La bataille de l’après-Daech a commencé, selon un ancien diplomate libanais

Décryptage
30/06/2017

Au moment où les forces irakiennes annoncent avoir repris le contrôle de la mosquée al-Nouri à Mossoul, devenue célèbre depuis que le chef du groupe État islamique, le « calife » Abou Bakr al-Baghdadi, y a fait son unique apparition publique, les choses se compliquent en Syrie voisine. La coalition internationale menée par les États-Unis multiplie les menaces à l’égard du régime syrien et de ses alliés en invoquant la préparation d’une nouvelle attaque aux armes chimiques contre la population syrienne. Pourtant, les armes chimiques du régime ont été en principe détruites en 2013, suite à la crise qui s’était terminée par un accord russo-américain parrainé par l’ONU.
Le spectre d’une nouvelle confrontation se profile donc à l’horizon syrien, mais cette fois, le défi est différent. Selon un ancien diplomate libanais familier de l’Iran, chaque partie impliquée dans le conflit syrien se comporte désormais comme si la bataille de l’après-Daech a commencé. Tout en ayant encore de nombreux moyens de nuisance, notamment à travers ses cellules dormantes au Liban, en Europe et peut-être ailleurs, cette organisation serait donc en train d’agoniser en tant que projet territorial. Le terrain dont elle s’est emparée en Syrie et en Irak pour y proclamer l’État islamique en 2014 se rétrécit comme peau de chagrin. Ce qui, selon le diplomate précité, pose de nouveau le problème de la fameuse jonction territoriale entre Téhéran, Bagdad, Damas et la banlieue sud de Beyrouth. Les sources diplomatiques proches de l’Iran rappellent que depuis que les Occidentaux sont arrivés dans la région, la jonction entre l’Irak, l’Iran et la Syrie a toujours été interdite. Lorsque la Syrie et l’Irak ont failli se rapprocher, l’ancien président irakien Saddam Hussein, déposé en 2003, a mené son coup d’État, devenant l’ennemi juré du régime baassiste syrien. Même chose après la révolution islamique en Iran, lorsque la guerre a éclaté entre Téhéran et Bagdad. Alimentée par les Occidentaux, cette guerre a duré huit ans et elle a affaibli les deux parties, tout en empêchant toute entente possible entre eux. En 2003, les Américains ont envahi l’Irak dans une guerre destructrice et coûteuse, en principe pour renverser Saddam Hussein accusé de fabriquer des armes chimiques. La situation n’a cessé de se détériorer dans ce pays, au point que les soldats américains ont été contraints de se retirer d’Irak, avec, toutefois, la grande peur de laisser le terrain irakien à l’Iran… Qui ne cachait d’ailleurs pas son intention de remplir le vide laissé par les Américains.
Pour le même diplomate, ce serait justement pour cette raison que les Américains ont favorisé l’émergence de Daech qui a mis un terme au projet iranien de faire la jonction territoriale avec l’Irak, la Syrie et le Liban. Trois ans plus tard, la carte de l’EI est grillée, mais les Américains n’ont plus de véritables leviers en Syrie et en Irak pour imposer une relève. Ils reviennent donc à un vieux scénario, celui des armes chimiques.
Toujours dans le cadre de cette analyse de la situation régionale, le diplomate libanais précité rappelle que la présence des troupes américaines dans la région de Tanaf à la frontière irako-syrienne s’explique si l’on prend en considération ce contexte géostratégique. Il y a trois principaux axes routiers qui relient la Syrie à l’Irak, le premier est au nord de la Syrie et passe par la région kurde (Hassaké), le deuxième est encore aux mains de l’EI (Deir ez-Zor-Abou Kamal) et passe en Irak par la région sunnite de Anbar, et le troisième, le plus rapide, est celui de Tanaf al-Walid. Ce n’est donc pas un hasard si les forces américaines ont choisi de s’installer dans ce coin, bombardant même à plusieurs reprises les forces syriennes qui tentaient de s’y aventurer. Pourtant, en dépit de ces bombardements qui ressemblaient fort à des avertissements contre la jonction géographique (les armées syrienne et irakienne combattant l’EI des deux côtés de la frontière, les attaquer suscite de nombreuses interrogations que l’argument de la zone de désescalade ne suffit pas à démonter), l’armée syrienne (aux côtés de ses alliés) a poursuivi son avancée par le Sud (Deraa) et par le Nord, ciblant la ville de Deir ez-Zor, considérée comme le verrou de la frontière syro-irakienne au Nord. Des sources militaires proches de l’armée syrienne annoncent l’arrivée imminente des troupes du régime à Deir ez-Zor. Or c’est justement ce que voudraient éviter les Américains et ils auraient donc ressorti le scénario des armes chimiques, soit pour préparer une attaque militaire qui arrêterait la progression de l’armée syrienne, soit pour pousser les alliés du régime syrien à négocier un nouveau partage des zones d’influence en Syrie, de manière à empêcher la fameuse jonction territoriale via l’Irak.
L’enjeu de la bataille à la frontière syro-irakienne est donc primordial pour toutes les parties impliquées dans le conflit syrien, qu’il s’agisse de la Russie, de l’Iran ou encore des Occidentaux, Américains en tête. À ceux-là, il faut aussi ajouter désormais la Chine qui a envoyé récemment un émissaire effectuer une tournée dans la région et qui s’implique de plus en plus au Moyen-Orient, alors que les États-Unis avaient toujours essayé de la tenir à l’écart. L’issue de la bataille à la frontière syro-irakienne sera donc décisive pour la région.

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