FEMMES POLITIQUES KURDES : UN 8 MARS DERRIÈRE LES BARREAUX

La journée internationale des femmes a été célébrée au Kurdistan irakien et dans le Rojava avec de nombreuses déclarations et des hommages publics.  En raison des restrictions de COVID, il n’y a pas eu de manifestations publiques.

A Erbil, après les hommages du Président et du Premier ministre du Kurdistan sur la place éminente des femmes dans tous les domaines de la société et de la vie politique et culturelle, l’ancien président Massoud Barzani a fait l’éloge des femmes kurdes dans la résistance contre la dictature de Saddam Hussein et plus récemment dans la guerre contre Daech. « Le respect des droits, du travail et du combat des femmes est un devoir qui nous incombe à tous », a-t-il souligné.

Le porte-parole de la Coalition internationale en Irak, Wayne Marotto, a également publié un tweet soulignant « la grande contribution des femmes kurdes dans la victoire des Alliés contre Daech en Irak et en Syrie ».

Le président du Kurdistan a indiqué qu’il contribuerait avec le gouvernement à œuvrer pour favoriser l’égalité homme-femme et à combattre les violences contre les femmes.  Depuis l’émergence en 1991 d’un Kurdistan gouverné par les Kurdes, la cause des femmes a fait d’énormes progrès, notamment dans le domaine fondamental de l’éducation.  Toutes les filles en âge scolaire sont scolarisées et les jeunes femmes sont désormais majoritaires dans les universités.  Un quota de représentation de 25% de femmes a été instauré dans le Parlement du Kurdistan, présidé actuellement par une femme et, à l’instigation des Kurdes, dans le Parlement irakien.  Les députées représentent désormais environ le tiers des parlementaires du Kurdistan et visent la parité d’ici 10 ans.

Les femmes sont également de plus en plus présentes dans les forces armées (Peshmerga) et dans la police.  Mais les directions des partis politiques restent encore largement masculines ainsi que celles des entreprises.  Les mouvements féministes, très actifs, et dénoncent régulièrement les violences et les traditions rétrogrades de certains secteurs de la société.  

C’est au Kurdistan de Turquie que l’objectif de parité dans les postes de responsabilité politique était quasiment atteint avant la répression qui s’abat depuis 2016 sur les mouvements politiques kurdes que le président turc et les média et la justice à ses ordres veulent criminaliser. Le principal parti kurde, le HDP, dans chacune de ses 65 municipalités remportées aux élections de 2019, avait un système de co-maires qui consistait qu’il y a à chaque fois un homme et une femme pour co-diriger ensemble la municipalité.  59 des 65 de ces mairies sont désormais dirigées par des fonctionnaires nommés par Ankara au mépris des lois et du vote des électeurs kurdes.

PRISONNIERES D’ERDOGAN

Femmes politiques kurdes en détention préventive depuis 2016

Députées

1 CaglarDEMIRELancienne députée du HDP
2 LeylaGUVENancienne députée du HDP
3 SelmaIRMAKancienne députée du HDP
4 EdibeSAHINancienne députée de HDP
5 AyselTUGLUKancienne députée du HDP
6 SebahatTUNCELancienne députée du HDP
7 SebahatTUNCELancienne députée du HDP
8 GulserYILDIRIMancienne députée du HDP
9 FigenYUKSEKDAGancienne co-présidente de HDP

Maires

1 SevinALACAancienne co-maire de Kars
2 NurhayatALTUNancienne co-maire de Dersim
3 YıldızÇETINancienne co-maire de Ercis
4 SabiteEKINCIancienne co-maire de Varto
5 NilüferELIK YILMAZancienne co-maire de Kiziltepe
6 MülkiyeESMEZancienne co-maire de Derik
7 DilekHATIPOGLUancienne co-maire de Hakkari
8 ServinKARAKOÇancienne co-maire de Ovakisla
9 SaraKAYAancienne co-maire de Nusaybin
10 GultanKISANAKancienne co-maire de Diyarbakir
11 GülistanÖNCÜancienne co-maire de Savur
12 ZeynepSIPÇIKancienne co-maire de Dargecit
13 MemnuneSÖYLEMEZancienne co-maire de Malazgirt
14 RemziyeYAŞARancienne co-maire de Yuksekova

Elles sont 23, ces femmes co-maires et députées qui croupissent actuellement dans les géoles turques.  

Nous avons une pensée émue pour chacune de ces résistantes courageuses, en particulier Gultan Kisanak, ancienne maire de la capitale kurde Diyarbakir. Ancienne journaliste, elle vient de faire paraître une tribune dans la presse suisse, sous le titre : De ma prison, je suis vos luttes.

A l’occasion du 8 mars, la direction de la sécurité publique turque a publié un prospectus pour alerter contre les violences faites aux femmes en six langues : turc, arabe, français, anglais, persan et russe.  Mais pas en kurde, langue de plus de 20 millions de citoyens (de seconde zone) du pays.  La police turque estime-t-elle que les femmes kurdes sont assez fortes pour se défendre contre les violences et qu’elles n’ont pas besoin de faire appel à la police ou, ce qui est plus probable, que le kurde n’est pas vraiment une langue ?

Dans ce pays, sous le pouvoir de l’AKP on a construit pus de 20.000 mosquées nouvelles et désormais plus d’un million d’élèves sont scolarisés dans les lycées religieux Imam-Hatip, théoriquement destinés à former des futurs imams et prédicateurs.  Le président turc affirme publiquement que la femme n’est pas l’égale de l’homme, que sa place est à la maison et qu’elle doit enfanter au moins trois enfants.  Le taux de femmes qui travaillent est le plus bas des pays de l’OCDE.

En Iran, sous le régime de la théocratie chiite, les femmes sont discriminées et privées de la plupart de leurs droits politiques et sociaux.  Elles s’investissent massivement dans les études y compris universitaires pour préparer l’avenir.  Au Kurdistan, nombre d’entre elles créent et animent des associations pour la défense de la langue et de la culture kurdes, pour la protection de l’environnement et de la biodiversité et pour la défense des droits humains.  Elles sont régulièrement poursuivies, arrêtées, emprisonnées. Parmi elles, Zahra Mohammad condamnée à 5 ans de prison pour avoir enseigné le kurde à des enfants kurdes. Amnesty International a dénoncé sa détention arbitraire.  Une autre femme emblématique est Zaynab Jalalian, née en 1982, dans un village kurde près de Maku, proche de la frontière avec l’Arménie.  Arrêtée en 2007 pour « appartenance à un mouvement rebelle et propagande contre la République islamique », condamnée à mort en 2008 par un tribunal islamique, elle est actuellement dans la prison de  Khoy dans des conditions lamentables, privée de livres, de visites.

Depuis sa création en 1983, l’Institut kurde soutient et accompagne le combat des femmes kurdes pour l’égalité.  Il a contribué à la formation dans les universités françaises des étudiantes qui ensuite par leurs écrits, leurs actions de terrain et leurs interventions dans les media kurdes ont largement contribué à l’émergence et au développement des mouvements féministes au Kurdistan.  Il a également contribué à faire connaître à l’étranger les militantes kurdes et à défendre celles qui sont en prison.  Enfin, dans son propre fonctionnement l’Institut kurde assure depuis 1996 la parité au niveau de son personnel et de ses instances dirigeantes.  Son programme de bourses dès ses débuts faisait de la discrimination positive pour les femmes.  Aujourd’hui sur les 30 boursiers kurdes du Gouvernement français sélectionnés par l’Institut, venant du Kurdistan d’Iran, de Syrie et du Turquie qui font des études de Master ou de doctorat en France, on compte 22 jeunes femmes choisies sur la base de leurs mérites et qualifications.  Ce programme, dont le taux de réussite est proche de100%, est malheureusement très insuffisant pour répondre aux besoins de formation de la jeunesse kurde.


Zahra Mohammadi


Zeynab Jalalian

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