Ces guerres intestines qui continuent d’affaiblir les rebelles en Syrie…

ÉclairageL’opposition syrienne aurait reçu des armes antiaériennes pour la première fois depuis le début du conflit.

11/10/2016

C’est une « petite guerre » dans un conflit majeur. Mais comme chacune de ces « petites guerres », qui se multiplient en Syrie à mesure que le conflit se prolonge, ses enjeux dépassent largement le simple cadre local.

Les combats qui ont opposé ces derniers jours les combattants d’Ahrar al-Cham et ceux de Jund el-Aqsa, dans la province d’Idleb, mettent une nouvelle fois en évidence les nombreuses disparités au sein de ce que l’on a coutume d’appeler « les forces rebelles ». Ici, la ligne de fracture est essentiellement idéologique : les salafistes d’Ahrar al-Cham, groupe rebelle le plus puissant en Syrie et proche d’Ankara, accusent certains membres du Jund al-Aqsa, désigné comme « entité terroriste » par Washington, d’être directement liés au groupe État islamique (EI). Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra), proche de Jund al-Aqsa, mais qui collabore avec Ahrar al-Cham au sein de la coalition Jaych al-Fateh dans le nord de la Syrie, a essayé de calmer le jeu entre les deux groupes.

Dimanche, Fateh al-Cham a annoncé qu’il reprenait sous son aile les combattants radicaux de Jund al-Aqsa. « Ils ont toutefois posé deux conditions : que les combattants liés à l’EI soient jugés par les responsables d’Ahrar al-Cham ; et que Jund al-Aqsa soit complètement dissous », explique une source au sein de l’opposition syrienne qui a souhaité garder l’anonymat. « Les combats ne devraient pas tarder à cesser. Il n’y a pas de raison qu’ils se prolongent alors que les deux groupes partagent un même objectif : faire tomber le régime », confie un combattant à Alep, contacté via WhatsApp, sous couvert d’anonymat.

L’allégeance de Jund al-Aqsa à l’ex-Front al-Nosra ne résout pourtant pas vraiment le problème. À court terme, les combats devraient effectivement cesser. Les trois formations ont publié hier un communiqué affirmant qu’elles avaient trouvé un terrain d’entente. Mais à long terme, cela risque de creuser davantage le fossé entre les différents groupes rebelles, qui n’ont réussi à gagner du terrain sur le régime que dans les rares moments – comme durant le printemps 2015 – où ils faisaient front commun.

« Fateh al-Cham s’est présenté comme faisant partie de la rébellion, mais en prenant Jund al-Aqsa sous son aile, il joint ses forces à un groupe considéré (…) par chacune des factions de l’opposition comme un paravent de l’EI », explique à l’AFP Charles Lister, du Middle East Institute. « Fateh al-Cham montre que la protection de jihadistes, même ceux assez extrémistes pour être frappés du label EI, est plus importante que celle de l’opposition au sein de laquelle il a tellement essayé de s’incruster », poursuit l’expert. La décision de Fateh al-Cham pourrait conduire à l’affaiblissement des forces rebelles, soit du fait de leurs divisions, soit du fait de ce qui pourrait être objectivement perçu par leurs soutiens extérieurs comme une radicalisation.

 

(Pour mémoire : La mort de Saraqeb, nouveau coup dur pour Fateh al-Cham)

 

« Nous comptons beaucoup sur les pays frères et amis »
La résistance des groupes rebelles face aux forces loyalistes, particulièrement à Alep, tient pourtant autant à la question de leur armements qu’à celle de leur unité. Des rumeurs faisaient état le week-end dernier d’une livraison d’armes, notamment des missiles Tow et des Manpads (armes antiaériennes), aux forces rebelles « modérées ». « Nous avons reçu des armes, mais elles ne sont pas arrivées à Alep », confirme le combattant rebelle. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a rapporté hier que l’opposition avait utilisé pour la première fois hier des armes antiaériennes à Deraa, financées par les pays arabes et en provenance d’Europe de l’Est.

Le porte-parole du Haut-Comité des négociations (HCN), Salem al-Moslet, avait affirmé plus tôt dans la journée, en réponse à une question, que « l’opposition n’avait pas reçu d’armes antiaériennes ». Il a précisé qu’elle n’en attendait pas de l’administration américaine de Barack Obama en fin de mandat.
En revanche, « nous comptons beaucoup sur les pays frères et amis (…) pour une levée de l’embargo sur l’armement sophistiqué imposé à l’opposition », a-t-il ajouté. La livraison de ces armes pourrait permettre aux forces rebelles d’abattre les avions qui survolent à basse altitude les zones tenues par l’opposition. Les Américains avaient, jusqu’à maintenant, mis leur veto à la livraison de telles armes, de peur qu’elles ne tombent en de mauvaises mains. Si les armes ont été effectivement livrées, Washington doit donc suivre de très près l’évolution de cette « petite guerre » entre les deux groupes rebelles syriens.

 

 

Pour mémoire

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