États-Unis: le témoignage choc d’un ancien détenu des prisons de la CIA

Publié le : 30/10/2021

Un membre d’Amnesty International en protestation pour demander la fermeture de la prison de Guantanamo, devant l’ambassade américaine à Bruxelles en juin 2021, lors d’une visite du président américain. AFP – NILS QUINTELIER

Texte par : RFI

Majid Khan, ancien messager d’al-Qaïda passé par Guantanamo notamment, était jugé vendredi 29 octobre. Il a écopé de 26 ans de prison. À cette occasion, il a pu détailler les violences qu’il a subies lors d’interrogatoires de l’agence américaine du renseignement CIA. Ses révélations en disent long sur les atrocités commises dans les prisons secrètes.

« Un donjon » où « on me traitait comme un chien ». Voilà comment Majid Khan décrit les sites de la CIA, où il est resté enfermé trois ans, à partir de son arrestation pour terrorisme, à Karachi, le 5 mars 2003. Cet homme né au Pakistan, 41 ans, est le premier détenu à témoigner des sévices subis dans les prisons de la CIA.

Torture, viol, menace, les violences physiques qu’il décrit sont légion. Par exemple, ces interrogatoires pendant lesquels on a immergé sa tête recouverte d’une cagoule dans l’eau glacée jusqu’à ce qu’il parle, des simulations de noyade.

Il était pourtant passé aux aveux quelques jours après sa capture, reconnaissant avoir participé à une tentative d’assassinat du président pakistanais, ou encore avoir remis 50 000 dollars à des membres actifs d’al-Qaïda dans l’archipel d’Indonésie.

Il évoque des agressions sexuelles : « J’ai été violé par des médecins de la CIA. Alors que j’étais ligoté, ils ont introduit des tubes et des objets dans mon anus. » Parle d’un tuyau d’arrosage notamment. « Chaque fois que j’étais torturé, je leur disais ce que je pensais qu’ils voulaient entendre. Je mentais pour que les violences s’arrêtent. »

► Lire aussi : Guantanamo ou l’héritage de la torture, ni procès ni fermeture

Par l’intermédiaire d’une lettre de 39 pages, lue pendant l’audience, cet ancien de Guantanamo notamment affirme avoir été suspendu par des chaînes pendant plusieurs jours, nu, sans manger, dans des cellules sans fenêtres au sein de plusieurs prisons secrètes de l’agence américaine, situées dans des pays non identifiés.

Ses interrogateurs, dit-il, menaçaient de s’en prendre à sa famille, émigrée avec lui quand il avait 16 ans, dans une vie antérieure, à Baltimore. Par exemple, de violer sa sœur. « Ils me frappaient jusqu’à ce que je les supplie d’arrêter. Le pire, c’était de ne pas savoir quand les coups allaient venir, ni d’où ils partiraient », confie Majid Khan.

Se déclarant presque aveugle sans lunettes, il assure qu’après que les siennes ont été cassées, il a « dû attendre trois ans avant de recevoir une nouvelle paire ». Du fait de plusieurs nuits de privation de sommeil, « je me rappelle avoir eu des hallucinations, voir une vache et un lézard géant. J’avais perdu tout contact avec la réalité. »

Cela a donc duré jusqu’à 2006. Pourtant, Majid n’a cessé de coopérer avec les services américains après son arrestation. « Mais plus je coopérais, plus ils me torturaient », dénonce cet émigré aux États-Unis, recruté par des membres de sa famille appartenant à al-Qaïda pendant une visite dans son pays d’origine.

Pas de réaction pour le moment à la CIA. En 2014, un rapport sénatorial épinglait déjà l’agence pour sa pratique de la torture après les attentats du 11-Septembre. Majid Khan, de son côté, a affirmé vendredi qu’il pardonnait à ses tortionnaires.

► À relire : Rapport sur la torture à la CIA, un exercice de démocratie compliqué

« Cela fait près de 20 ans que je suis détenu et maintenu à l’isolement, j’ai payé cher », constate-t-il en effet, ajoutant : « Je rejette al-Qaïda, je rejette le terrorisme (…) Je serai en paix quand je me serai pardonné et quand j’aurai pardonné aux autres le mal qu’ils m’ont fait. » « À ceux qui m’ont torturé : je vous pardonne. Tous. »

« Les mots forts de Majid », explique l’une de ses avocates, Me Katya Jestin, « révèlent les atrocités dévastatrices commises par notre propre gouvernement au nom de notre sécurité nationale ». Et de conclure : « Le programme de la CIA a été un échec, et il était contraire à nos principes démocratiques et à l’État de droit. »

Le jury l’a condamné à 26 ans de détention, selon un porte-parole du tribunal militaire. Mais compte tenu d’un accord passé avec le juge lorsqu’il a plaidé coupable, il pourrait être libéré l’an prochain.

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