La bataille de Raqqa semble bel et bien lancée

La bataille de Raqqa semble bel et bien lancée

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ÉclairageL’annonce par le PM turc a fait voler en éclats l’effet de surprise souhaité par les FDS.

05/06/2017

Il semblerait que l’opération pour reprendre Raqqa à l’État islamique ait bel et bien commencé. Pour la première fois, les Forces démocratiques syriennes (FDS, alliance arabo-kurde soutenue par les États-Unis) et la coalition internationale anti-EI ont bombardé hier plusieurs quartiers à la périphérie de la ville, comme al-Machlab et Souk al-Hadid. Des frappes américaines auraient d’ailleurs fait plusieurs dizaines de victimes civiles, selon des sources concordantes et des témoins, mais les informations qui circulent sur les réseaux sociaux sont pour l’instant impossibles à vérifier.

Ce sont surtout les déclarations, hier, du Premier ministre turc, Binali Yildirim, qui semblent confirmer le début de la bataille pour reprendre la ville. « L’opération de Raqqa, prévue longtemps à l’avance, a commencé tard le 2 juin. Les États-Unis ont donné (à la Turquie) les informations nécessaires sur cette question avant l’opération », a précisé M. Yildirim aux médias locaux, dont l’agence progouvernementale Anadolu. Le président Recep Tayyip Erdogan avait averti les États-Unis que la Turquie ne prendrait pas part à une opération pour reprendre Raqqa aux côtés des milices kurdes. Or Washington soutient les milices kurdes des YPG (Unités de protection du peuple kurde), principale composante des FDS, et leur livre des armes. La Turquie considère les YPG comme l’extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation séparatiste qui livre une sanglante lutte armée contre Ankara depuis 1984, et qui est classée « terroriste » par la Turquie et ses alliés occidentaux.

Par son annonce, il semblerait que le Premier ministre turc ait cherché à desservir les FDS, et plus particulièrement les YPG qui en font partie. Cela fait plusieurs semaines que les bombardements de la coalition et de la Russie se rapprochent de la ville, occasionnant des pertes importantes dans les rangs du groupe jihadiste, ainsi que les infrastructures de la ville. Les déclarations du Premier ministre turc surviennent en effet au lendemain d’une annonce des FDS, selon laquelle la reprise de Raqqa débuterait au cours des « prochains jours », sans plus de détail, dans un souci évident de maintenir un certain effet de surprise. Mais d’après M. Yildirim, cette opération aurait débuté le vendredi soir, soit la veille de l’annonce des FDS. De toute évidence, l’annonce turque fait voler en éclats l’effet de surprise recherché par les FDS.

Enjeu symbolique

Mais ces dernières continuent de progresser. Depuis plusieurs jours, l’EI enchaîne les pertes de territoires. Hier, l’armée syrienne a repris Maskana, une localité stratégique de l’est de la province d’Alep, selon une source militaire. Située sur la rive ouest du lac Assad, la ville est située à 15 km de la frontière administrative avec la province de Raqqa. Selon une source militaire interrogée par l’AFP, « la localité de Maskana est la dernière agglomération importante de la province est d’Alep avant Raqqa ». « Celui qui contrôle Maskana contrôle l’axe reliant Alep à Raqqa », a ajouté cette source, alors qu’il n’est pas prévu que l’armée syrienne participe à la reprise de la « capitale » autoproclamée de l’EI en Syrie.

De leur côté, les FDS ont réussi à presque totalement isoler Raqqa. Elles encerclent « complètement la ville en coupant l’échappatoire qui reste sur la rive sud de l’Euphrate. L’EI a priori compte bien défendre la ville et ne pas l’évacuer, l’enjeu symbolique est évident », souligne à L’Orient-Le Jour Stéphane Mantoux, agrégé d’histoire et spécialiste des conflits syrien et irakien. Les combattants de l’alliance arabo-kurde se sont en outre emparés vendredi soir de la ville d’al-Mansoura, à environ 20 km au sud-ouest de Raqqa. Le lendemain, ils ont mis la main sur le barrage d’al-Baas, adjacent à la ville, et qu’ils rebaptisèrent barrage de la Liberté. Particulièrement important, il alimente la ville de Raqqa et représenterait plus de la moitié de l’alimentation en eau de la Syrie.

Aux avant-postes de l’offensive contre Raqqa, aussi baptisée Colère de l’Euphrate, les FDS sont soutenues par la coalition internationale, notamment les États-Unis et la France, avance M. Mantoux. « Les Américains ont des forces spéciales qui encadrent et conseillent les FDS, et guident l’appui aérien, notamment des éléments du 75th Ranger Regiment. Une batterie d’artillerie avec des canons M777 de 155 mm est arrivée en mars pour appuyer l’assaut sur Raqqa », explique l’expert, qui précise que le rôle joué par les forces spéciales françaises est toutefois « plus confidentiel ».

 

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