Syrie : les enjeux de la bataille de Manbij

Un combattant des Forces démocratiques syriennes lors de la prise de Manbij en juillet 2016. Photo archives Reuters
ÉclairageLes FDS déterminées à mettre des bâtons dans les roues des forces rebelles syriennes soutenues par Ankara.

03/03/2017

« Nous irons libérer Manbij. » Fahim Issa, le leader de la brigade Sultan Mourad, un groupe rebelle syrien participant à l’opération Bouclier de l’Euphrate lancée par la Turquie en aout 2016, contacté par L’Orient-Le Jour, est catégorique. La bataille de Manbij est bel et bien lancée.

La Turquie a menacé hier de lancer des frappes aériennes contre les positions des Forces démocratiques syriennes (FDS, qui comprennent les YPG, Forces démocratiques du peuple) si celles-ci ne se retirent pas de la ville. Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a ajouté qu’un tel retrait doit intervenir « le plus rapidement possible ».

Peu de temps après les menaces proférées par Ankara, les FDS soutenues par les États-Unis ont annoncé être prêtes à céder certaines localités au régime syrien suite à un accord conclu avec Moscou. Les troupes gouvernementales devraient être déployées dans une zone-tampon entre al-Bab et Manbij, permettant d’éviter tout conflit entre FDS et rebelles pro-Turcs. « Nous, le Conseil militaire de Manbij (CMM), annonçons que nous sommes parvenus à un accord avec la Russie pour céder à des gardes-frontières de l’État de Syrie des villages sur la ligne de front avec Bouclier de l’Euphrate », le nom de l’opération menée par la Turquie, assure le Conseil. Moscou n’a fait aucune déclaration confirmant ou non l’accord avec les Kurdes.

Une telle rétrocession de territoires aux forces de Bachar el-Assad serait une première. Un autre commandant rebelle sur le terrain a affirmé à L’OLJ ne pas avoir eu la confirmation du déploiement des troupes assadistes dans cette zone-tampon. « Je doute que les forces du régime s’y déploient, car des troupes spéciales américaines sont présentes à Manbij » pour encadrer les Kurdes, estime le chef rebelle. Washington n’a jamais caché le fait qu’une coopération circonstancielle avec Moscou était nécessaire dans certains cas. Mais il n’y a jamais eu de contact direct entre les forces américaines et l’armée syrienne.

 

(Lire aussi : Face à Ankara, Damas s’allie aux Kurdes dans le nord)

 

Course pour Raqqa
L’accord, s’il est avéré, risque de mettre Ankara dans l’embarras. Une confrontation directe entre les rebelles syriens soutenus par Ankara et les FDS, soutenues par les Américains, entraînerait une escalade diplomatique, et peut-être même militaire. Cela compliquerait sérieusement les relations entre Moscou et Ankara, qui cherchent pourtant à coopérer pour trouver une solution au conflit, et entre Ankara et Washington, qui compte sur les FDS pour participer à la reprise de Raqqa. Les échanges diplomatiques entre ces trois puissances risquent d’être nombreux et difficiles au cours des prochains jours et des prochaines semaines. La Turquie n’ira pas à Manbij sans concertation préalable avec les Russes et les Américains «, estime Bayram Balci, expert franco-turc, chercheur au CNRS et à l’Institut français d’études anatoliennes d’Istanbul.

Pour Ankara, le maintien des Kurdes à Manbij serait considéré comme un affront. Mais les Turcs ne peuvent pas non plus se permettre de jouer avec le feu, dans de telles circonstances, d’autant plus que près de 500 soldats américains des forces spéciales auraient notamment été déployés vers la rivière Sajur, près de Manbij. De violents clashs ont d’ores et déjà éclaté, à mesure que les rebelles syriens soutenus par Ankara avançaient mercredi vers l’Est. Ces derniers se sont emparés de deux villages, Tal Turin et Qara, après des combats acharnés contre les YPG.

Pour les Turcs, Manbij était censée être une étape avant la bataille de Raqqa. Après avoir chassé l’EI d’al-Bab, l’opération Bouclier de l’Euphrate devait poursuivre son objectif de sécuriser le Nord syrien. Tout l’enjeu est là. Mais l’objectif est largement compromis par la volonté des Américains de faire participer les Kurdes à la bataille de Raqqa. Autrement dit, les Américains ne semblent toujours pas prêts à lâcher les Kurdes, au grand dam d’Ankara. Ils ont laissé savoir mercredi dernier que des Kurdes feraient partie de l’opération. « Les Américains vont faire en sorte qu’il y ait tout le monde, pour donner une sorte de légitimité à la bataille, car ils ne peuvent pas se passer complètement de la Turquie, un membre de l’OTAN, notamment car les Américains utilisent la base aérienne d’Inçirlik », poursuit Bayram Balci. Mais convaincre les Turcs de coopérer avec les Kurdes ne sera pas une mince affaire.
Plus que jamais, la route de Raqqa passe par Manbij…

 

 

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Pour mémoire

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