Les rebelles d’Alep s’unissent, contre Assad, sous la bannière de Jaych Halab

Une photo prise le 16 février montrant un groupe de rebelles s’entraînant aux armes, au nord d’Alep. Karam al-Masri/AFP

Reportage« Les Russes nous bombardent, mais ignorent que la guerre se joue dans la ville, dans les ruelles, dans les sous-sols, mais aussi dans les cœurs. »

23/02/2016

Les rebelles présents à Alep essayent tant bien que mal de redonner un nouveau souffle à leur dynamique. Une quinzaine de factions, dont la division 101 ou le groupement Faistaqam, sous la houlette de leaders charismatiques, se sont alliées pour mieux combattre leur ennemi commun : le président syrien Bachar el-Assad. Sous la férule de l’ancien leader d’Ahrar el-Cham, Hachem el-Cheikh, les rebelles comptent se battre comme un seul homme pour maintenir leur présence dans la partie nord-est d’Alep.

« L’union fait la force » : tel est le message que veulent faire passer les rebelles de la zone « libérée » d’Alep. Ils veulent l’adresser d’abord à la population exsangue, privée d’eau, d’électricité et de soins. Dans un second temps, ils comptent sur cette union pour mieux résister face à l’ennemi tricéphale : la Russie, l’Iran et le régime. Mais une nouvelle donne est venue compliquer l’équation : la carte kurde, avec Jaych al-thuwar, ou Forces démocratiques syriennes (FDS, composées de Kurdes du PYD, le parti de l’Union démocratique et d’une petite proportion d’Arabes, soutenues par les Russes et les Américains). Ces FDS sont accusées par les rebelles sunnites d’être, justement, de connivence avec les Russes.

Pour Abou Louaï, à la tête d’une division de l’Armée syrienne libre, la foi reste intacte et le combat plus que jamais d’actualité. Il explique que ses hommes « ne se sont pas battus durant cinq ans pour abandonner le pays maintenant. C’est vrai que la présence de l’aviation russe, qui dispose d’un armement très sophistiqué, met à mal la résistance, mais nous sommes plus forts car c’est notre terre, et notre combat est juste. La grande trahison vient des Kurdes, qui font à présent le jeu du régime et sont appuyés par Moscou. Notre décision de nous battre ensemble nous encourage à venir à bout de ces ennemis barbares », insiste-t-il.
(Lire aussi : En Syrie, l’EI rappelle qu’il ne faut pas l’enterrer trop vite)

Les Russes et le régime serrent de plus en plus l’étau autour de la deuxième ville du pays, qui fut jadis le fleuron de l’industrie syrienne, aujourd’hui réduite à un tas de cendres.
La crainte d’un siège à l’image de la Ghouta ou de Madaya a poussé les habitants à stocker des aliments et se terrer chez eux. D’après Abu Louaï, « le pire a été pour l’instant évité, et le siège total n’a pas encore eu lieu. Les combattants de Jaych al-thuwar ont voulu bloquer le seul accès encore ouvert pour l’approvisionnement de la ville. Mais, avec l’aide de Dieu, nous les avons repoussés ». La route de Castillo, du nom du restaurant éponyme, est stratégique pour acheminer le matériel médical, les denrées et les armes vers la zone nord-est, bastion de la rébellion contre le régime de Damas.
Pour l’instant, le Front al-Nosra fait cavalier seul et ne s’est pas joint à l’unité rebelle pourtant hétéroclite, Jaych Halab. Des dissensions d’ordre idéologique séparent les deux entités.

 

Comme Homs ?
Un siège complet de la ville serait catastrophique pour les milliers de familles qui vivent dans la partie nord-est. Pour l’instant, les boutiques sont achalandées et les familles ne semblent pas souffrir d’un manque de nourriture. Le système D fonctionne à plein régime et un couple d’anciens fonctionnaires joints par Skype dit « avoir des réserves pour moins d’une semaine. Les fonctionnaires dans les zones libérées ne touchent plus leur salaire car le régime les considère comme des terroristes. Alors, les voisins ont appris à creuser des puits dans la ville, il y a une grande entraide entre les familles qui ont choisi de rester plutôt que de prendre le chemin de l’exil. Quant à l’électricité, elle est alimentée par des moteurs à mazout et les télécommunications dépendent d’un réseau turc ».

 

(Lire aussi : « Ils n’auront aucun problème à refaire un second Grozny »)

Abou Louaï est persuadé que les bombardements incessants de l’aviation russe ont pour unique objectif de détruire le moral de la population dans l’espoir d’un soulèvement antirebelle. « Ils pensent qu’ils vont nous avoir à l’usure, mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que nous sommes encore plus malins qu’eux après cinq ans de guerre. Ils nous bombardent, mais ignorent que la guerre se joue dans la ville, dans les ruelles, dans les sous-sols, mais aussi dans les cœurs. Et ceux qui ont choisi de rester, ce sont les plus ultras, ce sont ceux qui ne se rendront que victorieux ou morts », affirme t-il.

Cette nouvelle alliance entre rebelles vise à résister face à la multiplication des frappes russes et syriennes sur cette enclave alépine. Sauf que les moyens de la rébellion semblent dérisoires comparés à ceux du régime et de ses alliés. Les rebelles voulaient néanmoins montrer qu’ils peuvent s’unir face à l’adversité, même si cette bataille risque fort de s’achever comme celle de la ville de Homs.

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