PKK et PYD : un passé commun, un agenda différent

ÉclairageLes Kurdes de Syrie se détachent petit à petit du Parti des travailleurs, malgré une idéologie commune.

11/07/2016

Les drapeaux verts et jaunes estampillés d’une étoile rouge flottent dans le Rojava (territoire autonome Kurde de Syrie) depuis le début de la guerre au côté des portraits d’Abdallah « Apo » Öcalan. Ces étendards du Parti des travailleurs kurdes (PKK) et de sa lutte armée reflètent la connivence idéologique avec le PYD, le Parti kurde de l’Union démocratique en Syrie. Mais la relation des Kurdes syriens et du PKK est-elle aussi forte que le laissent entendre la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar ?
De nombreux facteurs révèlent les liens entre ces deux partis. Le HPG, branche armée du PKK, est ainsi venu en aide aux Kurdes syriens et a appuyé les offensives du YPG (Unités de protection du peuple, branche armée du PYD) à plusieurs reprises, notamment à Kobané en 2014. Les deux entités sont guidées par une idéologie commune, s’exprimant par un fort culte vouée à « Apo » Öcalan, le « père des Kurdes ». Cette idéologie permet « une cohésion de groupe, une grande discipline. C’est une arme de guerre très efficace », explique Gérard Chaliand, géopolitologue et auteur de la question kurde. De plus, le communalisme, fonctionnement politico-économique décentralisé, mis en place par le PYD, s’apparente fortement à celui appareillé par le PKK.

Régionalisation de la lutte
Comment expliquer une telle collusion ? Le PYD a été créé en 2003, alors que le PKK procédait à un processus de « transnationalisation », soit l’exportation de sa lutte. Le rapprochement turco-iranien pour lutter contre l’Organisation des Moujahidin du peuple iraniens et le PKK au début de l’année 2002, ainsi que l’intervention américaine en Irak en 2003 isolent l’organisation de toute alliance. Avec pour objectif de régionaliser son combat, le séparatisme originel du PKK s’oriente vers un processus de confédération démocratique. Cette métamorphose se fonde sur deux principes : l’intensification et la diffusion des principes démocratiques au sein de la République de Turquie et la mise en place d’une structure confédérale, le confédéralisme démocratique, qui offrirait un cadre institutionnel.

(Lire aussi : Poussés par leur haine de l’EI, des Syriens arabes combattent avec les Kurdes)

Ainsi, le PYD voit le jour avec, à sa tête, un certain nombre de cadres du PKK. Par exemple, des commandants du PYD sont d’anciens cadres de l’ARGK (Armée populaire de libération du Kurdistan, ex-branche armée du PKK devenue HPG), et le représentant du PYD en Europe était en 2004 un ancien cadre de la guérilla en Irak. Le PYD mais également le PJAK en Iran et le PCDK en Irak deviennent des membres du KCK (l’Union des communautés du Kurdistan), organisation à vocation régionale dotée d’un Parlement (le Kongra-Gel) qui encadre toutes les organisations de la mouvance PKK et dont le président est Abdullah Öcalan.

D’année en année, le PYD acquiert cependant de plus en plus d’autonomie jusqu’à créer un parti indépendant du PKK. « Depuis trois ans, il n’y a plus de cadres du PKK. C’est un parti politique autonome », explique Saleh Mustafa, représentant du Rojava à Paris. La divergence des agendas des deux partis, l’un motivé par sa lutte contre l’État turc, l’autre occupé par la guerre face à l’État islamique, est une des raisons de cette séparation. Le PYD ne peut se mettre à dos la population kurde de Syrie. Et aujourd’hui, celle-ci nécessite le soutient aérien de la coalition pour gagner la guerre. Le mimétisme des différents partis tels que le PYD ou le PJAK, chapeautés par la mouvance PKK est évident. Pour autant, leurs objectifs et leurs priorités diffèrent.

(Pour mémoire : Heurs et malheurs du Rojava, modèle nouveau à aiguiser…)

 

L’autre facteur démontrant une volonté d’indépendance des Kurdes syriens vis-à-vis du PKK est l’apparition d’autres mouvances proches du PDK, le parti démocratique irakien dirigé par Massoud Barzani, l’actuel président du Kurdistan irakien. « Il y a forcément des liens avec le PKK mais également avec le PDK », confirme M. Saleh. Le CNK (Conseil national kurde de Syrie) et le TCK (Mouvement de la jeunesse kurde de Syrie) soutiennent la création d’une région fédérale kurde au nord de la Syrie mais sur le modèle du Kurdistan irakien, un modèle diamétralement opposé au communalisme. En effet, son fonctionnement porte sur une ouverture vers une économie de marché et un État fort.

Si la Turquie s’oppose à la création d’un État kurde en Syrie avec qui elle partage plus de 800 km de frontières, c’est qu’elle s’inquiète d’y voir s’installer une base arrière de la guérilla du PKK. Pourtant, les camps d’entraînement de cette guérilla existent déjà et sont installés dans un territoire allié de la Turquie, les montagnes du Qandil au Kurdistan irakien, qu’Ankara bombarde d’ailleurs régulièrement. « Leur seul moyen de s’opposer à la création d’un État kurde en Syrie est de les accuser de lien avec le PKK », souligne M. Saleh.

La régionalisation et l’influence du PKK, telle qu’elles se présentent aujourd’hui, n’étaient pas anticipées dès le départ comme le laisse croire certaines théories. La promiscuité des organisations dites « issues du PKK » est le résultat d’un passé commun, non pas d’une stratégie mise sur pied il y a 13 ans lors de la création du PYD.

Pour mémoire

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