Irak: jusqu’à la chute du régime!

Dans la continuité des grandes mobilisations de 2015, un mouvement de protestation a débuté début octobre en Irak. D’une ampleur inédite, il touche tout le pays et plus particulièrement Bagdad et le sud chiite. Anticipant la contestation libanaise, cette insurrection a pris ses distances avec les différences ethniques et confessionnelles puisque l’on retrouve à côté des chiites, des sunnites mais aussi des kurdes. Parti des bidonvilles, des quartiers populaires, ce mouvement pacifiste agglomère désormais des pans entiers de la société. Les syndicats professionnels, les étudiants, les professeurs, les avocats participent ensemble à l’occupation de la place Tahrir et appellent à la désobéissance civile à l’occasion de grèves générales.
La jeunesse irakiennne est le moteur de cette contestation, elle qui représente la moitié des 42 millions d’Irakiens. Elle exige le départ de la classe politique, dénonce un sytème confessionnel et ethnique à bout de course et les ingérences étrangères.

Sur les ruines du régime de S. Hussein et le chaos des interventions militaires américaines, les partis chiites au pouvoir ont enfoncé toujours plus le pays dans le désastre. Ils ont amené la guerre civile et nourri le terrorisme. Ils se sont appuyés sur le système confessionnel pour pérenniser leur pouvoir, s’enrichir et installer des mécanismes de corruption généralisés qui ont coûté depuis 2016, 410 milliards de dollars, soit deux fois le PIB. Ces gouvernements, qui ont appliqué avec zèle les recommandations des institutions financières internationales, n’ont répondu à aucune des attentes du peuple irakien. Ils ont pillé l’Etat et démantelé les services publics de l’eau, de l’électricité, de l’école, des hôpitaux, du logement… 90% des gens n’ont pas de véritables emplois. La colère se tourne aussi contre l’Iran, véritable parrain des partis religieux et des milices qui dominent.

En dépit des divergences qui existent entre les différentes formations, elles demeurent fermement unies autour du premier ministre Adel Abdel Mahdi, pour imposer le statuto-quo. Aucune force n’entend procéder à des réformes qui pourraient remettre en cause leur mainmise sur l’Etat et les richesses notamment pétrolières. Même la formation chiite de Moqtada al-Sadr, jusqu’alors aux côtés des manifestants et qui avait noué une alliance avec le Parti communiste irakien, a tu ses critiques. Tous misent sur l’épuisement du conflit et alimentent le spectre du complot et des ingérences.

L’ayatollah Ali Al-Sistani, véritable autorité qui conserve encore une légitimité, a appelé en vain le gouvernement à des réformes sans remettre en cause fondamentalement le système et à l’ouverture d’une commission d’enquête face à la répression. Ce prélat et son entourage expriment leur inquiétude face à la sécularisation de la jeunesse et travaillent aussi à l’étouffement du mouvement.

Le gouvernement a choisi le bain de sang contre les manifestants. A ce jour, on compte plus de 340 victimes et 15 000 blessés, en majorité de jeunes chiites qui pour beaucoup d’entre eux se sont engagés dans la lutte contre l’Etat Islamique. Les similitudes des formes de répression avec l’Iran laissent penser que le chef des Gardiens de la Révolution, le général Qasem Soleimani, est venu en personne en assurer la coordination. Aux côtés de l’armée, des snipers et des milices pro-iraniennes abattent de sang froid les militants ou les blogeurs. A la tête de véritables « Escadrons de la mort », ils opèrent en toute liberté en menant des campagnes d’intimidation, en procédant à des enlèvements ou en étant à l’origine de disparitions. Depuis le début de la contestation, le gouvernement n’a pas eu le moindre mot de regret pour déplorer la mort d’autant de jeunes gens.

La brutalité de la répression n’endigue en rien la contestation. Les deux députés communistes ont démissionné et se trouvent avec leur parti au coeur des mobilisations pour sortir du confessionnalisme, réformer la constitution et mettre en oeuvre des politiques qui répondent aux attentes de la population.
Ils sont en phase avec les propositions des Nations unies qui exigent la libération des manifestants emprisonnés, une réforme de la loi électorale, la lutte contre la corruption ainsi que la mise sous contrôle des milices.

Ce sont ces propositions que devraient soutenir la France et l’Union européenne au sein des instances internationales. Le chaos, la fragmentation du pays, les ingérences croissantes de l’Iran, de la Turquie et de l’Arabie saoudite  contribuent à accroître la fragilité voire la désintégration de l’Etat avec des conséquences lourdes de portée.

Le Parti communiste français est solidaire de la lutte du peuple irakien et salue l’engagement courageux et digne du Parti communiste irakien dans ce combat pour la liberté, la justice, la démocratie et la paix.

Pascal Torre
responsable-adjoint du secteur international du PCF
chargé du Maghreb et du Moyen-Orient.

source :  http://international.pcf.fr/113526

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