À Idleb, la population craint une nouvelle offensive du régime de Damas

Les forces loyalistes et leur allié russe ont mené mardi leurs bombardements les plus meurtriers sur cette ville située dans le nord-ouest de la Syrie – dernier bastion rebelle et jihadiste du pays – depuis près de 10 mois.

OLJ / Par Noura DOUKHI, le 09 septembre 2021

À Idleb, la population craint une nouvelle offensive du régime de Damas

Les destructions provoquées par le bombardement mené par le gouvernement syrien à Idleb, dernier grand bastion rebelle de Syrie, le 8 septembre 2021. Omar Haj Kadour/AFP

Cela faisait plusieurs mois que la ville d’Idleb, située dans le nord-ouest de la Syrie, n’avait pas été visée par les bombardements du régime de Damas et de son allié russe. Mardi, les habitants des zones rebelles ont été surpris par les tirs d’artillerie des forces progouvernementales et de Moscou qui ont tué quatre civils – dont un enfant– dans l’est de la ville d’Idleb et blessé au moins trois autres personnes. « Le régime ne bombarde pas régulièrement la ville-même d’Idleb », confie Abdo*, qui vit dans la ville après avoir été déplacé du sud de la province d’Idleb. « Tous les habitants qui ont entendu les explosions était terrorisés. Je pouvais entendre les pleurs des enfants », se désole-t-il. Cette attaque est la plus meurtrière qu’ait connue la ville depuis environ dix mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Vider le quartier de ses habitants

Si la capitale de la province éponyme avait été épargnée ces derniers mois par les attaques des forces du régime et de son allié russe, les localités avoisinantes n’ont pas bénéficié du même traitement. Les bombardements sur le sud de la région se sont au contraire intensifiés depuis le mois de juin. Hier matin, une femme a été tuée dans une nouvelle attaque des forces progouvernementales contre une clinique dans la province d’Idleb. « La stratégie utilisée par le régime dans la région est la même que celle qu’il utilisait auparavant pour bombarder les zones échappant à son contrôle », indique Firas*, un journaliste de l’opposition âgé d’une trentaine d’années. « Il commence par bombarder des hôpitaux et des centres médicaux, puis des maisons pour vider le quartier de ses habitants », poursuit ce dernier en référence aux bombardements intermittents secouant la campagne d’Idleb depuis la conclusion d’un accord de cessez-le-feu négocié en mars 2020 entre Moscou et Ankara – parrain de certains groupes rebelles.

Cet accord avait notamment permis de mettre fin à une offensive meurtrière lancée par le régime de Damas en décembre 2019 pour reprendre le contrôle du dernier bastion rebelle et jihadiste du pays, alors que près de la moitié de la région est aux mains du groupe Hay’at Tahrir el-Cham (HTS), ex-branche syrienne d’el-Qaëda. Une offensive qui avait fait près d’un million de déplacés, selon l’ONU. Mais dès l’été suivant, les forces loyalistes et leur allié russe n’ont cessé de violer cette trêve, faisant craindre à la population une nouvelle offensive de taille. En cause : la fragilité du texte prévoyant notamment des patrouilles russo-turques le long de l’autoroute M4, un axe crucial pour le pouvoir car traversant la région d’Idleb pour relier Alep à Lattaquié. « Il y a toujours eu des violations de l’accord du côté du régime syrien, observe Nawar Oliver, chercheur au centre Omran basé à Istanbul. Après sa signature et l’augmentation massive de la présence militaire turque, la population a pensé que ces violations cesseraient. Mais elles se sont poursuivies et même intensifiées. » Contrairement aux espoirs des habitants, Ankara n’a pas réagi d’une manière ferme aux attaques du régime syrien, préférant « passer par la voie diplomatique avec Moscou », fait valoir le chercheur. Lire aussi À Deraa el-Balad, l’enfer des deux mois de siège

Depuis la dernière vaste offensive des forces pro-Damas, en décembre 2019, une grande partie de la population d’Idleb se sent abandonnée par la Turquie, qui n’était auparavant pas intervenue lorsque le régime syrien avait repris la ville d’Alep à la fin de l’année 2016, après quatre ans de violents affrontements. « Certains pensent que la Turquie est formidable car elle a envoyé des soldats ici, a expulsé l’État islamique (EI) de nombreuses régions dans le nord et l’est d’Alep et a accepté beaucoup de Syriens en tant que réfugiés, explique Abdo. Mais de plus en plus de personnes constatent que la Turquie permet au régime syrien de contrôler davantage de zones sans dire un mot ou sans faire un geste. Pour moi, elle n’agit que pour son propre intérêt politique et économique. »

Du côté de la Russie, le Kremlin justifie les attaques sur la province rebelle en arguant qu’elle est peuplée d’extrémistes, alors que le président syrien avait lui-même promis, fin juillet, de faire de la « libération des parties du pays qui doivent encore l’être » l’une de ses principales priorités. « L’une des stratégies de Moscou est également de prétendre qu’il n’a pas de pouvoir sur tout le front d’Idleb – alors que beaucoup de tirs d’artillerie lancés côté régime proviennent de la 4e division affiliée à l’Iran ou d’autres milices pro-Téhéran qui les utilisent pour saboter l’accord de cessez-le-feu déjà fragile », observe Nawar Oliver.

Terroriser la population

Face à ces attaques répétées au cours des derniers jours, la population craint l’imminence d’une nouvelle offensive similaire à celle de décembre 2019 dans la région et dans la ville d’Idleb. « Les gens ici disent que le régime veut contrôler la montagne Jabal el-Zawiya et l’autoroute M4 et que ce bombardement a pour but de terroriser la population pour la faire déplacer », confie Abdo. Des rumeurs qui proviendraient du gouvernement. « Il n’est pas exclu qu’un assaut contre la province soit lancé, car le régime a menacé plus d’une fois de lancer une opération militaire et a indiqué son intention de prendre le contrôle de Jabal el-Zawiya, au sud d’Idleb », explique Firas. Une hypothèse peu probable selon plusieurs observateurs, qui estiment que le régime syrien n’a pas les moyens de lancer une large offensive sur cette région montagneuse, où la présence militaire turque est très importante. « Je m’attends donc à ce que la situation actuelle se poursuive, indique Nawar Oliver. Tout ce que peut faire l’opposition, c’est riposter. Mais ce serait une grosse erreur de lancer des attaques en direction d’Alep, car la Russie y verrait alors une excuse pour lancer une plus grande campagne militaire contre différentes zones à Idleb. »

* Les prénoms ont été modifiés

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