Bras de fer entre les Etats-Unis et l’Iran dans le désert syrien

Les incidents se multiplient autour de la bourgade syrienne d’Al-Tanf, contrôlée par les Etats-Unis à la jonction des trois frontières entre la Syrie, la Jordanie et l’Irak.

 

La localité d’Al-Tanf (parfois orthographiée Tanaf, Tanf voire Tinf) n’est qu’un poste isolé en plein désert syrien. Mais sa localisation stratégique sur la route entre Damas et Bagdad en fait le verrou du contrôle du triangle frontalier entre la Syrie, la Jordanie et l’Irak. Elle est devenue le point d’appui dans la zone des forces spéciales américaines, et dans une moindre mesure britanniques, depuis que des révolutionnaires syriens sont parvenus, avec  un tel appui occidental, à déloger Daech d’Al-Tanf en mars 2016.

Cette implantation inédite en territoire syrien a été très mal acceptée par la Russie, dont la chasse a bombardé Al-Tanf, officiellement par erreur, le 16 juin 2016. Le Pentagone avait balayé les démentis de Moscou et menacé de rendre coup pour coup en cas de nouvelle provocation. Un calme tendu régnait depuis autour d’Al-Tanf, base naturelle d’un éventuel assaut vers les positions de Daech au sud de la vallée de l’Euphrate, et avant tout la ville d’Al-Boukamal, frontalière de l’Irak.

DEJA DE NOMBREUX ACCROCHAGES

La zone d’Al-Tanf a beau être couverte par un des accords de « déconfliction » conclus en Syrie par les Etats-Unis et la Russie, elle a été le théâtre d’une série inédite d’incidents ces dernières semaines. Le 18 mai 2017, un convoi de milices pro-iraniennes qui se dirigeait vers Al-Tanf a été stoppé net par un bombardement américain. Le Pentagone a reconnu et justifié des « frappes défensives ». L’aviation américaine a alors largué sur la zone des dizaines de milliers d’exemplaires de ce tract ci-dessus, avec Al-Tanf en gros point rouge au centre et Zaza, le point d’accès à la zone, en cercle vert en haut à gauche.

Le premier tract menace en rouge : « Tout mouvement en direction d’Al-Tanf sera considéré comme agressif et traité par la force ». Et il intime en vert « Retournez vers le point de contrôle de Zaza », avec une flèche jaune explicite. Le second tract avertit en rouge : « Vous êtes dans une zone de sécurité, quittez cette zone immédiatement », avec les mêmes indications en vert et la même flèche comminatoire. Cette démonstration de force a effectivement tenu les colonnes du Hezbollah, accompagnées d’alliés irakiens et de conseillers iraniens, à une cinquantaine de kilomètres des lignes américaines.

Ce n’était que le début d’un face à face tendu. Le 31 mai 2017, la Russie a elle aussi affiché sa détermination en frappant des rebelles syriens au poste de Zaza. Le 6 juin, l’aviation américaine bombarde des forces pro-Assad qui faisaient mouvement vers Al-Tanf. Le Pentagone précise « ne pas chercher à combattre les forces du régime syrien ou pro-régime, mais demeure prêt à se défendre ». L’avertissement n’a sans doute pas été entendu, puisqu’il est suivi d’une deuxième frappe, le 8 juin. Les sources américaines évaluent le bilan de ces deux frappes à au moins 17 miliciens tués et trois véhicules blindés détruits.

UNE PREMIERE EPREUVE DE FORCE ENTRE TRUMP ET L’IRAN

Cette montée de la tension autour d’Al-Tanf oppose de plus en plus clairement les Etats-Unis, non pas à la Russie et au régime Assad, mais à l’Iran et à ses milices affidées. Les frappes américaines du 8 juin s’accompagnent ainsi de la destruction par un F15 d’un drone de fabrication iranienne, de type Shahed 129, qui avait ouvert le feu dans la zone d’Al-Tanf. Les Gardiens de la Révolution d’Iran, qui viennent d’établir une route reliant leur pays à la Méditerranée via le Kurdistan d’Irak et jusqu’à Tartous, entendent bien renouveler la même performance au sud de la Syrie. Or tout mouvement des Etats-Unis et de leurs alliés en direction d’Al-Boukamal ruinerait cette perspective.

 

Le lancement de l’offensive de Rakka par des forces kurdes, liées à la guérilla séparatiste de Turquie et soutenues par les Etats-Unis, a accentué le bras de fer pour Al-Tanf. Pour l’heure, l’Iran, qui dicte son agenda sur place à ses alliés russe et syrien, a choisi de « contenir » les forces américains dans la poche d’Al-Tanf, désormais encerclée par des milliers de miliciens pro-iraniens. Il n’est pas certain qu’un tel statu quo soit tenable dans la durée, des voix s’élevant d’ores et déjà à la Maison blanche pour appeler à briser cet encerclement.

L’affaire d’Al-Tanf prouve une fois encore que la priorité affichée par les uns et les autres dans la lutte contre Daech masque mal d’autres confrontations larvées ou ouvertes. Elle illustre aussi, à une échelle encore très limitée, les risques d’une escalade entre Washington et Téhéran, après le discours de combat tenu le mois dernier par Donal Trump à Riyad. Pour l’heure, c’est encore la phase d’approche dans ce duel paradoxal en plein désert syrien.

http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/06/18/bras-de-fer-entre-les-etats-unis-et-liran-dans-le-desert-syrien/

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