Des soldats saoudiens formés dans un camp en France, révèle une enquête d’Amnesty

Septembre 2019, après un raid aérien de la coalition menée par l'Arabie saoudite.sur un centre de détention Houthi à Dhamar au Yémen. Septembre 2019, après un raid aérien de la coalition menée par l'Arabie saoudite.sur un centre de détention Houthi à Dhamar au Yémen.
Septembre 2019, après un raid aérien de la coalition menée par l’Arabie saoudite.sur un centre de détention Houthi à Dhamar au Yémen. REUTERS/Mohamed al-Sayaghi

C’est un nouveau scandale dans la coopération militaire avec l’Arabie saoudite. Selon une enquête publiée par Amnesty International, un terrain d’entraînement aurait été construit sur le sol français pour former des militaires saoudiens. La France avait déjà été pointée du doigt en 2019 pour la vente de matériel de guerre à l’Arabie saoudite, qui combat actuellement au Yémen. Cette fois-ci, il s’agit de l’implantation d’un centre de formation au maniement des armes d’une entreprise belge dans la Meuse.

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Le centre en question se trouve à Commercy, dans la Meuse à l’est de la France. « Commercy, commune de la Meuse de 6 000 habitants. Ses madeleines, son château Stanislas, ses soldats saoudiens », voilà comment débute l’enquête d’Audrey Lebel, journaliste pour La Chronique, le magazine d’Amnesty International.

« Ce que j’ai trouvé là-bas, c’est un centre de formation qui avait été créé spécialement pour des soldats saoudiens, pour les former au maniement d’armes de guerre dont l’ancienne version est utilisée au Yémen, explique-t-elle à Oriane Verdier, du service international de RFI. Ce centre a pu être implanté dans la Meuse grâce à l’ancien ministre de la Défense Gérard Longuet. » Membre du gouvernement de François Fillon en 2011-2012, il est actuellement sénateur de la Meuse. Gérard Longuet a « selon ses propres propos, poursuit Audrey Lebel, « branché » le PDG de l’entreprise belge John Cockerill sur le chef d’état-major de l’armée de terre de l’époque ».

Argent public

Le centre de formation « a été implanté grâce à Gérard Longuet, qui se dédouane de tout conflit d’intérêt, avec de l’argent public (État, collectivité régionale)…»

« Je ne savais pas que c’était possible que la France puisse former sur son territoire des soldats. Encore moins des soldats qui font partie d’une armée engagée dans une guerre qui fait rage depuis plus de cinq ans, qui a fait plus de 200 000 morts et que les Nations unies qualifient de « pire catastrophe humanitaire au monde ». On a toujours tendance à penser que le Yémen, c’est loin, qu’on n’est pas vraiment concernés en tant que citoyens français, sauf que là, ça se passe sur notre territoire et avec l’argent du contribuable. »

À lire aussi : Au Yémen, des milliers d’enfants au bord de la famine, alerte l’Unicef

La guerre au Yémen

Audrey Lebel rappelle les révélations du magazine d’investigation en ligne Disclose l’année dernière sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen.Selon une enquête publiée en avril 2019, des documents classés « Confidentiel Défense-Spécial France » transmis à Emmanuel Macron, mais aussi à la ministre des Armées, Florence Parly, attestaient de la présence d’armes françaises au Yémen. Or la France a toujours nié l’utilisation de ce matériel militaire français contre des civils dans ce pays.

« C’est d’autant plus fou que le gouvernement français continue de faire la sourde oreille et de soutenir qu’il contrôle extrêmement bien ce commerce, alors qu’il est toujours aussi opaque, qu’on a toujours autant de mal à enquêter dessus et qu’on ne sait pas vraiment ce qui se passe sur notre territoire. »

D’ailleurs, souligne Audrey Lebel, « ce qui est d’autant plus trouble, c’est qu’on ne sait pas si les Saoudiens sont actuellement en place ou non. En off, on me dit qu’il y en a, qu’il y en a même qui auraient été coincés là-bas pendant toute la crise du Covid. Mais officiellement, même les élus locaux disent ne pas savoir si les formations ont véritablement commencé à Commercy. »

L’enquête d’Audrey Lebel est à lire ici

► À écouter aussi : Mon pays vend des armes, entretien avec Anne Poiret 

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