Vers un nouvel envoi de volontaires tchétchènes en Syrie ?

ÉclairageDeux bataillons d’élite, Zapad et Vostok, devraient être dépêchés à Lattaquié pour protéger la base de Hmeimim.

17/12/2016

Après la chute d’Alep, l’annonce d’un nouvel envoi de forces spéciales sur le terrain syrien donne à penser que la Russie profite de la confusion qui règne sur la scène internationale à la suite de l’élection de Donald Trump à la présidentielle américaine et de la montée en Europe de partis ultranationalistes et ouvertement prorusses pour avancer ses pions dans l’imbroglio syrien.

Selon le ministère de la Défense, deux bataillions d’élite tchétchènes, Zapad et Vostok, qui s’était illustrés pendant la seconde guerre de Tchétchénie et participé à la guerre de cinq jours contre la Géorgie, vont être regroupés au sein d’une police militaire et dépêchés en Syrie pour protéger la base de Hmeimim dans la province de Lattaquié, et par la suite l’ensemble des sites stratégiques.

La nouvelle a tout d’abord été donnée par la chaine de « TV Dojd’ », au cours de son émission matinale « Dojd’ ». Citant le site « Kavkaz reali », la chaîne a diffusé une vidéo sur laquelle on voit des Tchétchènes fraichement rasés pour ne pas être confondus avec des jihadistes, en tenue de combat avec un béret rouge et un insigne noir sur l’épaule regroupés dans une base militaire de Khankala située dans aux environs de Grozny. L’imam de Tchétchénie, Salah Mejiev, les bénit en leur prodiguant des paroles d’encouragement et de réconfort avant leur départ pour la Syrie. « Il y a beaucoup de gens qui rêvent de partir où vous partez, y compris parmi vos dirigeants. Vous avez une grande mission, qu’Allah vous bénisse. »

 

(Pour mémoire : Moscou fait-il à Alep en 2016 ce qu’il a commis à Grozny en 1999 ?)

 

Secret de polichinelle
Nul besoin d’être un grand stratège pour savoir qu’une guerre ne peut être gagnée exclusivement par les airs et que la reprise d’Alep n’aurait pu avoir lieu sans des troupes bien entraînées et bien renseignées.
À plusieurs reprises depuis le début du conflit syrien, le site caucasien Nœud, particulièrement bien informé, avait évoqué la présence de ressortissants russes et tchétchènes, non seulement dans les rangs de l’État islamique, mais également dans ceux des forces qui le combattent. Ces informations avaient été démenties avec la plus grande vigueur. En février 2016, Ramzan Kadyrov revenait à la charge. Au cours d’une interview télévisée, il révélait qu’à la suite d’informations faisant état d’instructeurs de l’Otan dans les rangs des rebelles, il avait décidé d’envoyer ses hommes sur place pour faire un état de la situation. « Ils se sont infiltrés dans les rangs ennemis, et par là même ont pu fournir de précieux renseignements à l’armée sur les positions de Daech », a-t-il raconté, en utilisant l’acronyme arabe de l’EI.

Interrogé sur la question, Dimitri Peskov, porte-parole du président russe Vladimir Poutine, avait tenté de minimiser l’importance de la nouvelle. « Certes il y a des (volontaires) tchétchènes, mais ce sont électrons libres. L’armée russe a suffisamment de soldats. Il s’agit soit de mercenaires payés par les différentes milices présentes sur le terrain pour combattre Daech, soit de jeunes enthousiastes choqués par les exactions commises par les jihadistes », avait-il commenté.

Ce sentiment semble répandu au sein de la population et expliquerait en partie les réticences des autorités à communiquer plus ouvertement sur la Syrie. Au lendemain du début de l’offensive russe en Syrie en septembre 2015, interrogés par l’institut de sondage Levada, les Russes n’avaient pas caché leurs inquiétudes. En effet, 69 % de personnes interrogées avaient avoué qu’elles craignaient que cette initiative ne déclenche une troisième guerre mondiale… Cette réaction s’explique par les souvenirs qu’ont laissés dans la mémoire collective différents conflits, surtout celui d’Afghanistan.

Un expert proche de l’establishment et désirant conserver l’anonymat estime de son côté que le président élu américain Donald Trump semble décidé à s’occuper en priorité des problèmes de l’Amérique. L’expert se dit également préoccupé par les risques d’un embrasement général dans la région que fait courir l’animosité grandissante entre l’Iran et l’Arabie saoudite, et qui laisserait le champ libre à Vladimir Poutine pour pacifier la Syrie, à ses risques et périls.

 

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