YÉMEN: SILENCE, ON TUE

Des milliers de civils tués, des millions de réfugiés

Des milliers de civils tués, des millions de réfugiés

« Aidez-nous à mettre un terme à cette guerre au lieu de tenir des conférences « désolées » presque chaque année ». Tels sont les propos des Yéménites aux diplomates réunis pour une conférence de 24 heures à Genève.

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« Dans l’ignorance du monde, la guerre au Yémen déchire le tissu social du pays », par Betham McKernan (revue de presse: The Independent,- 25/4/17)*

 

Plus de 10 000 morts et approximativement 19 millions de personnes ayant désespérément besoin d’aide humanitaire dont 7,3 millions au bord de la famine. Les chiffres de cette guerre qui dure depuis deux ans sont étourdissants mais ils ne traduisent pas la souffrance du peuple au quotidien.

 

« Les chiffres ne montrent pas l’aspect humain. Au contraire de la Syrie, où les nouvelles des destructions et des victimes parviennent rapidement aux médias, les Yéménites souffrent en silence » dit Sherine Al-Traboulsi-McCarthy, chercheur à l’Overseas Development Institute.

 

Avec les aéroports et les frontières terrestres et maritimes contrôlés par l’Arabie Saoudite, aucun réfugié yéménite ne peut rejoindre l’Europe. N’ayant aucun impact significatif sur l’Occident, aucun acte de violence n’y étant répertorié, le conflit est resté largement invisible.

 

Les Nations Unies évaluent à 2 milliards de dollars ce qu’il faudrait pour empêcher ce pays de s’effondrer, mais seulement 14% de cette somme ont été versés par les pays donateurs à cette date.

 

Souvent réduit à des clichés comme « le pays le plus pauvre du Moyen-Orient », l’identité culturelle du Yémen de par sa position unique entre le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie est plus riche et plus complexe que ce qu’en donnent les reportages de guerre.

 

L’Etat yéménite, créé en 1990, a toujours été pauvre et dévoré par les guerres mais son peuple a montré sa résilience. Après le printemps arabe de 2011 contre le président Ali Abdallah Saleh, le Dialogue National de 2013, composé de douzaines de partis, qui s’est engagé pendant des mois semblait suggérer que le pays était sur la voie de réformes politiques et économiques. L’espoir était palpable. « Après avoir été au bord de la guerre civile, les Yéménites ont négocié un accord en vue d’un changement pacifique, le seul dans la région » observe Jamal Benomar, envoyé spécial de l’ONU à l’époque. « Le Dialogue National avait établi un nouveau contrat social et ouvert une nouvelle page dans l’histoire du Yémen ».

 

L’accusation de complicité de crime de guerre

 

Les rebelles chiites Houtis, Al-Qaïda a et autres insurgés ont continué leur travail de sape de cette paix fragile qui a abouti, cependant, au renversement du gouvernement quand les Houtis se sont emparés de Sanaa en 2014. Souvent qualifiée de guerre par procuration entre Téhéran et Riad, l’influence iranienne sur les Houtis est très surfaite. Les renseignements US pensent que Téhéran a conseillé aux Houtis de ne pas attaquer Sanaa, mais les objectifs politiques des Houtis ne sont pas clairs. Il n’en reste pas moins que l’Arabie Saoudite et ses alliés ont, au cours des deux dernières années, agité le spectre de l’Iran pour justifier des bombardements intensifs sur le pays à la demande du président yéménite exilé Abdallah Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale. Les dommages infligés l’ont été grâce aux armes vendues au royaume saoudien par les Occidentaux, la Grande Bretagne et les USA, une décision que certains officiels d’Obama à la Maison Blanche s’inquiètent de l’accusation de complicité pour crimes de guerre qui pourrait être retenue.

 

L’étranglement économique des Saoudiens, par le blocus des ports et des aéroports, a empêché l’importation de nourriture et de médicaments et a visé l’infrastructure vitale comme les routes et les ponts, et même les hôpitaux ou les funérailles, contribuant à la situation catastrophique actuelle des Yéménites.

 

« Décrire les choses que j’ai vues ces derniers mois est douloureux» dit Tawfik al-Ganad, écrivain et historien, à Beyrouth en provenance du Yémen. Il décrit comment les journalistes, des militants de la société civile, sont devenus des cibles d’assassinat ou d’enlèvement par des sympathisants Houtis. « Non seulement le peuple meurt de faim mais ceux qui essaient de soulager la situation en sont empêchés ». Pour Mansour Rageh, collègue de M. Al-Ganad, au Sanaa Research Center et cadre à la Banque centrale du Yémen : « Habituellement, les Yéménites sont là pour s’aider ; vous pouvez toujours emprunter de l’argent à vos amis ou obtenir d’eux et de vos voisins ce dont vous avez besoin…(…)… Mais maintenant, il n’y a plus d’argent pour un prêt ; les salaires n’ont pas été payés et tous sont pauvres. C’est là un bouleversement culturel qui détruit le corps de la société yéménite et transforme la manière dont les gens se traitent ».

 

Bien que bienvenue à court terme, l’aide d’un montant de 116 millions promis à Genève dernièrement par la Commission européenne est insuffisant pour permettre aux Yéménites de prendre le contrôle de leur vie. « Nous demandons que les Nations Unies s’engagent sur un processus de paix bien défini au Yémen. Une aide est inutile aussi longtemps que la guerre est là. Nous aider, c’est y mettre un terme et non envoyer des armes ou tenir des conférences « désolées » chaque année » déclare Farid al-Muslimi, chercheur au Middle East Institute de Washington. « L’Arabie saoudite s’efforcera de maintenir le Yémen à flot, elle le maintiendra dans une situation de nécessité constante. Leur intérêt au Yémen est seulement de garder le leadership et le pouvoir dans le monde arabe. … (…)… Les Yéménites ne veulent pas d’aide : ils veulent la paix et la possibilité de reconstruire leur pays pour eux-mêmes » dit Mme. Al-Traboulsi.

 

Traduction et Synthèse : Xavière Jardez

Intertitre : AFI-Flash

Version originale : The Independant

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