Palestine occupée : Bilan des crimes israéliens du 7 au 13 octobre

« Quadrillage du territoire, contrôle d’identité, surveillance, descentes de nuit, torture, punition collective, déportation » : telles sont « les méthodes consacrées en situation coloniale » selon Jim House, historien du 17 octobre 1961. On pourrait ajouter, emprisonnements arbitraires, détentions administratives, tentative d’effacement de la mémoire, vol des terres et des maisons, destructions, confiscations, agressions physiques… La routine en Palestine occupée…

Feu sur les manifestants !

Cette semaine, au moins 24 Palestiniens ont été blessés par l’occupant lors d’environ 160 incursions en Palestine occupée. Quatre au moins sont des mineurs.

L’un d’entre eux (non identifié) est atteint au dos vendredi lors de la répression d’une manifestation pacifique à l’entrée du village de Kafr Qaddum, à l’Est de Qalqiliya. Deux autres manifestants sont blessés à cette occasion par les balles israéliennes.

Mardi, vers 4h du matin, l’armé envahit Tamun, près de Jénine. Face aux villageois, les soldats tirent à balles réelles. Un mineur atteint à la cuisse gauche est transporté à l’hôpital. Plusieurs autres manifestants suffoqués par le gaz lacrymogène sont soignés sur place.

Jeudi, vers 19h, les forces stationnées à l’entrée de Silwad, près de Ramallah, font feu sur le jeune Haitham Amin (15 ans). Motif invoqué : jet de pierres. A une distance de 100 mètres, s’il représentait un danger, il peut s’inscrire aux jeux olympiques ! Blessé, il est arrêté et conduit à l’hôpital.

Lors de la répression de la manif’ du vendredi à Beita, l’un des deux blessés est un journaliste.

Bataille à la porte de Damas

Bâtie sous Soliman le magnifique, la porte de Damas sépare les quartiers chrétien et musulman de Jérusalem. Jeudi 7, les autorités israéliennes bouclent ce passage incontournable et toute la zone alentour, provoquant la colère des habitants et la répression qui va avec. Les adolescents sont spécialement visés…

Le soir même, un mineur non identifié est blessé au pied par une grenade étourdissante et conduit à l’hôpital.

Samedi, des dizaines de riverains se rassemblent pour protester. Ils sont pourchassés par des soldats avec des chiens et des policiers à cheval. Des bombes assourdissantes sèment la panique, Vers 22h00, les forces israéliennes fondent sur Anas Mahmoud (17 ans) et Obada Abu-Jum’a et les emmènent en détention.

Palestine occupée : Bilan des crimes israéliens du 7 au 13 octobre

Lundi, quatrième jour de bouclage. Les bombes assourdissantes pleuvent. La police course et enlève Sultan Shwalki (16 ans).

Mardi vers 22h00, cinquième jour de bouclage. A grands renforts de bombes assourdissantes, soldats et policiers évacuent à nouveau la zone. Les magasins sont aspergés de skunk, ce liquide pestilentiel qui imprègne tout ce qu’il touche, murs compris, spécialité de la start-up nation. Peine perdue : irréductibles, des dizaines de Palestiniens continuent à protester, provoquant la fureur de colons qui les insultent et les menacent de leurs armes. A nouveau l’occupant s’en prend à sa cible favorite : les ados. Yehia Badran (16 ans), Hamza al-Shaweesh (16 ans), Mohammed Abu Snaina (16 ans) et Montaser al-Hassouni (15 ans) sont battus et kidnappés.

Le lendemain à la même heure, la bataille reprend pour le sixième jour consécutif. Magasins, véhicules et passants sont aspergés de ce skunk qui persiste pendant des jours, comme un rappel de l’idéologie nauséabonde de l’assaillant. L’occupant arrête un véhicule près du rond-point de Musrara, force les passagers à sortir et les maltraite. Une fois encore, c’est un adolescent de seize ans qui fait les frais de la fureur soldatesque. Poursuivi, paniqué, il tombe et se casse la jambe. La bataille continue…

La prison à partir de 10 ans

Quelque 88 prisonniers politiques cisjordaniens, dont 22 mineurs et une femme, ont rejoint cette semaine la toile carcérale de l’occupant. La plupart lors de 120 raids ou de 38 répressions de manifestations. Certains ont été interceptés à un checkpoint permanent ou improvisé, d’autres à la sortie de la mosquée ou de l’école. En réalité, il n’y a pas de lieu sûr pour les Palestiniens sous occupation.

Jeudi, à 2h du matin, l’armée kidnappe Adham Abu Srour (16 ans) après avoir pris d’assaut sa maison familiale à Dawha, à l’ouest de Bethléem.

Vendredi vers 14h, sur l’esplanade des mosquées de Jérusalem, les soldats enlèvent quatre adolescents du faubourg d’al-Issawiya : Mohammed Obaid (13 ans), Montaser Sabtah (15 ans), Fares Obaid (14 ans) et Mohammed Obeid (14 ans).

Dimanche en pleine nuit, vers 2h, les soldats envahissent des maisons de Beit Fajjar, près de Bethléem. Ils repartent avec leurs proies : Mousa Dairiyyah (17 ans), Reda Deiriyyah (16 ans), Radi Deiriyyah (16 ans) et Mohammed Taqatiqah (15 ans).

Le dimanche à 8h, à Anata près de Jérusalem, les soldats enlèvent à domicile un père et sa fille :  Ahmed et Nada Sheikha.

Lundi, vers 3h, un raid contre les maisons d’al-Khader, au sud de Bethléem, aboutit à l’arrestation de 5 villageois. Parmi eux, Mohammed Sbeih n’a que 16 ans.

Mardi à 5h, la vaillante armée d’Israël arrête Mohammed Zaytoun (13 ans) et Jehad al-Rajabi (10 ans). Ces dangereux terroristes sont kidnappés dans leurs lits du quartier de Silwan à Jérusalem.

Le même jour à 14h, d’autres soldats enlèvent Ayham al-Hedra (13 ans) à la sortie de son école à al-Tur (mont des oliviers, faubourg de Jérusalem).

Mercredi à minuit trente, l’occupant arrête Mahmoud al-Douri (17 ans) et Qusai al-Nouri (17 ans) après avoir pris d’assaut leurs maisons à Bethléhem.

Il n’y a pas de limite d’âge. Dimanche, dans le quartier d’al-Sawana, à Jérusalem, l’occupant perquisitionne la maison de Ikrima Sabri, prédicateur d’al-Aqsa. Ils l’emmènent au centre d’interrogatoire de Moscobiya où il est soumis à la question pendant 6 jours sous prétexte qu’il aurait appelé à un soulèvement – ce qu’il nie farouchement.

Relâché, il lui est interdit de pénétrer dans sa mosquée d’al-Aqsa pendant une semaine – interdiction qu’il bravera le vendredi suivant avec le soutien de nombreuses personnalités (https://www.aa.com.tr/fr/politique/malgr%C3%A9-linterdiction-isra%C3%A9lienne-cheikh-ikrima-sabri-pr%C3%A9dicateur-dal-aqsa-acc%C3%A8de-%C3%A0-la-mosqu%C3%A9e/1712419). Ikrima Sabri a 82 ans…

Sus aux oliviers !

Pour les paysans palestiniens, la récolte des olives est le moment de tous les dangers. Souvent l’occupant n’autorise la cueillette que quelques jours par an. Pour les colons, c’est l’ouverture de la chasse ! Ils ne détestent pas seulement les Palestiniens, ils haïssent aussi leurs oliviers nourriciers, tellement moyen-orientaux, tellement inséparables d’une Histoire et d’un terroir qu’ils voudraient effacer…

Israël inaugure à sa façon la récolte : lundi, il arrête Mohammed Khatib, coordinateur de la campagne internationale de soutien aux cueilleurs d’olives, en même temps que deux humanitaires israéliens (voir l’article https://europalestine.com/2021/10/14/palestine-la-photo-qui-montre-la-violence-de-larmee-israelienne-pendant-la-cueillette-des-olives/). Il sera relâché sous caution deux jours après.

A Jewish settler (R) and a Palestinian man confront each other as settlers try to stop tens of Fatah movment members and supporters from planting olives trees on occupied land near the Israeli settlements of Kharsina and Kiryat Arbaa, next to the flashpoint West Bank city of Hebron, on January 1, 2010. Palestinian Fatah supporters clashed with Israeli settlers with sticks and fist fighting when the settlers tried to stop them from planting the olive trees on the 45th anniversary of the launch of armed struggle against Israel by the secular Fatah movement led by Palestinian Authority president Mahmud Abbas. FP PHOTO / HAZEM BADER

Jeudi après-midi, à Aqraba, une bande de colons attaque et expulse les paysans en train de récolter leurs fruits. Même scénario non loin de là à Burin. Dans le même secteur, à Khirbet Yanoun, ce sont des bergers qui sont traqués à coups de fusil.

La chasse aux cueilleurs d’olives se poursuit le vendredi à Kafr al-Dik, à Bidya et à Tarqumiyah, où les vandales en kippa arrachent 100 arbres. Samedi, les colons sévissent à Kafr Thulth. A Burin, ce sont les miliciens de la colonie qui attaquent les paysans. Dimanche, les colons font leurs ravages à Deir al-Hatab et Khirbet Yanoun. Lundi, ils sévissent à Qaryut et à Deir al-Hatab, où ils blessent deux paysans qui doivent être hospitalisés.

A al Mazraa, les assaillants mettent le feu aux arbres symboles de paix. Tout un symbole !

Les bulldozers de la colonisation

Les colons aiment aussi faire des cartons sur les voitures palestiniennes (reconnaissables à la couleur verte de leur plaque). Ainsi, samedi, à Beitin, trois femmes sont blessées dans le caillassage de leur véhicule.

Pendant que les colons donnent libre cours à leurs « espiègleries », l’armée s’occupe des choses sérieuses. Mercredi, les militaires nivellent un terrain à Beit Sahour. Il s’agit de construire une nouvelle route réservée aux colonies, route où l’on ne rencontre ni checkpoints ni Palestiniens ! Jeudi, à Wadi Yasuf, dans le gouvernorat de Salfit, des engins de chantier procèdent à des travaux de terrassement en vue de créer une station d’autobus qui doit desservir la colonie d’Ariel. Les « autochtones » récalcitrants subissent une arrestation et cinq blessés. Dimanche, dans sa rage de réécrire l’Histoire, l’occupant profane et rase un cimetière musulman pour y construire un disneyland « biblique » (voir l’article https://europalestine.com/2021/10/15/israel-detruit-le-cimetiere-musulman-dal-yusufiya-a-jerusalem-video/)

Démolitions, confiscations, vols…

Muran et Omranin Zari sont deux frères qui habitent le village de Bab al-Shams, non loin de Jérusalem. Jeudi matin, les bulldozers israéliens détruisent leurs maisons. Mardi, c’est au tour de Suleiman al-Jahalin de voir son habitat réduit en gravats. Tous trois appartiennent à la communauté bédouine. « Ils n’ont qu’à nomadiser » semble dire l’occupant.

« Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi on en discute… éventuellement…». En vertu de ce sage principe, les soldats de l’armée la plus morale empochent 1300 shekels appartenant à Yasser Hammad lors d’un raid nocturne sur Qalqilya. Dans la foulée, ils s’emparent de la voiture de son frère aîné.

Ces grands bâtisseurs aiment particulièrement le matériel de construction : des briques saisies sous des tentes bédouines (dimanche dans la vallée du Jourdain) au bulldozer « emprunté » à Yatta en passant par la bétonnière réquisitionnée à Rafat. Cela leur apprendra à vouloir faire des travaux sur la terre que Dieu a donnée aux Juifs !

L’occupant profite aussi de la détention de Palestiniens pour agrandir son patrimoine : emprisonné avec ses deux fils, Mamoun Qatesh peut dire adieu à sa voiture.

Dans Gaza assiégée

Les inoffensifs bateaux de pêche sont toujours dans la ligne de mire de la marine de guerre israélienne. Par huit fois, ils sont ciblés et les pêcheurs doivent rentrer bredouille, trop heureux d’être sains et saufs. Vendredi, un bateau est confisqué, privant les pêcheurs de leur gagne-pain. Mardi, un bateau utilisé en guise de phare pour baliser de nuit la zone de pêche est saisi au large de Rafah.

Les terres agricoles sont aussi visées samedi et lundi près de Khan Yunis.

Lundi, un feu se déclare dans un dépôt d’ordures près de Gaza ville. Un SUV militaire franchit la barrière de séparation, chargé de soldats qui tirent en direction des pompiers, les forçant à fuir sous la surveillance de drones militaires. L’incendie sera finalement éteint après que l’occupant, dans sa grande mansuétude, en ait donné l’autorisation.

En Cisjordanie entravée

Aux 108 points de contrôle permanents se sont ajoutés cette semaine 62 checkpoints improvisés et 6 fermetures de points stratégiques. Non sans conséquences…

Ainsi, vendredi, le bouclage de l’entrée de Kafr Qaddum suscite une protestation des villageois dont la répression cause trois blessés.

Parfois, les colons profitent de la nasse tendue pour agresser les Palestiniens. Ainsi, samedi, la fermeture de la route reliant un village à Jérusalem permet aux voyous de Har Shmuel de caillasser les voitures immobilisées. Histoire de ne pas perdre la main…

(Compilé et traduit par Philippe G. pour CAPJPO_Europalestine à partir du Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), duPalestinian Monitoring Group (PMG): http://www.nad.ps/ , de la compilation de Leslie et Marian Bravery* (Palestine Human Rights Campaign, Auckland, Nouvelle Zélande).

CAPJPO-EuroPalestine

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