Maroc: 25 activistes présumés maintenus en détention à Al Hoceïma

Vingt-cinq personnes qui avaient été arrêtées lors de manifestations à Al Hoceïma ont comparu mardi 30 mai.
© REUTERS/Youssef Boudlal

La grogne ne faiblit pas. Depuis le début du mois de ramadan, tous les soirs dans la région marocaine du Rif, des gens manifestent pour protester contre les conditions économiques et sociales dans cette partie du pays. Les arrestations se poursuivent. Selon des militants, 12 personnes ont été interpellées mardi 30 mai. Au quatrième jour des manifestations, une audience s’est tenue le jour même pour examiner le sort de plusieurs activistes présumés.

Vingt-cinq personnes ont comparu mardi au tribunal d’Al Hoceïma. Elles étaient poursuivies selon le procureur du roi pour outrage aux agents des forces de l’ordre et usage de la violence. Le parquet a finalement décidé à l’issue de cette audience le maintien en détention de ces hommes âgés de 18 ans à environ 45 ans, et ce jusqu’à la prochaine audience le 6 juin prochain.

Pourtant, leurs proches avaient espoir en une issue favorable après la libération lundi de sept personnes. A la sortie de la salle, un père de famille était anéanti par le maintien en détention de son fils décidé par les juges. Safouane, 18 ans, devait passer des examens scolaires les jours suivants. « Son examen est demain, vendredi et samedi aussi, explique sa mère, Naïma. Et là, il doit rester en prison. » La libération des détenus reste la principale revendication des habitants d’Al Hoceïma.

Quarante arrestations depuis vendredi

Au total, 40 personnes ont été interpellées depuis le début des incidents qui ont éclaté vendredi après l’interruption d’un prêche à la mosquée d’Al Hoceïma par le leader de cette contestation populaire – qui dure depuis plus de six mois. Nasser Zefzafi, leader de la contestation populaire dans le nord, a été interpellé lundi matin et transféré à Casablanca, comme la plupart des militants considérés comme le noyau dur de la contestation.

La tension reste importante dans la capitale du Rif. Un dispositif de sécurité et de policiers est visible aux abords d’Al Hoceïma. Des manifestations ont encore eu lieu mardi soir après la rupture du jeûne du ramadan. Quelque 5 000 personnes environ ont défilé dans les rues de la ville pour demander la libération de Nasser Zefzafi et des autres détenus, en plus de leurs revendications habituelles : des mesures pour aider la région pour sortir de la misère.

Une nouvelle manifestation ce mercredi

Globalement calme, familiale, l’ambiance de la manifestation a néanmoins été ternie par 20 minutes d’échauffourées avec les forces de l’ordre, qui ont mené une charge avant le début du « sit-in ». « Nous, on a rien fait, nous on cherche la paix et on veut notre liberté, c’est tout, expliquait Ayoub, qui ne comprenait pas la réaction de la police. Ici, on a rien, on travaille pour 5 euros par jour. On a pas d’hôpitaux, pas d’écoles, pas de lycées, rien ! »

Des cordons de sécurité avaient été mis en place, ainsi qu’une distribution d’eau. Femmes et enfants étaient présents, malgré l’heure tardive. « Cela fait sept mois, et rien ! Nous voulons seulement des hôpitaux, des universités, nos droits et ils ne veulent pas. Je ne sais pas pourquoi », s’emportait Youssef dans la foule, en référence au déclencheur du mouvement, la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson d’Al Hoceïma broyé par une benne à ordures en octobre 2016, après la confiscation de sa marchandise par la police.

Une des zones les plus pauvres du Maroc

Al Hoceïma fait partie des zones les plus pauvres du Maroc, où le chômage est deux fois plus important que la moyenne nationale. Distante de près de 700 kilomètres de la capitale, Rabat, et accessible par des routes escarpées, sillonnant les montages du Rif, la ville semble rester à l’écart du développement et de la production de richesses de ces 20 dernières années, et cela, malgré les tentatives répétées d’investissements et de désenclavement de cette zone.

Cette région, traditionnellement frondeuse du Rif, entretient des relations tendues depuis le début du XXème siècle avec le pouvoir central. Les habitants de la région se sont en effet soulevés pas moins de quatre fois contre la monarchie, mais aussi contre la présence française à l’époque du protectorat.

Les protestataires de la capitale du Rif ont appelé à une nouvelle manifestation ce mercredi 31 mai après la rupture du jeûne en ce mois de ramadan.

Nous avons besoin de mener une discussion profonde pour trouver des moyens de procéder suivant des solutions autres que la solution sécuritaire. Des solutions qui réalisent le développement, qui installent les droits.
Aziz Edmine, chercheur en sciences politiques et instigateur d’un communiqué appelant l’Etat marocain à résoudre les problèmes dans le Rif
31-05-2017 – Par Houda Ibrahim
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