L’armée tire en l’air à balles réelles pour disperser les protestataires approchant de Baabda

La manifestation antipouvoir, organisée pour commémorer le quarantième du drame du port de Beyrouth, s’est heurtée à une contre-manifestation des partisans du chef de l’État.

L’armée tire en l’air à balles réelles pour disperser les protestataires approchant de Baabda

Des manifestants antipouvoir devant le Palais de justice de Beyrouth samedi après-midi. Photo Samir Moukheiber

C’est à balles réelles que l’armée a tiré en l’air pour disperser les manifestants antipouvoir qui s’étaient rassemblés samedi après-midi sur la route menant au palais présidentiel de Baabda, à l’occasion du quarantième de la double explosion du port de Beyrouth, afin de demander justice pour les près de 200 victimes et les milliers de blessés.

Les protestataires ont dû, en outre, faire face, dans un contexte tendu, à des partisans du Courant patriotique libre (CPL) qui ont organisé une contre-manifestation pour défendre le chef de l’État Michel Aoun. Des centaines de militaires se sont interposés entre les deux groupes et ont tiré en l’air à balles réelles, fait rare, pour forcer les militants antipouvoir à se disperser.

« Nous voulons justice pour Beyrouth », « À bas Michel Aoun », scandaient les manifestants qui ont appelé au départ du chef de l’État, faisant porter aux dirigeants la responsabilité des explosions du port. Certains brandissaient des drapeaux libanais dont les bandes rouges avaient été remplacées par du noir en signe de deuil.

« État policier »

À leur arrivée au niveau de l’autoroute, des jeunes participant au rassemblement antipouvoir ont essayé de forcer les barrières mises en place par les militaires et lancé des pierres en direction de la troupe, provoquant des tirs en l’air de la part des soldats déployés dont les rangs ont rapidement grossi. Sur son compte Twitter, l’armée a indiqué avoir été « obligée de tirer en l’air après que des manifestants eurent lancé des pierres sur des soldats, et les ont frappés à coups de bâton et tenté de s’approcher du palais présidentiel ».

De leur côté, les partisans du président Aoun ont scandé des slogans en son honneur et brandi son portrait, rejetant toute atteinte à la personne du chef de l’État. Les manifestants n’ont pas pu s’approcher du palais présidentiel. Une fois la situation revenue au calme, des femmes ont formé une ligne de séparation entre les forces armées et les autres protestataires afin d’éviter toute tension.

« La capitale a explosé il y a un mois, et tout ce que le président Aoun a fait, c’est de rejeter la responsabilité de cet événement et d’accuser d’autres personnes, alors que dans tout pays, le chef de l’État devrait être tenu pour responsable de toute catastrophe », a affirmé Nicolas Sassine, 21 ans. Il a déploré que le Liban soit « devenu un État policier », estimant que l’état d’urgence militaire imposé après le 4 août « n’a pas pu empêcher l’incendie » qui a eu lieu jeudi dans le port de Beyrouth.

Sur un des panneaux routiers traversant l’autoroute, des jeunes ont accroché des nœuds coulants pour symboliser leur demande que les responsables soient pendus. D’autres ont peint sur des murs le long de la route des graffiti « Son Excellence le meurtrier », en référence au chef de l’État qui avait reconnu avoir été tenu au courant de la présence au port de Beyrouth des matières explosives qui ont provoqué la double explosion du 4 août dernier.

Que le peuple rende justice

La procession était partie à 16h du Palais de justice de Beyrouth. « Que le peuple rende justice », pouvait-on notamment lire sur une pancarte brandie par certains. « Il savait », était-il inscrit sur la pancarte d’un protestataire, en référence au président Aoun. D’autres appelaient encore à la démission du président de la République et du chef du législatif Nabih Berry. Prenant la parole devant le Palais de justice avant le départ des manifestants, une porte-parole du mouvement de contestation a appelé les juges à se libérer de toutes les ingérences politiques. « Le peuple sera derrière vous », a-t-elle lancé. Le dossier des explosions au port ne peut pas « se limiter au jugement de quelques fonctionnaires », a-t-elle ajouté, appelant à traduire en justice « les présidents et ministres ». Lors du cortège, qui est passé par la rue principale du quartier de Furn el-

Chebback, les contestataires ont scandé des slogans révolutionnaires, déplorant notamment qu’au Liban, « pays de miliciens », il y a « tous les jours des catastrophes ».

Les partisans aounistes étaient, eux, partis de la localité de Hadeth en direction de Baabda. Leur procession avait été marquée par des échauffourées limitées avec des agents de la force antiémeute. Certains d’entre eux s’en sont en outre pris à des automobilistes, brisant à leur passage dans la localité les pare-brise à coups de bâton ou lançant des pierres.

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