Le régime irakien secoué par l’assaut de la «Zone verte» à Bagdad

Des centaines de milliers de manifestants s'engouffrent par une brèche pratiquée dans le mur de béton protégeant la Zone verte
Des centaines de milliers de manifestants s’engouffrent par une brèche pratiquée dans le mur de béton protégeant la Zone verte

Par Thomas Gaist (revue de presse : WSWS.org – 3/5/16)*
Des centaines de manifestants irakiens ont reflué dimanche hors de la Zone verte fortifiée de Bagdad, mettant fin à des manifestations spectaculaires qui ont vu des foules attaquer le complexe central du gouvernement, détruire des biens, agresser un député irakien et provoquer l’imposition par l’armée irakienne de l’état d’urgence dans la capitale.

Les manifestants dont l’assaut de la zone militarisée le jour précédent avait un « relent de révolution » comme même le New York Times l’a admis, étaient silencieux et cessèrent d’attaquer, comme la veille, les bâtiments gouvernementaux alors qu’ils sortaient de la Zone verte, agissant sous les ordres du chef chiite Moqtada al-Sadr.

Dans un discours à ses partisans samedi, Sadr a lancé des attaques populistes contre l’élite politique du pays, déclarant: « Les principaux blocs politiques dans ce pays veulent un gouvernement partisan avec des quotas sectaires afin qu’ils puissent garder leurs biens mal acquis et continuer de voler ».

Sadr a déclaré que l’arrêt des manifestations n’était que temporaire et qu’une nouvelle suite de manifestations était prévue pour vendredi. Il a promis que sa propre faction parlementaire importante arrêterait indéfiniment sa participation aux procédures législatives.

Les sadristes avaient obtenu du soutien dans la population par leur lutte armée contre les forces d’occupation américaines. En 2004, le mouvement chiite a été entraîné dans l’insurrection anti-américaine après avoir été mis hors la loi par le proconsul américain Paul Bremer pour avoir fourni de l’aide aux habitants pendant le siège sanglant de Fallujah par les Marines américains.

L’opposition du parti sadriste à l’impérialisme américain est cependant, en fin de compte, une tactique visant à renforcer les intérêts sectaires du mouvement en Irak. Sadr, le représentant d’une puissante famille cléricale et politique chiite, est fermement lié à des sections de l’establishment politique irakien. Des informations indiquent qu’il est engagé dans les coulisses dans des discussions avec Abadi.

Le New York Times a rapporté que Sadr espérait « influencer les politiciens qui se sont opposés aux efforts de M. Abadi » et cherchait « à se réinsérer dans les combinaisons politiques de l’Irak ».

« Cela ne veut pas dire nécessairement qu’al-Sadr se positionne contre Abadi, ils recherchent tous deux le même type de processus », a déclaré à Bloomberg l’analyste d’investissement basé à Bagdad, Stephen Royle.

Utiliser Moqtada al-Sadr et le soutien public, « aide Abadi à faire passer ces réformes», a déclaré Royle.

Bien que rapidement freinées, ces manifestations expriment de façon aigue que le gouvernement soutenu par les Etats-Unis est complètement discrédité et haï de la population irakienne. Onze ans après avoir été installé au pouvoir par des élections tenues avec des centaines de milliers de soldats américains patrouillant encore dans les villes irakiennes, et en vertu d’une loi administrative transitoire autorisée par des bureaucrates américains employés par l’Autorité provisoire de la coalition, le gouvernement irakien est au bord de l’effondrement.

La crise de l’Etat irakien n’a fait que s’intensifier depuis le retrait officiel des troupes américaines en 2011 et à mesure que l’influence iranienne dans le pays augmentait et que les conflits sectaires s’aggravaient.

Pendant l’été 2014, de grandes parties du pays, y compris sa deuxième ville la plus peuplée, sont tombées sous le contrôle de l‘Etat islamique (EI), une milice liée à Al-Qaïda issue de l’insurrection contre le gouvernement syrien organisée par Washington et ses alliés du Golfe. L’EI a ensuite consolidé son contrôle sur une partie du nord et de l’ouest de l’Irak, dont les villes de Mossoul, Hit et Ramadi. La semaine dernière, une vague d’attentats terroristes revendiqués par l’EI a secoué les villes du sud et du centre de l’Irak, tuant des dizaines de civils.

Face à une forte baisse de la croissance économique qui a chuté à seulement 2,4 pour cent en 2015 par rapport à une moyenne de 12,7 pour cent entre 2000 et 2012, le gouvernement d’Abadi cherche à stabiliser son régime dans des conditions où la baisse des prix mondiaux du pétrole exerce une pression massive sur ses revenus. Ces dernières semaines, l’exigence de Washington d’une escalade des opérations militaires, menée par les troupes irakiennes accompagnées de « conseillers », américains, a intensifié le détournement des ressources des fonctions civiles et imposé un virtuel arrêt des opérations gouvernementales.

L’encouragement délibéré de divisions entre sunnites et chiites sous l’occupation américaine, comme stratégie du diviser pour mieux régner, a fait en sorte que les zones centrales de l’Irak restent contestées par les troupes gouvernementales, appuyées par des «conseillers» américains et divers groupes combattants. La violence armée continue de faire rage quotidiennement à travers l’Irak; au moins 800 civils irakiens ont été tués le seul mois dernier et viennent s’ajouter aux 1.100 tués en mars, selon des chiffres des Nations Unies.

55.047 civils irakiens au moins ont été tués entre 2014 et 2016 selon l’ONU et 3,2 millions de personnes ont été déplacées au cours de la même période, dont plus d’un million d’enfant d’âge scolaire.

Ces dernières semaines, le Pentagone a annoncé un nouveau déploiement de forces terrestres américaines, d’hélicoptères de combat Apache et d’artillerie pour attaquer des bases dans le nord de l’Irak où les forces américaines préparent un assaut brutal contre Mossoul. Dans un effort désespéré pour soutenir son régime fantoche défaillant, Washington s’apprête à répondre à toute opposition au régime qu’il soutient avec « toute la force de l’armée américaine, » comme l’a dit le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter dans un discours la semaine dernière.

Il y a une montée des tensions géopolitiques et de classes dans toute la région. L’apparition de mouvements de grève chez les travailleurs du pétrole au Koweït, le retour des manifestations en Egypte et le renforcement accéléré des troupes de combat américaines des deux côtés de la frontière syro-irakienne montrent que l’ensemble de l’ordre politique du Moyen-Orient est en train de se défaire sous l’impact d’une crise révolutionnaire et de guerres qui se fondent de plus en plus en une conflagration à l’échelle de toute la région.

Source : WSWS.org

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