Ces crimes qui entachent la victoire de Mossoul

ReportageAlors que les derniers combats font rage, les témoignages se multiplient, faisant état d’exécutions sommaires de combattants capturés et d’hommes suspectés de collaboration.

04/07/2017

« Ahmad » (le prénom a été modifié) est un soldat d’une des unités d’élite les plus respectées d’Irak. Les journalistes du monde entier ont chanté les exploits de son bataillon. Une équipe de télévision américaine doit la vie à ces hommes. C’est un héros de la bataille de Mossoul, d’une vingtaine d’années, avec une fine moustache, un bel uniforme et un visage poupin.

Une nuit, alors que la bataille touche à sa fin, il fait défiler fièrement ses photos des derniers jours, puis lance une vidéo. Elle montre un homme à genoux, cheveux longs, les mains ligotées dans le dos, les yeux bandés, la tête relâchée de travers, dans une maison de la vieille ville. Des heures de torture ont visiblement fait disparaître toute volonté en lui.

« Ahmad » entre dans le champ de la caméra, lève le bras et tire nonchalamment au pistolet. C’est une exécution d’un prisonnier de guerre. Ou peut-être d’un simple civil suspecté de collaboration avec l’État islamique (EI, ou Daech en arabe).

 

(Lire aussi : « À Mossoul, nous étions encerclés par la mort »)

 

À Mossoul, le triomphe de la victoire est terni dans les derniers jours des combats par les violences et les exécutions visant des hommes désarmés et des civils. Dans un article publié le 30 juin, l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a appelé les forces irakiennes à cesser de telles pratiques et enquêter sur les crimes commis lors de la bataille. « Les témoignages concernant des exécutions et des violences illégales par des soldats irakiens devraient suffire à susciter l’inquiétude parmi les plus hautes autorités à Bagdad et parmi les membres de la coalition internationale qui combattent l’EI », a ainsi lancé Lama Fakih, directrice adjointe de HRW au Moyen-Orient. « Les responsables irakiens devraient traduire cette préoccupation en poursuivant les responsables de ces crimes de guerre », souligne-t-elle.

L’exécution des combattants faits prisonniers n’est pas une nouveauté pour les forces irakiennes. Nul ne veut recréer un camp de prisonniers comme ceux d’Abou Ghraib ou Camp Bucca, où les Américains avaient concentré les insurgés capturés dans les années 2000 : les chefs de Daech s’étaient rencontrés dans ces immenses prisons. Reste que ces exécutions de prisonniers désarmés sont des crimes de guerre. La justification du commandement irakien est de considérer les combattants de Daech comme des « terroristes ». Le ministre de la Défense Irfan Hayali s’est même excusé, dans un communiqué, d’avoir parlé des combattants captifs comme de « prisonniers de guerre ».

 

(Lire aussi : L’église Saint-Thomas, la miraculée de Mossoul)

 

Un photojournaliste irakien avait alerté, dès la fin mai, contre la pratique systématique des viols, des tortures et des exécutions par l’une des unités d’élite, la division de réaction rapide (ERD) du ministère de l’Intérieur. Ayant passé plusieurs semaines à l’automne 2016 avec un bataillon de cette division, Ali Arkadi avait filmé et photographié des scènes de torture. Son enquête, publiée par le magazine allemand Der Spiegel, montrait que les violences et les exécutions ne visaient pas seulement des combattants faits prisonniers, mais aussi des civils arrêtés après la libération.

Durant toute la bataille, ces pratiques étaient cependant cachées aux yeux du public et de la presse. L’approche de la victoire semble avoir désinhibé les soldats irakiens. Lundi 26 juin, alors qu’ils combattaient des terroristes infiltrés dans des quartiers libérés, ils ont ainsi attaché à un poteau, à une intersection, un des cadavres de combattants de l’EI abattus. À la fin de cette même semaine, face aux ruines de la mosquée al-Nouri, au centre de la vieille ville, dynamitée le 21 juin par Daech, un cadavre tout frais reposait ventre contre terre, torse nu. Il avait été ligoté par les soldats irakiens, puis ses liens avaient été enlevés, mais à cause de la rigidité cadavérique, ses bras restaient croisés. Son dos était criblé de balles.

 

 

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