Grèce: résistance à l’oppression de l’État

Publié sur
https://fr.squat.net/2019/09/04/grece-resistance-a-loppression-de-letat/

L’État et le capital s’attaquent toujours à la liberté des classes
sociales populaires, s’appropriant leur travail et leurs ressources. Au
cours des dernières années nous avons subi une attaque des plus
violentes, celle de l’appauvrissement massif et de l’aliénation de
celles et ceux qui étaient déjà opprimé-e-s et exploité-e-s. En
parallèle, un vaste mouvement de résistance sociale et de solidarité a
vu le jour. Le peuple a mis en place toute une variété d’espaces
autogérés; des infrastructures de logements, des centres médicaux
gratuits, des cuisines populaires et des espaces verts et publics, pour
ne citer que les exemples les mieux connus. Malgré ses faiblesses et ses
échecs, le mouvement a pu créer – au travers des squats, des groupes
politiques, des syndicats populaires et assemblées de places et de
quartiers – une base sociale solide et fertile qui concentre et accumule
un savoir et une expérience considérable, donnant naissance à des
communautés de lutte entretenant des liens sociaux étroits, portant un
regard critique sur la société. Souvent, il a fallu avoir recours à la
contre-violence pour défendre ces espaces de libertés et l’essence même
du mouvement contre la répression de l’État et les attaques fascistes.
Il n’a fait que grandir en diversité et vitalité malgré la
criminalisation incessante de la solidarité et de la mobilité.

Dans le contexte de cette lutte de classe, ce lundi 26 août, l’État et
sa police ont pénétré dans Exarcheia et évacué 4 squats ; 2 d’entre eux
étaient des logements pour réfugié-e-s/migrant-e-s, Transito 15 et
Spirou Trikoupi 17, où ils ont capturé 144 réfugié-e-s/migrant-e-s les
arrachant à leur résidence pour une seconde fois et les isolant dans des
centres de détention. Des intrusions-évacuations ont aussi eu lieu dans
des squats politiques habités et actifs, celui rue Assimaki Fotila et
Gare squat où ils ont arrêté 3 personnes. Les flics ont aussi
perquisitionné la maison de camarades de Gare. Les jours suivants, la
police a expulsé des sans abris de la colline de Strefi, s’en est prise
violemment à un couple homosexuel et a attaqué les espaces occupés des
Immigrants Anarchistes et du K*Vox. Le mouvement a donné de multiples
réponses par ses manifestations, actions et rassemblements.

En plus des squats et du mouvement en lui même, cette opération de
répression vise aussi les migrant-e-s. Leur existence étant considérée
comme illégale, ils et elles font partie des plus opprimé-e-s. au sein
de la société. A cause de cette illégalité, ils et elles n’ont accès ni
aux soins ni à l’éducation tandis que leurs conditions de travail les
réduisent en esclavage. Cette situation d’exclusion, également voulue
par une partie de la société, conduit à des situations violentes et
barbares dont l’État et les racistes se servent pour attaquer les
migrant.es. Beaucoup choisissent des structures solidaires et autogérées
afin de survivre et résister. Avec le soutien de la solidarité locale et
internationale, ils construisent des communautés et revendiquent leur
visibilité, menaçant directement le pouvoir politique et économique. La
solidarité que nous construisons se différencie de l’aide humanitaire
des ONGs qui victimisent les migrants et tirent profit de leurs
problèmes. La vraie solidarité est aux antipodes de l’humanitarisme de
l’État qui ne fait que couvrir les morts aux frontières et les
conditions meurtrières des centres de détentions. Là-bas, les
prisonnier-e-s ne reçoivent pas d’assistance médicale, souffrant
quotidiennement de maladies pouvant être fatales, vivant dans des
conditions insalubres avec des puces de lit et de la nourriture
misérable, se faisant battre ou même violer, le tout dans le but de les
pousser à quitter la Grèce et le territoire européen ou à se suicider.
Les transférer des squats dans lesquels ils-elles avaient choisi de
vivre porte atteinte à leur dignité et à leur droit à
l’autodétermination. Dire que les centres de détentions sont plus sûrs
et plus sains est l’un des mensonges les plus vicieux de l’État, c’est
l’opposé absolu de la réalité.

Quant aux squats, ils ont répondu pendant toutes ces années à une
variété de besoins et de désirs. Ce sont des espaces de libertés où la
base sociale redéfinit ses relations en dehors du contrôle de l’État et
de l’exclusion économique, allant au delà de tout nationalisme, sexisme
et autres discriminations systémiques. Ils répondent à des besoins tels
que le logement, défiant le chantage des propriétaires et,
partiellement, de l’esclavagisme salarial. En période de déplacements
massifs de populations, ils ont fourni un abri à des milliers de
personnes, leur épargnant ainsi la barbarie des centres de détentions
pour immigrants. L’un de leurs plus grands succès est que des gens de
différents horizons s’organisent en squat et forment des collectifs à
l’origine de projets qui reflètent le monde égalitaire et libre auquel
nous aspirons. Les squats, aux côtés d’autres forces militantes,
politiques et sociales, défendent et protègent les quartiers et l’espace
public des intérêts du pouvoir corporatiste et politique dominant.

L’agenda politique actuel de « Nea Democratia » n’est qu’une
continuation de la politique de Syriza. Il vise à la reconstruction de
toute la région pour en faire un terrain facilement exploitable par les
investisseurs locaux et étrangers. Il en résulte une exploitation et une
destruction encore plus intensive de l’environnement et une
gentrification agressive de l’espace urbain qui conduit à la
transformation des quartiers du centre-ville en zones de consommations
touristiques, forçant la délocalisation de ses résidents et
accomplissant ainsi un « nettoyage social » informel. Discipliner les
travailleurs, les chômeurs, les étudiants, les migrants, les femmes, la
militarisation de l’espace public et l’emprisonnement de ce qui se
révolte est primordial à l’implémentation du plan susmentionnés. L’une
des premières mesures de l’État a été de fusionner le système
correctionnel et le ministre de la migration sous la jurisdiction de la
police. Simultanément, ils ont embauché 1500 personnes supplémentaires
dans les forces de l’ordre, renforçant l’appareil répressif de l’État.
Ils ont criminalisé davantage les moyens de la lutte et aboli l’asile
universitaire en vue de la nouvelle lutte des classes qui se prépare.
Les luttes que Syriza avait assimilées puis désintégrées ont ouvert la
voie pour un État encore plus totalitaire comme nous l’avons vu par
l’arrivée au pouvoir de Nea Democratia.

Dans la continuité du mouvement de résistance des dernières années, nous
appelons les membres de la lutte, les rebelles, les squatteur-euse-s,
les collectifs et individu-e-s à redoubler d’efforts pour faire front
contre la répression. Avec comme objectif premier la défense des squats
et comme objectif général la défense de tous les acquis sociaux et les
victoires contre l’État et le capital, jusqu’à ce que ceux-ci soient
renversés.

Nous appelons à renforcer les structures sociales et à en créer de
nouvelles, amplifiant les luttes sociales et locales. Ne laissez aucun
régime s’approprier la lutte. Pour écraser les forces répressives, la
propagande médiatique, et faire éclater au grand jour la réalité de la
lutte des opprimé-e-s.

SOLIDARITÉ AUX SQUATS ET À TOUS LES ESPACES DE LUTTE
MIGRANT-E-S, NOUS LUTTONS ENSEMBLE

Des squats en Grèce:
https://radar.squat.net/fr/groups/country/GR/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) en Grèce:
https://radar.squat.net/fr/groups/country/GR
Des événements en Grèce: https://radar.squat.net/fr/events/country/GR

Publié le 4 september 2019 sur Indymedia Athènes
https://athens.indymedia.org/post/1599770/

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