Les enjeux d’une possible fusion des groupes rebelles syriens

Des combattants islamistes à Idleb le 28 mars 2015. Khalil Ashawi/Reuters

DécryptageL’avantage militaire que procurerait une union rebelle serait contrebalancé par un discrédit politique et une détérioration de son image.

20/12/2016

S’unir pour ne pas être anéantis. Après avoir perdu les quartiers orientaux d’Alep, plusieurs groupes importants de l’opposition armée au régime de Bachar el-Assad pourraient fusionner prochainement. Parmi les groupes concernés, les salafistes d’Ahrar el-Cham, le Fatah el-Cham (ex-Front al-Nosra), Jaich al-Islam ou encore le Jabhat al-Shamiya. Les tractations entre les différents groupes ont débuté depuis plusieurs jours et ont davantage de chances que les tentatives précédentes d’aboutir à un résultat positif. Au mois d’août dernier, un projet similaire était sur le point d’éclore mais l’intervention turque dans le nord de la Syrie, qui a mobilisé une partie des forces rebelles, l’avait fait capoter. Soutenant directement une partie importante des groupes armés, notamment Ahrar el-Cham, Ankara ne souhaitait pas que ces derniers fusionnent avec des formations jihadistes.

Une fois encore, des pressions extérieures importantes tenteraient de faire capoter le projet. Mais la défaite d’Alep et l’inaction de la communauté internationale jouent en faveur des partisans de l’unité. « C’est désormais une obligation pour les rebelles. Ils n’ont pas d’autres choix », estime un activiste syrien exilé en Turquie, qui a préféré garder l’anonymat. « Les civils font pression pour que cette unité aboutisse après ce qui s’est passé à Alep », ajoute-t-il.

 

(Pour mémoire : Plusieurs groupes rebelles seraient sur le point de fusionner en Syrie)

 

 

Lutte à mort
La position finale d’Ahrar el-Cham devrait être décisive. Au sein du groupe salafiste, des débats ont actuellement lieu entre les partisans de l’unité et ceux qui y sont opposés. Ayant entretenu des relations conflictuelles avec plusieurs autres formations rebelles, notamment le Jund el-Aqsa, certains combattants d’Ahrar el-Cham craignent que l’alliance avec des groupes jihadistes nuise au projet révolutionnaire syrien. Le groupe salafiste risquerait en effet de perdre ses soutiens étrangers et pourrait à terme disparaître en cas de fusion. Celle-ci pourrait également impliquer une distanciation plus importante entre l’opposition extérieure et l’opposition intérieure.

Si le projet d’unité aboutit, il va sans doute profiter aux formations les plus radicales et accélérer le processus d’isolement de l’opposition armée. Ce serait une bonne nouvelle pour Damas et ses parrains. L’un des objectifs de leurs offensives à Alep et du transfert des civils et combattants issus des villes reprises vers la province d’Idleb est de jeter l’opposition dans les bras des formations jihadistes. La domination du Fateh el-Cham et d’Ahrar el-Cham sur les autres formations présentes à Idleb est un fait qui devrait jouer en défaveur de l’opposition. La communauté internationale sera moins encline à protester contre les bombardements russes s’ils ciblent des régions clairement dominées par des groupes jihadistes. Les Américains ont d’ailleurs déjà effectué plusieurs opérations contre des membres du Fatah el-Sham à Idleb.

L’avantage militaire que procurerait une unité rebelle serait donc contrebalancé par un discrédit politique et une détérioration de son image. Alors que la bataille d’Alep avait ramené le conflit dans sa nature originelle – un régime répressif opposé à un mouvement insurrectionnel–, les prochaines batailles pourraient être d’une toute autre nature : une lutte à mort entre les jihadistes sunnites et les combattants pro-Assad, majoritairement chiites. La communauté internationale se sentira moins concernée par ces combats et laissera probablement le champ libre à la Russie. Mais ces derniers devront affronter une opposition plus déterminée, plus organisée et plus dangereuse. L’effet boomerang de leur stratégie de « lutte contre le terrorisme ».

 

 

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