollars à la région pour son développement en échange de l’utilisation d’un site comme décharge pour accueillir les ordures ménagères de la capitale et d’autres régions. Ces habitants ont manifesté en soirée à Abdé, sous le slogan « Le Akkar n’est pas un dépotoir ». Ils ont appelé à un plus grand rassemblement jeudi à Halba, chef-lieu de cette région. « Ces 100 millions nous reviennent de droit », ont martelé les activistes dans leur appel.

Le président de la municipalité de Machha, une localité du Akkar, Zakaria Zoghbi, a affirmé dans un entretien à la chaîne locale LBCI que « des centaines d’habitants du Akkar s’opposent à ce projet », ajoutant qu’il aurait fallu au préalable prendre l’avis des présidents des conseils municipaux de la région.

Mardi soir, des activistes de la campagne « Nous réclamons des comptes », se sont par ailleurs rassemblés devant le sérail de Baableck, dans la Békaa pour réclamer des sanctions contre les dirigeants relatives à divers dossiers sociaux et économiques.

Les familles des otages militaires solidaires

Parallèlement, les familles des otages militaires ont appelé mercredi les protestataires qui manifestent depuis plusieurs jours dans le centre-ville de Beyrouth contre le gouvernement sur fond de crise des déchets, à réclamer « en premier » la libération de leurs proches.

Les tentes des familles des otages militaires, plantées place Riad Solh, avaient été saccagées dimanche soir au cours des émeutes qui ont émaillé la manifestation des activistes de la campagne « Vous puez ! ». Les familles, qui campent sur cette place depuis près d’un an pour faire pression sur l’Etat et l’amener à agir pour la libération de leurs proches, sont cependant toujours présentes sur les lieux.

Vingt-cinq militaires au total sont encore aux mains des jihadistes de l’EI et du Front al-Nosra (branche syrienne d’el-Qaëda) depuis les combats d’août 2014 dans la région de Ersal. Quatre ont déjà été assassinés en captivité.

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