En Égypte, le 10e anniversaire de la révolution célébré… par une arrestation

Le dessinateur Ashraf Hamdi a été arrêté après avoir publié en ligne une vidéo en hommage au soulèvement de 2011.

OLJ / Par Stéphanie KHOURI, le 28 janvier 2021

En Égypte, le 10e anniversaire de la révolution célébré... par une arrestation

Ashraf Hamdi. Photo YouTube

Le dessinateur Ashraf Hamdi a été arrêté après avoir publié en ligne une vidéo en hommage au soulèvement de 2011.

« La révolution n’est pas morte, elle est en nous. » Le 10e anniversaire de la révolution égyptienne, lundi, a été marqué par un déferlement de témoignages commémorant les manifestations de janvier 2011 qui ont mené à la démission de l’ancien président Hosni Moubarak, le 11 février. Les commémorations ont eu lieu en ligne, forcément, puisque les restrictions liées au coronavirus, ajoutées à l’interdiction de rassemblements, au déploiement de l’armée et à la censure médiatique, ont banni, d’emblée, toute célébration dans la rue. Mais même en ligne, ces commémorations ont parfois mal fini, n’échappant pas à la vague répressive caractérisant le régime de Abdel Fattah al-Sissi, président depuis 2014 après avoir renversé, en 2013, le premier président élu démocratiquement, Mohammad Morsi.

Ashraf Hamdi, l’un des « plus grands dessinateurs de caricatures du pays », selon la chaîne al-Hurra basée aux États-Unis, est le dernier en date à avoir fait les frais de cette répression. Le dessinateur et humoriste, également dentiste, tient la chaîne YouTube « Egyptoon », suivie par plus de trois millions d’internautes. Il avait posté une courte vidéo en ligne afin de rendre hommage aux « héros » de la rue Mohammad Mahmoud, dans le centre du Caire, où des dizaines de manifestants sont morts en novembre 2011, suite à des affrontements avec les forces de l’ordre. Lundi matin, peu après avoir posté sa vidéo, le jeune homme a affirmé sur son compte Facebook « avoir été arrêté ». La même journée, deux sources sécuritaires confirmaient à l’agence de presse Reuters la détention effective du jeune homme pour mauvais usage des réseaux sociaux et diffusion de fausses informations. Lire aussi Le mouvement « #metoo » égyptien, l’autre révolution

Loin de ces réalités, le président Sissi tenait un discours, lundi, devant l’académie de police au Caire, insistant sur l’importance de la stabilité et du développement, tout en faisant référence à l’anniversaire du soulèvement du 25 janvier, une « révolution menée par une jeunesse sincère ». « Je dis à la jeunesse d’Égypte que votre nation attend vos jeunes bras et vos efforts sincères pour avancer sur le chemin de la réforme, de la reconstruction et du développement », a affirmé le président.

Une déclaration qui résonne de manière cynique pour beaucoup d’observateurs, pour qui l’arrestation de lundi ne fait que confirmer les tendances autoritaires et antilibérales du régime, qui détiendrait près de 60 000 prisonniers politiques, selon Amnesty International, et qui a fait voter en avril 2019 l’extension de la loi antiterroriste permettant d’élargir les arrestations de journalistes, défenseurs des droits de l’homme, militants ou opposants politiques. Selon Reporters sans frontières, 32 journalistes seraient détenus par les autorités égyptiennes, et plus de 100 journalistes auraient fait l’objet d’arrestations arbitraires depuis janvier 2014, faisant du pays l’un des plus répressifs au monde à l’égard de la presse. Lire aussi Dix ans après la révolution, le cinéma égyptien « dans une logique de survie »

Les organisations de défense des droits de l’homme se sont rapidement mobilisées pour dénoncer l’arrestation d’Ashraf Hamdi et appeler à sa libération immédiate. Hier en fin de journée, l’avocat et militant égyptien Gamal Eid, directeur de l’Arabic Network for Human Rights Information, confirmait sur son compte Twitter qu’« Ashraf Hamdi était toujours détenu illégalement, malgré l’annonce de sources sécuritaires indiquant qu’il serait l’objet d’une enquête pour diffusion d’informations mensongères ». Dans un communiqué publié lundi, M. Eid affirmait qu’« une arrestation de la sorte, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution égyptienne, envoie un message clair indiquant que la police n’a pas changé et qu’une telle approche est caractéristique de l’appareil sécuritaire », appelant le procureur général à « se précipiter pour mettre fin à ce crime ».

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