Les tirs de roquettes à partir du Liban entraînent une sévère riposte sioniste

L’escalade suscite des interrogations autour des motivations des tirs en direction d’Israël qui apparaissent comme une tentative de diversion en pleine commémoration du 4 août.

OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 06 août 2021

Les tirs de roquettes à partir du Liban entraînent une sévère riposte israélienne

Dans la région de Mahmoudiyé au Liban-Sud, le cratère creusé par un raid aérien israélien en représailles à des tirs lancés depuis la région. Mahmoud Zayat/AFP

La tension était palpable hier au Liban-Sud, à la suite de raids lancés après minuit par l’aviation israélienne contre « des sites de lancement de roquettes » dans la région de Mahmoudiyé, dans le caza de Jezzine, en riposte à des tirs, la veille à partir du Liban, contre Kiryat Shmona. Le timing de l’attaque contre Israël révèle indubitablement une tentative de détourner l’attention de la vaste mobilisation populaire qui a marqué, le jour même, la première commémoration de la double explosion meurtrière au port de Beyrouth. Sauf que cette tentative a donné à Israël non seulement le prétexte pour frapper le Liban en signe de représailles, mais pour renouveler ses menaces d’escalade, si jamais son territoire était de nouveau bombardé à partir du Liban, d’autant que ces échanges de tirs interviennent dans un contexte régional assez tendu.Les dernières frappes aériennes israéliennes contre le territoire libanais avaient eu lieu près de la frontière avec la Syrie en 2014, mais elles n’ont pas ciblé les bastions du Hezbollah, dans le sud du Liban, depuis le conflit de 2006 entre l’État hébreu et le mouvement chiite. Selon le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, les frappes aériennes ont visé « des zones de lancement de missiles ainsi que des infrastructures utilisées pour des activités terroristes ». « L’État libanais est responsable de ce qui se passe sur son territoire », a-t-il ajouté sur Twitter.

La veille, suite au tirs de roquettes depuis le territoire libanais, dont deux ont visé la région de Kiryat Shmona sans faire de victimes, il avait posté une première mise en garde : « Les frappes de l’armée israélienne se poursuivront et pourraient s’intensifier face aux tentatives terroristes visant l’État d’Israël et ses citoyens. » Cette phrase résonne comme un avertissement adressé à certaines factions palestiniennes armées montrées du doigt dans l’attaque, sans oublier le Hezbollah qui, d’après les responsables de la défense israélienne, « n’était pas derrière l’attaque, mais était très probablement au courant ».

Après les raids, la Finul a multiplié ses patrouilles tout le long de la frontière et dans le secteur entre Ebl el-Saki et Marjeyoun, au Liban-Sud. Jalaa Marey/AFP

« Coups de semonce »
Un autre avertissement à l’Iran et au Hezbollah a été lancé par le ministre israélien de la Défense Benny Gantz. Ce dernier a en effet déclaré hier au Yediot Aharonot qu’Israël était « prêt à attaquer l’Iran », à la suite d’une attaque contre un pétrolier lié à Israël au large d’Oman. Une attaque qu’Israël, les États-Unis et le Royaume-Uni imputent à Téhéran. Les frappes israéliennes mercredi et jeudi matin au Liban, en réponse aux tirs de roquettes de groupes militants, étaient des « coups de semonce », a déclaré le ministre israélien. « Il est évident que nous sommes capables de faire beaucoup plus. Nous espérons ne pas être entraînés là-dedans », a-t-il ajouté.

Pour en revenir aux faits, trois bombes ont été larguées par l’aviation israélienne dans la nuit de mercredi à jeudi. « Les deux premières sur la route de Dimachkiyé, située dans la région de Mahmoudiyé, zone boisée dans le caza de Jezzine qui avait vu la veille le lancement des trois tirs de roquettes. La troisième à proximité du camp palestinien de Rachidiyé (Tyr) dans la région inhabitée de Chawakir, sans faire de dégâts », rapporte notre correspondant à Saïda, Mountasser Abdallah. Il précise que certaines parties ont considéré le troisième tir comme un avertissement ferme à certaines factions palestiniennes du camp qu’ils estiment impliquées dans les tirs de roquettes contre Israël.

Un calme précaire régnait dans la journée d’hier au Sud, après les efforts déployés par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) pour empêcher l’escalade. Dans un communiqué, la force onusienne a d’abord indiqué « avoir entendu de fortes explosions à l’aube à proximité de Tyr, Marjeyoun et Mahmoudiyé ». Des explosions confirmées par l’armée israélienne qui a reconnu « avoir mené des bombardements aériens en trois emplacements du Liban-Sud ».

Le chef de l’État Michel Aoun a estimé que ce développement sur le terrain « suggère une intention d’intensifier les attaques » contre le Liban. « Ce qui s’est passé est une violation claire et dangereuse de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU et une menace directe et de la sécurité et de la stabilité au sud », a dénoncé le président sur Twitter, soulignant que « porter plainte auprès des Nations unies s’avère indispensable pour empêcher Israël de poursuivre ses agressions contre le Liban ».

C’est dans ce cadre que le chef de mission et commandant de la Finul, Stefano Del Col, a présidé une réunion tripartite à Naqoura, avec des représentants de l’armée libanaise et de l’armée israélienne. Une réunion qui a porté sur le renforcement de la sécurité et de la stabilité le long de la ligne bleue et sur l’application de la résolution 1701. L’occasion pour le responsable onusien d’appeler les deux adversaires à « agir d’urgence » pour désamorcer les tensions et empêcher que ne vole en éclats « la cessation des hostilités ». « En cette période de volatilité régionale, plus que jamais, le rôle de liaison et de coordination de la Finul doit être respecté par toutes les parties, a-t-il martelé. Dans les moments les plus imparfaits, ce mécanisme vous a bien servi. Il est maintenant temps de vous y réengager, de ne pas permettre à ceux qui veulent envenimer la situation de prendre le dessus. » Même inquiétude exprimée hier par la Ligue arabe qui a mis en garde, dans un communiqué, contre l’escalade des tensions entre le Liban et Israël.

Un timing lié aux négociations sur le nucléaire iranien
Une question demeure toutefois en suspens. Quel message entendent véhiculer les tirs libanais en direction d’Israël ? Et pourquoi ce timing qui apparaît comme une tentative de diversion, en pleine douloureuse commémoration du 4 août ?

Le général à la retraite Khalil Hélou estime que les tirs de roquettes depuis le Liban ne sont pas un incident isolé, mais plutôt liés au contexte régional. « Il est vrai que les Libanais sont concentrés sur le 4 août, mais en observant le contexte régional, nous constatons une hausse des tensions dans le Golfe (suite aux actes de piraterie contre le pétrolier), à Bagdad et au Yémen », note-t-il. Alors, même si les groupuscules palestiniens sont bien responsables des tirs de roquettes en direction d’Israël, ce dont est convaincu Tel-Aviv, « la zone de départ des tirs est contrôlée par le Hezbollah et l’armée libanaise ». « Nous sommes face à deux possibilités, estime le général Hélou : soit les responsables des tirs ont été encouragés par une tierce partie, le Hezbollah en l’occurrence, soit ils prêtent allégeance au parti chiite. » Et comme tout ce qui se déroule actuellement dans la région est lié à la suspension des négociations sur le nucléaire iranien, « les Iraniens font monter les enchères », assure l’expert militaire, convaincu que les négociations aboutiront. Car « nul ne veut d’une guerre au Liban-Sud, ni le Liban, ni l’Iran, ni Israël ».

« Il est impossible qu’Israël fasse une guerre sans le feu vert américain, explique le général à la retraite. Et son nouveau gouvernement, faible et disparate, n’a pas les moyens de convaincre le président américain Joe Biden, soucieux de donner une chance aux négociations. » « Point de guerre préparée d’avance » donc dans le contexte actuel, mais de possibles escalades ponctuelles. Preuve en est, aussi bien le Liban qu’Israël « respectent la règle du jeu » depuis un certain temps. Malgré les dégradations sécuritaires occasionnelles, « aucun tué de part et d’autre ». Sauf que les choses risquent de déraper. « Les guerres sont toujours le résultat d’un mauvais calcul », reconnaît Khalil Hélou.

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