Les frappes aériennes états-uniennes sur l’Etat islamique ont tué des centaines, voire des milliers de civils, par Sarah Mukhtar

Le nombre de civils tués par les frappes aérienne états-uniennes en Irak et en Syrie est monté en flèche cette année, alors que les efforts visant à reprendre les bastions de l’État islamique se sont intensifiés et que certaines procédures de validation des raids aériens ont été modifiées.

Comparaison des estimations du nombre de décès civils susceptibles d’avoir été causés par des frappes aériennes de la coalition conduite par les États-Unis.
Le New York Times. Sources : Airwars (nombre de décès civils au 1er avril) ; U.S. Central Command. Commentaires : Environ 5% des données de Airwars proviennent des frappes aériennes américaines unilatérales ciblant des groupes autres que l’État islamique, al-Qaïda compris. CENTCOM n’a pas fourni de dates pour 80 décès civils confirmés supplémentaires ; ces décès ne sont pas pris en compte dans le graphique.

Les données recensées par Airwars, un groupe à but non lucratif qui suit les rapports concernant les décès civils en Irak et en Syrie, ont montré une hausse significative du nombre de décès rapportés durant le premier trimestre de 2017.

L’armée a récemment confirmé que les raids aériens américains ont causé au moins 352 décès (de) civils depuis le début de la guerre contre l’État Islamique. Mais Airwars a estimé que le total était huit fois plus élevé. Le groupe a constaté qu’au moins 3 100 civils ont été tués par des frappes américaines d’août 2014 à mars 2017.

Une grande partie de l’augmentation du nombre de décès apparaissant dans les données de Airwars a coïncidé avec les opérations visant à reprendre Mossoul (Irak), la plus grande forteresse de l’État islamique, et Raqqa (Syrie), sa capitale.

L’augmentation a également conduit certains groupes de défense des droits de l’homme à se demander si les changements dans la procédure en sont responsables. En décembre, sous le président Barack Obama, des conseillers américains et alliés sur le terrain ont été autorisés à faire appel à des raids aériens en Irak sans l’approbation d’un centre d’opérations. Le président Trump a également transféré plus d’autorité au Pentagone pour les opérations militaires.

Lama Fakih, directrice adjointe du Proche-Orient à Human Rights Watch, a déclaré dans un communiqué que « rendre plus facile l’appel à des raids aériens augmentera quasi nécessairement le nombre de civils blessés ou tués. »

Mais les responsables américains ont déclaré que les règles protégeant les civils n’avaient pas changé, et que le processus actuel d’approbation des frappes aériennes permettait au soutien aérien d’atteindre plus rapidement les troupes irakiennes sur le terrain. Ils indiquent Mossoul, Raqqa et d’autres opérations récentes pour expliquer l’augmentation des rapports de décès de civils.

Le New York Times | Source : Conflict Monitor par IHS Markit (zones de contrôle à compter du 3 avril)

Airwars a également identifié des épisodes « contestés » supplémentaires qui ont entraîné 2 700 morts de civils. Ce sont des événements dans lesquels les raids aériens dirigés par les Américains ont probablement joué un rôle dans les décès.

Les attaques aériennes russes qui ont frappé les zones rebelles en Syrie depuis 2015, sont probablement responsables de milliers de décès civils, selon une analyse préliminaire d’Airwars.

Mais indépendamment du nombre total de décès de civils, plusieurs anciens responsables de la sécurité américains ont récemment écrit une lettre pour avertir le ministre de la Défense, Jim Mattis, que les pertes civiles involontaires « peuvent causer des contraintes stratégiques significatives » en réduisant la coopération locale et en alimentant la propagande militante.

L’offensive de Mossoul

On pense qu’environ un million de civils vivaient à Mossoul lorsque les opérations pour reprendre la ville, la deuxième la plus peuplée d’Irak et la plus grande à être tombée sous le contrôle de l’État islamique, ont commencé en octobre. À l’époque, les responsables irakiens encourageaient les résidents à ne pas fuir la ville.

La grande majorité des décès de civils se sont produits après que les forces irakiennes sont entrées dans le terrain urbain dense des quartiers ouest de la ville, à la mi-février. Plus d’un millier de morts ont été signalés en mars.

Morts de civils sous des bombardements
dont les attaques aériennes de la coalition américaines et/ou d’autres groupes sont très probablement responsables
Le New York Times. Sources : Airwars (pertes civiles) ; OpenStreetMap et ses contributeurs. N.B. Le nombre total de décès de civils comprend des rapports confirmés, crédibles et contestés.

Au fur et à mesure que les forces irakiennes avancent, leurs demandes de bombardements aériens doivent être approuvées par le commandement américain. Mais l’état islamique aurait rassemblé des civils dans des bâtiments pour augmenter le potentiel de pertes civiles lorsque leurs militants sont ciblés.

L’offensive sur Raqqa

Des combattants des milices soutenues par les États-Unis en Syrie ont progressé vers Raqqa, fortement appuyés par les frappes aériennes de la coalition et des États-Unis depuis novembre.

Ici, les combats ont lieu dans des régions moins peuplées que Mossoul. Pourtant, la province de Raqqa a enregistré, à elle seule, un quart de tous les cas de décès de civils causés par des attaques aériennes de la coalition conduite par les Etats-Unis.

Morts de civils sous des bombardements
dont les attaques aériennes de la coalition américaines et/ou d’autres groupes sont très probablement responsables
Le New York Times. Sources : Airwars (pertes civiles) ; OpenStreetMap et ses contributeurs. N.B. Le nombre total de décès de civils comprend des rapports confirmés, crédibles et contestés.

Des frappes très meurtrières
Le 17 mars, une frappe états-unienne a détruit un bâtiment dans un quartier connu sous le nom de Mossoul Jidideh, tuant ainsi plus d’une centaine de civils. Cette frappe est probablement l’une des plus meurtrières que l’Irak ait jamais connue.

Le jeudi suivant, les responsables américains ont rendu publics les résultats d’une enquête confirmant qu’un missile avait bien frappé le bâtiment mais affirmant que ce n’était pas suffisant pour en provoquer l’effondrement. Ils ont ajouté que la frappe avait déclenché des explosifs que les combattants de l’Etat islamique avaient placé dans le bâtiment, ce qui explique donc l’importance du nombre de victimes.

Dans les semaines suivant cette attaque, des responsables militaires ont déclaré avoir fait des changements dans leurs procédures ; ils ont cependant refusé de spécifier lesquels.

Des habitants de Mossoul transportant les corps des victimes de la frappe du quartier de Jidideh.

En mars, au moins trois attaques sur la Syrie ont fait de nombreuses victimes. Ainsi, le 21 mars, une attaque aérienne qui a frappé une école à Mansoura, une ville de la province de Raqqa, aurait tué plus de 30 civils qui s’y étaient réfugiés. Stephen J. Townsend, le lieutenant-général en charge de l’Irak, a réfuté ce rapport, affirmant que l’attaque avait tué des combattants et non des civils.

Moins d’une semaine plus tôt, des habitants ont déclaré qu’un missile avait frappé une mosquée dans le village de Jina dans la province d’Alep, tuant au moins 37 civils. Les représentants américains ont déclaré qu’ils ne ciblaient pas une mosquée mais un bâtiment à proximité servant de base à al-Qaïda.

En mars, des bénévoles creusent dans les décombres après une attaque aérienne sur une mosquée dans le village de Jina (province d’Alep). Omar Haj Kadour/Agence France-Presse – Getty Images

Après l’attaque meurtrière de Mossoul, l’ONU a insisté pour que la coalition dirigée par les États-Unis repense ses tactiques. Amnesty International a accusé les Irakiens et les forces de la coalition de ne pas réussir à « prendre les précautions nécessaires pour éviter les pertes civiles, en violation flagrante du droit humanitaire international ».

Mais il y a des pressions pour vaincre l’État islamique rapidement. Le Premier ministre irakien, Haider al-Abadi, a averti que prolonger la bataille de Mossoul jouait en faveur des groupes militants, le lieutenant-général Townsend a déclaré vouloir en finir avec les offensives sur Mossoul et Raqqa dans les mois qui viennent.

Avec la participation de Tim Arango et de Michael Gordon.

Source : Sarah Almukhtar, The New York Times, 25-05-2017

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