Enquête sur les tortures, viols et meurtres de civils par les forces irakiennes.

Al-Thawra news vous propose cette traduction intégrale (depuis l’anglais) de l’article publié le 19 mai dernier par le journal allemand Der Spiegel sur l’enquête d’un photographe qui a accompagné des membres d’une unité spéciale irakienne dans leur combat contre l’Etat islamique. Lors de ses investigations, le photographe est malgré lui le témoin de crimes de guerre. Si d’une manière générale nous ne partageons pas la ligne éditoriale, très critiquable, de l’hebdomadaire Der Spiegel, nous faisons cependant le choix de traduire et publier cette enquête sérieuse et révélatrice du drame qui se déroule actuellement en Irak.

Le prisonnier Mahmoud, détenu au siège de la force de la Division d’Intervention d’Urgence Irakienne (ERD). Il était accroché au plafond avec ses bras derrière son dos et alourdit par des bouteilles d’eau. Par la suite, les coups ont commencé à pleuvoir.

Accusations de torture contre les forces spéciales irakiennes

Ali Arkady, un photographe et cinéaste documentaire irakien, qui est bien informé de ce qui se passe dans son pays depuis 2006, n’est pas seulement un excellent photographe, mais également un connaisseur des différents conflits en Irak de part les nombreux contacts qu’il a dans le pays.

Depuis 2011, il travaille avec Der SPIEGEL ; les scènes de torture, de viol et de meurtres ciblés commis par les forces de sécurité irakiennes qu’Arkady a photographié et filmé méticuleusement l’année dernière pendant une période d’un mois, ont confirmé les observations similaires des organisations de défense des droits de l’homme et les déclarations de témoins, ainsi que ce que SPIEGEL a déjà rapporté dans ses enquêtes sur les forces de sécurité irakiennes.

En mai de l’année dernière, le journaliste de SPIEGEL, Arkady, est allé enquêter dans la ville de Toozkhurmatu, au sud de Kirkouk, sur les traces d’une campagne d’éviction forcée et de meurtres menée par des milices chiites. Des témoins ont évoqués les kidnappings et disparitions forcés des membres de leurs familles. Déjà à cette époque, différents rapports évoquaient la disparition de près d’un millier de sunnites, de a seule ville de Toozkhurmatu.

Ceux qui ont fui les autres provinces d’Irak ont ​​confirmé les enlèvements, mais il n’y avait pas de preuves au-delà des témoins et des lieux abandonnés et déserts.  Cependant, Ali Arkady a maintenant délivré, par l’authenticité de sa documentation, l’identité des responsables. Ses descriptions contrastent avec les rapports officiels sur la campagne de libération de Mossoul. Beaucoup de journalistes ont décrit les unités de l’armée irakienne comme des libérateurs. Peut-être parce qu’ils n’ont tout simplement pas vu, ou n’ont pu voir ce qui se passaient en dehors de la ville elle-même. Lorsque la Division des interventions d’urgence (ERD), une unité militaire du ministère irakien de l’Intérieur, déplaçait ses victimes non seulement depuis les zones urbaines de Mossoul, mais aussi des villages des alentours, toujours de nuit, aucun journaliste n’était présent. Ali Arkady a accompagné la force de la Division d’Intervention d’Urgence (ERD) et a écrit le rapport retranscrit ci-après.

—————————————————————————————————————————————–

Je viens de Khanaqin, une petite ville au nord-est de l’Irak, où se rencontrent les parties kurde et arabe. Pour nous, il était toujours normal que les sunnites, les chiites, les Kurdes et les Arabes vivent ensemble. C’est peut-être pour cette raison que j’ai cru, plus que d’autres, que des Irakiens d’origines différentes peuvent vivre ensemble dans le futur.

En octobre de l’année dernière, j’ai commencé un projet pour accompagner deux membres de la Division d’intervention d’urgence (ERD). Je voulais documenter la lutte contre l’«État islamique» (EI). C’était, du moins, le plan initial. Je connaissais deux membres de cette unité qui ont participé à la libération de la ville de Falloujah. Ils m’ont déjà dit qu’ils étaient capables de tuer des gens, mais je pensais que c’étaient des blagues.

En automne, lorsque les opérations de la libération de Mossoul ont commencé, j’ai rejoint le capitaine Omar Nazar, un sunnite, et le sergent Haider Ali, un chiite. Selon les clichés en vogue, ils étaient “adversaires”, mais ces deux étaient des “copains”, des amis et frères d’armes sur le champ de bataille. Je les ai accompagnés et filmés pendant des jours. Avoir ces deux “protagonistes” dans le documentaire, c’était l’occasion de montrer que les sunnites et les chiites d’Irak sont tous impliqués dans la lutte contre l’”État islamique”. Donc, j’ai configuré une page Facebook. On l’appelait Happy Baghdad. J’ai posté une vidéo de deux minutes de ces deux hommes sous le titre ” des Liberateurs, et non Destructeurs”. Les réponses étaient écrasantes, et la vidéo avait 345 815 vues, un grand nombre de commentaires, la page a été partagée 1360 fois. Je pensais être sur le bon chemin. Je pensais suivre ces deux jusqu’à la fin de cette guerre pour la libération de Mossoul. Ils allaient être les “héros” de mon histoire. L’objectif était de montrer que ce ne sont pas seulement les combattants d’élite de la “Division d’Or” qui sont des héros, mais également les membres des unités de la Division d’intervention d’urgence (ERD), des éléments “courageux” et pouvant accomplir des réalisations remarquables.

Arkady2PHOTO : ALIARKADY/VII/REDUX/LAIF

L’Unité d’Omar et Haider, la Division d’intervention d’urgence, était au départ une petite unité. Mais depuis l’été 2014, lorsque l’ensemble de l’Irak est devenu le terrain d’une guerre généralisée contre l’EI, l’effectif de cette force a rapidement augmenté. Elle a été divisé en trois groupes: les enquêteurs, les tireurs d’élite et les combattants de terraint. Le capitaine Omar Nazar a commandé le groupe de combat dans lequel le sergent Haider Ali évoluait.  Les hommes ont mené des raids et des opérations commandés tous les soirs. Ils ont été formés par les Américains en particulier.

Le commandant de l’ERD, le colonel Thamer Muhammad Ismail, m’a donné la permission d’accompagner l’unité lors de ses missions, et à chaque bataille, la victoire a renforcé la confiance en mes protagonistes. À la fin d’octobre 2016, j’étais avec Omar et Haider au siège de l’Unité à Kajara, au sud de Mossoul, non loin d’une base américaine, et là, j’ai pris des photos pour SPIEGEL.

Le 22 octobre, les hommes d’Omar sont venus avec deux jeunes prisonniers à la base. Je les ai photographiés mais je ne savais pas ce qui aller leur arriver. Les soldats m’ont dit plus tard, après avoir torturé ces prisonniers pendant trois jours, qu’ils étaient membres de l’EI. Une semaine plus tard, ils ont été assassinés. À partir de ce moment, mon projet a commencé à changer. Mes “héros” ont fait quelque chose que je n’aurais jamais cru possible. Au début, ils m’ont permis de regarder ce qu’ils faisaient, et d’utiliser ma caméra.

Je suis rentré chez moi en même temps qu’Omar et Haider avaient également deux semaines de permission. Nous avions décidé d’aller au nouveau siège de l’Unité, à Hamam Al-Alil, un peu plus proche de Mossoul, et je suis retourné pour reprendre mon projet.

Je suis arrivé avant les autres, le 11 novembre, j’ai ainsi appris à connaître les autres officiers. Les choses étaient pires, bien pire que ce que j’avais espéré ou imaginé : on torturait, violait et assassinait les gens pour des soupçons les plus légers et vagues, ou même…sans soupçons. Les soldats venaient de reprendre le village de ‘Abd al-Kabr des mais de l’EI. Le capitaine Thamer Al-Douri, du Service du renseignement, était responsable des raids.

J’étais là quand, la nuit, plusieurs hommes ont été arrêtés, parmi eux aussi Ra’ad Hindiya, le gardien et le nettoyeur de la Mosquée du village. Il a été accusé par un des “indics” d’être un supporter de l’EI. Tout d’abord, il a été emmené seulement quelques heures pour interrogatoire, mais le capitaine Al-Duri m’a dit que Hindiya avait été arrêté à nouveau il y a quelques jours, puis qu’il a été tué. Le 22 novembre, dix soldats, bien équipés avec des dispositifs de vision nocturne, ont entrepris un raid. Les troupes américaines dans la région ont été informées et ont suivi le raid nocturne avec un drone.  Ra’ad Hindiya dormait avec sa famille dans une pièce lorsqu’il a été arrêté. Les soldats l’ont emmené au capitaine Omar Nazar, mon protagoniste, où il a été torturé pendant des heures avant de l’envoyer le matin au quartier général du Service du renseignement. Là, il a été de nouveau torturé, pendant une semaine. Il a été lui et d’autres suspects, tué. C’est ce que le capitaine Thamer Al-Douri m’a dit.  Dans la même nuit, un jeune homme nommé Rashid a été arrêté. Il était clairement innocent, et même les enquêteurs de l’armée irakienne l’ont dit, mais son grand frère a rejoint l’EI, ainsi que sa femme. C’était le drame de Rashid. Il est mort sous la torture après trois jours, et j’ai vu son corps dans le service du renseignement.

C’est alors que débute le cauchemar. Après que la petite ville de Hamam Al-Alil ait été complètement libérée de l’EI, beaucoup de civils qui ont fui les combats sont revenus. L’équipe de la Division a entrepris une campagne d’arrestation de plusieurs dizaines de jeunes hommes afin de découvrir si certains d’entre eux étaient ou non des membres de l’EI.

Parmi les hommes arrêtés, il y avait un père et son fils de 16 ans. Les soldats les ont conduits au quartier général.

Mahdi Mahmoud, le Père, était accroché au plafond, les bras étendus et l’on pesait sur son dos une palette remplie de bouteilles d’eau ; ils ont alors commencé à le battre. Son fils était assis à côté et pouvait entendre les cris de son père. Et j’étais là, et j’ai filmé. Personne ne m’a arrêté. Plus tard, ils ont amené le fils et l’ont battu devant les yeux de son père. Tout est devenu de plus en plus hors de contrôle.

Je pensais: ” Ne vous sentez-vous pas pris au piège? Pourquoi me laisser filmer des personnes torturées? Comment cela peut-il faire partie d’une documentation sur la libération de l’État islamique ?” Mais ils ne pensaient pas comme des journalistes. Pour eux, ce qu’ils faisaient était normal.  En même temps, je me suis dit: ” Tu dois continuer à filmer ça ! Tu dois le documenter afin de prouver ce qu’ils ont fait et montrer aux autres leurs crimes de guerre “.

Des journalistes étrangers se trouvaient dans la région, mais ils ne venaient que pendant la journée et, dans l’après-midi, ils retournaient toujours à Arbil, dans la région kurde. Et ainsi, la nuit, j’étais seul, avec les troupes du ministère de l’intérieur.  Nous nous sommes rendus au milieu de décembre de l’autre côté du Tigre, dans une nouvelle base à Bazwaia, dans la banlieue orientale de Mossoul. Il y avait deux jeunes frères, Laith et Ahmed, que la “Division d’Or” a arrêté, mais ensuite relâché par manque de preuves. Ils ont été par la suite re-capturés et ramenés à la base, mais dans la nuit, il n’y avait pas d’officiers là-bas, seulement les soldats responsables de la torture. Ils ont commencé à torturer les deux frères, par des coups d’abord, puis ils ont poignardé à plusieurs reprises Ahmed derrière son oreille avec un couteau. C’était une technique qu’ils avaient appris d’experts américains, Ali, l’un des soldats, s’en vantait. J’étais surpris, effrayé qu’ils me laissent tout filmer. Je suis resté pendant une heure.

Le lendemain matin, un soldat m’a dit que les deux frères avaient été torturés à mort pendant la nuit, et il m’a montré une vidéo de leurs corps, qu’il m’a même envoyé par l’intermédiaire de WhatsApp.

Le 16 décembre, les deux soldats, Omar et Haidar sont arrivés à Bazwaia. Plus tôt cette nuit-là, les soldats ont reçu divers noms d’hommes d’un “serpent” [indic] rapportant que ces derniers auraient combattu pour l’EI auparavant.
Les soldats sont tout simplement parti arrêter ces hommes sans plus d’éclaircissements ou d’ordres provenant des officiers supérieurs, et j’ai été autorisé à venir. Ce soir là, ils ont sortis de leur maison un homme nommé Fathi Ahmed Saleh. Ils l’ont traîné hors de la pièce où il dormait avec sa femme et ses trois enfants. Ensuite, le sergent Haider Ali est entré dans la salle en annonçant que maintenant il violerait la femme. J’ai suivi les autres pour voir ce qu’ils feraient au mari. Cinq minutes plus tard, j’ai rencontré Haider Ali en face de la porte ouverte. La femme pleurait. Le capitaine Omar Nazar lui a demandé ce qu’il avait fait. “Rien”, répond Haider Ali, “Elle a ses règles”. J’ai filmé la pièce où la femme était assise avec son plus jeune enfant dans les bras. Elle m’a regardé. J’ai filmé, sans y penser. Quand j’ai regardé la vidéo plus tard, quand j’ai vu comment elle regardait dans ma direction, en embrassant son enfant, j’ai pensé : elle accepte que je filme dans cette situation afin que les gens puissent savoir ce qui s’est passé!

Arkady4L’épouse de Fathi Saleh, avec son petit bébé. ALIARKADY / VII / Redux / laif

En attendant, les autres soldats ont retourné la maison et ont volé tout ce qu’ils voulaient prendre avec eux. Le dernier prisonnier ce soir-là était un jeune membre des Unités de Mobilisation populaire connu en arabe sous l’acronyme de “Hashd al-shaabi”. Il avait également lutté contre l’EI, mais il était un Sunnite, et le Hashd chiite haïssait les sunnites, alors ils l’ont amené dans le bâtiment d’Omar Nazar, où il a été violé par un des soldats.

Les hommes que j’ai accompagné ont connu des combats difficiles et lourds, mais ils pensaient désormais qu’ils étaient autorisés à faire tout ce qu’ils veulaient et que les meurtres et les viols étaient légitimes. Quand ils sont revenus de leurs raids nocturnes et qu’on leur a demandé ce qu’ils avaient fait, le capitaine Omar a répondu: “Oh, tout! Nous avons emmené les hommes, les femmes et pillé les maisons”. Les supérieurs étaient au courant. Les Américains aussi.

Il y avait même une sorte de concurrence entre la police nationale et la Division d’Intervention d’Urgence du ministère de l’Intérieur : lorsque la première disait à la seconde comment ils ont trouvé et violé une belle femme dans une maison, les hommes de la Division s’y rendent et la violent de nouveau.

La lutte contre l’”État islamique” avait de moins en moins d’importance. Et si les hommes de l’unité ERD ont une stratégie c’est celle de terroriser tous les sunnites de la région pour les forcer à quitter leurs maisons afin de changer les données démographiques du nord de l’Irak.

C’était mon dernier jour à la Division. Je ne pouvais plus davantage supporter de filmer ce qui se passait. J’ai plus tard pensé : “Ces victimes pourraient être ma femme ou ma fille”.

Une fois, le capitaine Omar et l’un des soldats, m’ont demandé de me joindre à eux [dans leurs actes de torture]. C’était une situation absurde, car ils m’avaient déjà tous traité comme un membre de leur équipe. Je devais le faire à cause de la peur. Je suis un Kurde, travaillant pour une agence de photographie américaine, et ils étaient quatre hommes armés, mais j’étais seul. Ils me criaient encore et encore: ” Frappe-le ! Vas-y, fais-le !”J’ai alors donné à un des prisonniers une gifle au visage. Pas trop violente ni trop douce. C’était horrible, et c’était la dernière chose que j’ai faite là-bas. J’ai prétendu que ma fille était malade et que je devais rentrer chez moi, alors je suis retourné dans ma ville natale de Khanaqin, mais seulement pendant quelques jours.

Par la suite, j’ai amené ma famille dans un endroit sûr et j’ai quitté l’Irak, mon pays, car il était clair que ma vie serait en danger dès que je publierai la preuve de ces crimes de guerre. Maintenant, je comprends pourquoi il était si facile pour l’EI de prendre Mosul et d’autres régions sunnites. Les gens ont craint de ne pas survivre sans protection armée, mais finalement, ils ont aggravé leur situation.

Je vis maintenant dans un pays étranger. Où exactement? Je ne le dirai pas, pour des raisons de sécurité. Je me demande parfois ce qu’Omar et Haider pensent de moi maintenant. Je n’ai pas fait de promesses, et je n’ai filmé rien de façon secrète. Ils ont tous vu que j’ai documenté leur abus pendant des heures, et m’ont même envoyé des vidéos de leurs meurtres quand j’ai demandé. Et dans le cas des deux frères tués, ils m’ont même dit explicitement que je pouvais intégrer ces vidéos dans ma documentation. Ils avaient perdu toute notion de ce qui était juste et de ce qui ne l’était pas. À l’origine, je voulais être avec les deux hommes dans le processus de libération de Mossoul comme partie intégrante de notre histoire commune. Cela n’arrivera plus. Je voulais les représenter comme des héros, mais cela n’arrivera jamais.  Il n’est pas facile d’aller ailleurs et de recommencer une nouvelle vie. Khanaqin est ma maison. J’aimais vivre là-bas, mais quitter ma ville est le prix de mon travail et de la publication de ce témoignage.

Et ce prix, je le paierai.

Arkady5Le prisonnier Ahmed, à la mi-décembre, à l’est de Mossoul : la Division d’Urgence l’a poignardé avec un couteau derrière l’oreille. ALIARKADY / VII / Redux / laif

Depuis qu’Omar, Haider et les autres officiers ont compris ce que la publication de leurs actes pouvait signifier pour eux, je reçois des menaces. D’abord, on a posé des questions sur moi : “Nous devons parler à Ali. Où est-il?”. Quand je suis allé au Qatar le 4 janvier 2017, tout était encore calme. Après mon arrivée, j’ai contacté Haider Ali sur Facebook, et lui ai demandé s’il pouvait m’envoyer la vidéo qu’il m’avait montrée et dans laquelle lui et le capitaine Omar Nazar ont tiré sur un de leurs prisonniers par derrière. L’homme courait à travers les steppes et suppliait pour qu’on l’épargne, mais ils lui ont tiré dans le dos, alors qu’il courait, et même après qu’il se fut écroulé au sol.

“Bien sûr”, m’a répondu Haider, et il m’a envoyé la vidéo. Je l’ai encore sur mon téléphone.

Ali Arkady

Traduit de l’anglais par Al-Thawra news

Source (allemand) : https://magazin.spiegel.de/SP/2017/21/151254648/

Traduction (anglais) : https://hayaatq.wordpress.com/…/a-translation-of-a-der-spi…/

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Morts, blessés et arrestations lors d’une manifestation au Bahreïn

ALes forces de sécurité lors d’un raid à Diraz, dans le Bahreïn, le 23 mai.

La police a ouvert le feu mardi 23 mai à Bahreïn pour disperser des manifestants, faisant cinq morts et ravivant les tensions entre la dynastie sunnite et la population à majorité chiite dans ce pays du Golfe allié des Etats-Unis.

Cette opération de sécurité, qui a fait également des dizaines de blessés, a permis selon les autorités de démanteler un sit-in observé depuis des mois dans un village chiite. Elle est survenue après une rencontre à Riyad dimanche entre le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa Al Khalifa, et le président américain Donald Trump.

Siège de la Ve flotte américaine, le petit royaume de Bahreïn est secoué par des manifestations ou accrochages sporadiques depuis la répression en 2011 d’un mouvement de contestation animé par la majorité chiite, qui réclame une véritable monarchie constitutionnelle.

Sit-in contre la politique du régime

Le sit-in dans le village de Diraz, près de la capitale Manama, était observé par les partisans du chef spirituel des chiites, cheikh Issa Qassem, un critique de la politique du régime qui a été condamné à un an de prison avec sursis pour collecte illégale de fonds et blanchiment d’argent.

Pour justifier l’opération, le ministère bahreïni de l’intérieur a expliqué que le lieu du sit-in était « devenu un refuge pour des personnes recherchées pour des questions de sécurité et fuyant la justice ».

Durant l’opération, « cinq décès ont été enregistrés dans les rangs des hors-la-loi » dont 8 autres ont été blessés, a indiqué tard dans la nuit le ministère de l’intérieur. Dix-neuf membres des forces de l’ordre ont été blessés, a-t-il ajouté.

Le Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD), une ONG basée en Grande-Bretagne, avait fait état de la mort d’« un manifestant pacifique dans la répression » du sit-in. Selon des témoins, des dizaines d’autres ont été blessés.

Manifestants organisés

Des photos diffusées sur Twitter par des groupes d’opposition montrent des manifestations organisées, selon eux, dans des villages chiites voisins en représailles à la répression à Diraz.

Amnesty International a indiqué qu’un manifestant décédé, Mohamed Zeineddine, 39 ans, avait été atteint à la tête par des tirs de chevrotine, ajoutant que les forces de sécurité avaient également blessé plusieurs centaines de personnes et en avaient arrêté 280. Amnesty a appelé à une enquête indépendante sur l’usage « excessif de la force » contre des manifestants qu’elle a qualifiés de pacifiques.

La police a procédé à « l’arrestation de 286 personnes recherchées, des évadés de prison ou des condamnés pour terrorisme », a indiqué en soirée le ministère de l’intérieur, précisant que certaines personnes arrêtées avaient « trouvé refuge dans la maison de Issa Qassem ». Dans un premier temps, il avait annoncé l’interpellation de 50 suspects.

Lacrymogènes et chevrotine

Après le démantèlement du sit-in, « il a été décidé de maintenir la police sur place pour assurer la sécurité des habitants », a poursuivi le ministère.

Les forces de sécurité ont fait usage de bombes lacrymogènes et tiré à la chevrotine contre les protestataires qui leur lançaient des pierres et des cocktails Molotov, selon les témoins.

Des partisans de cheikh Issa Qassem tenaient un sit-in permanent depuis que ce dernier a été déchu de la nationalité bahreïnie en juin 2016. Il avait été alors accusé par les autorités d’avoir « abusé de sa position pour servir des intérêts étrangers (…) et incité au sectarisme et à la violence ».

Des dizaines de chiites, dont de nombreux opposants, ont été condamnés ces dernières années à de lourdes peines de prison pour des violences ayant accompagné le mouvement de contestation à Bahreïn. Les autorités nient toute discrimination envers les chiites et accusent régulièrement l’Iran chiite de s’ingérer dans les affaires de Bahreïn, ce que Téhéran dément.

« Trump a donné au roi Hamad un chèque en blanc »

Dimanche, le roi de Bahreïn a eu un entretien bilatéral à Ryad avec M. Trump, en visite en Arabie saoudite. Le président américain a évité d’évoquer la question des droits de l’Homme bafoués à Bahreïn, selon des organisations internationales, et s’en est pris violemment à l’Iran, accusé d’attiser les conflits dans la région.

Au roi de Bahreïn, M. Trump a dit notamment qu’il n’y aurait « pas de tensions avec [son] administration ». A cette occasion, « Trump a donné au roi Hamad un chèque en blanc pour poursuivre la répression de son peuple », a commenté le BIRD dans son communiqué. « L’administration américaine a du sang sur les mains en fournissant sans conditions des armes au régime de Bahreïn dans sa campagne de répression de la société civile », a ajouté l’ONG.

Dans un tweet, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Jawad Zarif, dont le pays est accusé de soutenir les chiites à Bahreïn, a déploré que « le premier résultat concret » des entretiens de Donald Trump à Ryad est « l’attaque meurtrière par le régime bahreïni contre des manifestants pacifiques ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/05/23/morts-blesses-et-arrestations-lors-d-une-manifestation-au-bahrein_5132821_3218.html#6ZGueEWxFWsvtcto.99

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Ces pauvres qui agacent la Tunisie des nantis

Albert Camus disait : « L’homme n’est pas entièrement coupable : il n’a pas commencé l’histoire ; ni tout à fait innocent, puisqu’il la continue ».

Battez-vous, mais ne vous trompez pas de combat. Méprisez la misère, non ceux qui la subissent. Et si vous trouvez niais ceux qui compatissent avec la misère des autres, pensez à ceux qui vivent aveuglement dans la névrose du « toujours plus », s’oubliant dans la tourmente qu’exige leur personnage. Existe-t-il un plus grand mépris de soi ?

Les pauvres agacent les falsificateurs de l’histoire, les promoteurs de la grandeur virtuelle de la Tunisie. Ils ne sont plus méritants et reconnaissants des bienfaits qui leur sont accordés. Voilà qu’ils se mettent à ne plus supporter leur misère, à revendiquer, à dénoncer les injustices, les abus de pouvoir et le déséquilibre du développement régional.

Ils sont agaçants même trop agaçants, car non seulement ils posent des soucis certains pour les responsables politiques actuels, mais en plus, leur lisibilité fait tomber à l’eau tous les bla bla sur le Bourguiba « visionnaire », qui en réalité n’est que l’investigateur d’une politique économique extravertie, et nettement au dépend de l’équilibre entre les régions.

Ces pauvres emmerdent, car ils veulent leur part du « gâteau », ils demandent à être assistés par un Etat trop occupé à subventionner ses hôteliers et à s’épuiser à faire passer un projet de loi qui pardonnerait aux voleurs du pays leurs crimes. « Ce sont des hommes d’affaires », nous dit-on. Drôles d’hommes d’affaire, qui profitent de bas salaires, d’exonération d’impôt et qui restent pourtant insatisfaits. Ces mêmes hommes d’affaire qui s’adonnaient à des opérations de trafic qui ont fait perdre au pays deux points et demi de croissance pendant une dizaine d’années.

Aux yeux des bien-pensants, les pauvres sont des barbares dangereux pour l’ordre public. Comment ces habitants de Tataouine, ont-ils osé renvoyer le chef du gouvernement ? Un jeune aussi raffiné et dynamique qui a pris la peine d’aller leur proposer des solutions de pacotilles pour soulager leurs misères.

Ces gens-là n’ont aucun savoir vivre, ni sens de raffinement. Ils ne pensent pas au bien du pays. Ils ont la haine et ils veulent diviser le pays. A l’issue de l’attentat de Sousse qui a visé l’hôtel de Mme Zohra Driss, celle-ci a eu l’intelligence de demander aussitôt l’aide de l’Etat, alors que les cadavres étaient encore chauds. Elle a eu ce qu’elle demandait. Les « ploucs » devraient s’inspirer de ce type d’élégance et apprendre à battre le fer pendant qu’il est chaud.

Ces pauvres sont bêtes, ils revendiquent la décentralisation et le développement des régions. Il parait que c’est prévu par la constitution, oui mais, ils auraient dû comprendre que les lois, les écrits et les discours officiels existent pour être dépassés dans ce pays.

« Je ne reconnais plus ma Tunisie », crient certains. Qu’est-ce qui a changé dans leur Tunisie ? Les pauvres justement ; d’invisibles, ils sont devenus visibles. Un peu trop aux goûts de ces braves gens : leurs revendications, même tues par les télévisions sont reliées par les réseaux sociaux. On les rencontre à chaque coin de rue en plein centre-ville. Les uns, vendent des « chinoiseries » de tout genre. Les autres brondissent dans un parking pour réclamer quelques millimes. Les plus exigeants ont pris l’habitude d’aller déranger les responsables avec leurs requêtes. Les plus « méchants » bloquent les routes. Les pauvres de ce pays ont changé. Ingrats, ils n’accomplissent plus leur devoir de pauvres. Ils refusent désormais, d’être au service d’une minorité de nantis sans imagination, et leurs relais arrogants déguisés en politiques et bradant des slogans auxquels personne ne croit plus.

Le pire ces déshérités se sont mis à agacer même des pauvres comme eux. Ces derniers font partie de ce qu’on appelle la classe moyenne. Leurs ennemis jurés, c’est ces misérables qui ne restent plus tranquilles. Nostalgiques, ils souhaitent le retour d’un Etat fort qui obligerait tous ceux qui les dérangent à se cacher et se la boucler. Ils veulent la paix pour vaquer tranquillement à leurs petits trafics fantasmant et jonglant avec des millions qu’ils ne possèdent pas encore.

A défaut de partager les millions des nantis, ils se contentent, pour le moment, de partager leurs bêtises et défendre leurs balivernes ; leur coach s’appelle Lotfi Laamari, leur imam préféré Férid El Beji, Leur expert génial est Moez Joudi, leur spectacle préféré l’éternelle Hadhra de Fadhel Jaziri. Les plus « modernes » d’entre eux sont fans de l’émission Capital de M6 et des livres de Paulo Coelho.

Ils se disputent les « j’aime », les « j’adore » et les « bravo » pour les statuts du rejeton de l’exécutif. Au papa, ils pardonnent tout, attendant stoïquement l’apparition de son génie supposé, prêtant à ses discours des subtilités qu’ils n’ont pas. La majorité de ce type de pauvres, sont des humanistes intermittents, ils veulent pardonner aux mafieux, et punir fermement les grévistes, les paresseux et les vendeuses qui oublient de leur rendre leurs petites monnaie (Pour le principe, nous disent-ils).

Dans leurs heures perdues, ils distribuent la nationalité Tunisienne aux uns, la confisquant aux autres. Le malaise des riches est à limite compréhensible, mais la haine des pauvres par ces derniers est pathétique et désespérante. Intransigeante, elle n’a d’égal que la somme de lâcheté, de renoncement et de trahison de leur personne après avoir gagné les miettes que leurs maîtres ont daigné leur laisser. Leur amertume irait en grandissant car la concurrence devient rude, entre eux ; leurs maîtres sont de plus en plus cupides, bêtes et méchants, les pauvres de plus en plus indisciplinés et agaçants, et eux, même pas repus.

Vous recherchez la compagnie des « grands », des inoubliables sensations. Evitez de vous réduire à de simples consommateurs frustrés. Cherchez la compagnie des vrais grands de ce monde, lisez leurs beaux testes, ressourcez-vous avec leurs belles musiques. Ouvrez vos yeux sur la beauté du monde. Les pauvres ne vous agaceraient plus. Avec un peu de chance, vous finirez par remplacer votre dégout par un minimum d’empathie. Et là, vous comprendrez que vous n’êtes point à l’abri de l’injustice de ce monde. Bientôt, vous n’aurez plus le droit aux miettes, quoique vous vendiez. Il vaut mieux échouer à essayer de changer le monde, que de perdre en se conformant à l’ensemble de ses bêtises. Rien n’est plus amer que de se retrouver, à l’automne de sa vie, insatisfait, agacé, ne supportant plus les éclats de rire des enfants, se disant « tout ça pour ça » !

Albert Camus disait : « L’homme n’est pas entièrement coupable : il n’a pas commencé l’histoire ; ni tout à fait innocent, puisqu’il la continue ». Tenter de s’inscrire dans la rupture avec ce monde, injuste et superficiel, est salvateur. Battez-vous, mais ne vous trompez pas de combat. Méprisez la misère, non ceux qui la subissent. Tentez de déloger ceux qui s’assoient dessus, au lieu de les courtiser. Et si vous trouvez niais ceux qui compatissent avec la misère des autres, pensez à ceux qui vivent aveuglement dans la névrose du « toujours plus », s’oubliant dans la tourmente qu’exige leur personnage. Existe-t-il un plus grand mépris de soi ?

22 May 2017Dorra Harrar 

http://nawaat.org/

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Irak : vers une région autonome sunnite dans la plaine de Ninive ?

 Osamah Nujaifi est aussi le vice-président irakien.

Osamah Nujaifi est aussi le vice-président irakien.

Revue de presse : Rudaw (13/5/17)*

 

Erbil, région du KurdistanUn nouveau parti irakien qui a tenu sa première réunion vendredi dernier a pour objectif premier de créer une région autonome sunnite dans la plaine de Ninive.

 

Les membres de ce groupe, appelé le Parti Irakien Uni (United Iraqi Party) a voté à l’unanimité pour l’instauration d’une seconde région en Irak sur les mêmes critères que ceux de la Région autonome du Kurdistan dans le nord du pays.

 

« Nous allons travailler pour une Région de Ninive et un Irak uni dans laquelle les droits de tous les peuples seront respectés, y compris ceux des Sunnites. Au cours des derniers mois, plus de 2000 Arabes sunnites ont été enlevés » a annoncé le leader du nouveau parti, Osamah Nujaifi qui est aussi le vice-président irakien.

 

Les dirigeants irakiens sunnites ont dans le passé soutenu l’établissement d’une région à Ninive avec pour capitale Mossoul dont ils ont pris fait et cause.

 

Le Gouvernement Régional du Kurdistan (KRG) a ouvertement pris position en faveur de la création d’une région sunnite mais Erbil demande le retour des territoires kurdes dans la région de Ninive au cas où « le oui » l’emporterait lors d’un référendum éventuel qu’il espère déterminerait le statut des terres disputées. « Nous avons choisi Erbil car la plupart des réfugiés de Mossoul y a trouvé refuge. Il nous aurait été difficile de nous réunir à Bagdad pour des raisons de sécurité et de politique que nombre de nos membres aurait dû affronter » déclare Khalid Mafraji, officiel du parti.

 

En juillet dernier, le parlement irakien a adopté un projet de loi qui accorde aux capitales provinciales plus de pouvoir dans leurs relations avec le gouvernement central de Bagdad et leur garantit des instruments légaux pour établir des régions semi-indépendantes possédant un pouvoir administratif et politique considérable. Cette décision a été d’une importance capitale pour les sunnites qui ont pendant longtemps désiré une région autonome (1).

 

« La première chose est maintenant de reconstruire Mossoul qui a été dévastée par la guerre de l’EI. L’extrême pauvreté et le chômage une fois pris en charge, nous nous tournerons vers la constitution de cette région à l’intérieur d’un Irak fédéral ». a indiqué Ali Rubaiei, officiel du parti.

Note AFI-Flash : (1) Depuis le renversement du régime baasiste par les Etats-Unis.

Traduction et Synthèse : Xavière Jardez

*Version originale : Rudaw

Sur le même sujet, lire aussi : La région autonome réclamée par des représentants de minorités irakiennes

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Risque d’escalade en Tunisie après la mort d’un manifestant dans le sud

tat.jpg

Un jeune manifestant est mort lundi après avoir été écrasé par un véhicule de la gendarmerie dans le sud de la Tunisie, faisant craindre une escalade dans cette région agitée depuis plusieurs semaines par des protestations sociales.


Une cinquantaine de personnes ont également été hospitalisées pour asphyxie au gaz lacrymogène ou fractures, lors de heurts entre manifestants et forces de l’ordre à El-Kamour et Tataouine, sa préfecture, a indiqué à l’AFP le ministère de la Santé.

La tension est montée durant le week-end à El-Kamour, site désertique à une centaine de km de Tataouine où campent depuis près d’un mois des habitants réclamant une meilleure répartition des richesses et des recrutements prioritaires dans les sociétés pétrolières.

Face à ce mouvement entravant la circulation des camions vers les champs pétroliers et gaziers de Tataouine, le président Béji Caïd Essebsi a solennellement demandé le 10 mai aux militaires de protéger les sites de production du pays d’éventuels blocages. Lundi matin, « un citoyen a été tué à El-Kamour par un 4×4 de la Garde nationale (l’équivalent de la gendarmerie) qui faisait marche arrière. Il est mort après son transport à l’hôpital », a confirmé devant la presse le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Yasser Mesbah.

Tout est fermé

Ce décès est survenu lors d’une manifestation devant le complexe pétrolier et gazier, où les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour repousser les protestataires qui tentaient d’y pénétrer.
Selon le porte-parole du ministère de la Défense, Belhassen Oueslati, les manifestants « ont utilisé des camions pour forcer le barrage » érigé autour des installations. « La situation est stable », a-t-il ajouté lors de ce point de presse.

Son homologue de l’Intérieur a indiqué que 13 policiers avaient été blessés à El-Kamour et Tataouine. Six agents de la Garde nationale ont aussi été touchés dont deux grièvement. Un agent de la protection civile est en soins intensifs, a-t-il ajouté.

M. Mesbah a également déclaré que le siège de la Garde nationale à Tataouine avait été incendié, des véhicules des forces de l’ordre brûlés et la fourrière dévalisée.
Après le décès du manifestant d’El-Kamour, une manifestation de soutien organisée devant le gouvernorat à Tataouine a elle aussi fini en heurts.

Ce rassemblement n’a dégénéré « qu’après les violences à El-Kamour », a assuré à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, un participant. « Tout est fermé à Tataouine. Seule l’armée est là, les policiers et gendarmes sont partis. Nous n’avons aucun problème avec l’armée, qui se comporte de manière très civilisée », a-t-il ajouté.

tata.jpg

On ne lâche rien

Dans le centre de Tunis, deux manifestations -des dizaines de personnes puis quelques centaines- ont été organisées lundi en soutien aux contestataires du sud. Les participants ont notamment repris à leur compte le slogan phare des habitants de Tataouine : « On ne lâche rien ».
« Le peuple de Tataouine revendique son droit au travail et au partage des ressources et (Béji Caïd) Essebsi répond par la force », a fustigé Marwane, la trentaine.

Parmi les rares réactions politiques, le parti islamiste Ennahdha a appelé au calme, tout en jugeant « légitimes » les revendications des habitants de Tataouine.

Dès samedi, l’armée avait procédé à des tirs de sommation pour disperser la foule à El-Kamour, pour la première fois depuis l’appel du président Essebsi aux militaires. Le lendemain, le ministère de la Défense a prévenu que l’armée aurait recours à la force contre quiconque tenterait de pénétrer à l’intérieur du site d’El-Kamour.
« La tentative d’entrer par la force dans l’installation protégée par l’armée (…) n’est pas un acte pacifique (…) Cela requiert une réaction », a insisté lundi à la radio le porte-parole du ministère Belhassen Oueslati.

En fonctions depuis moins d’un an, le gouvernement d’union de Youssef Chahed est à son tour confronté à une grogne sociale croissante, en particulier dans les régions périphériques.
Les mouvements prennent régulièrement l’allure de sit-in bloquant routes et accès à certains sites.
La Tunisie, unique pays rescapé du Printemps arabe, avait connu début 2016 sa plus importante contestation sociale depuis la chute de la dictature cinq ans plus tôt, après le décès d’un jeune manifestant lors d’une manifestation pour l’emploi à Kasserine (ouest).

mardi 22 mai 2012

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Nuriye et Semih placés en garde à vue en pleine nuit

garde à vue

Le 22 mai, à minuit heure locale, la police a fait une “descente” dans la maison où Semih et Nuriye sont logés, à Ankara, alors qu’ils entament les premières minutes de leur 75ème jour de grève de la faim.

Quelques heures plus tard, leur avocat annonçait qu’ils avaient été mis en garde à vue par la “lutte anti-terroriste”.

Voilà le déroulement…

Semih twitte : “Descente dans notre maison”

Nuriye de son côté enchaîne deux publications :

“Les policiers du bureau politique, essayent d’entrer dans la maison. Il sont en train de casser la porte”

“A bas le fascisme ! Vive notre résistance ! Nous voulons notre travail ! Nous nous sommes pas rendus, ne nous rendrons pas !”

Esra, la compagne de Semih devant la porte que les policiers essayent de couper de l’extérieur : “Ces gens sont venus au commissariat aujourd’hui pour pointer [dans le cadre de leur contrôle judiciaire], vous ne leur avez rien dit, et vous venez en plein nuit, pour casser la porte ! quand est-ce que vous nous avez convoqués et nous ne nous sommes pas présentés ? Vous savez très bien où ils sont dans la journée, pourquoi ne les arrêtez-vous pas dans la journée ? C’est plus facile de venir en plein nuit !”

Et le monde entier suit en direct…

Les avocats du HBB (Association Le bureau du Droit du peuple) rejoignent Nuriye et Semih. Nous apprenons toujours par leur Twitter :
“Nous sommes dans la maison, la fouille continue. Les policiers on un mandat pour la fouille de la maison et un ordre d’arrestation pour Semih et Nuriye. Le procureur a motivé l’ordre comme ceci “Ils pensent créer un nouveau Gezi [ révolte de 2013] ou un nouveau Tekel [2009]”.

Selçuk Kozağaçlı‏, avocat annonce :
Ils ont bloqué les routes. Ils fouillent la maison et confisquent les livres. Ils veulent emmener Nuriye et Semih.

https://twitter.com/S_Kozagacli/status/866427144741769217

02:44 heure locale / 01:44 heure française
L’avocat Selçuk Kozağaçlı‏ enchaîne les twitts :

Nuriye et Semih vont bien. La police continue à chercher du “Gezi” et du “Tekel” dans la maison….

Préparations pour des arrestations en masse. Ils planifient de charger les avocats refusant l’arrestation avant un entretien avec le Procureur.

L’attaque pour des gardes à vue a commencé.

Des gardes à vue avec violences ont commencé

Les personnes qui disent ne touchez pas Semih et Nuriye sont traînées, molestées, menottées.

Esra est arrêtée.

L’avocate Ebru Timtik trainée au sol, arrêtée. Son crime : avoir demandé à s’entretenir avec le Procureur.

L’avocat Aysegül Çağatay a été trainée au sol, et mise en garde-à-vue. Son crime : essayer d’empêcher qu’on fasse du mal à ses clients

Les avocats protestent en tapant à coups de poings sur le véhicule de la garde à vue. Nuriye et Semih sont toujours à la maison. Nous luttons.

Malgré tout, Nuriye et Semih seront placé eux aussi en garde à vue.

Sur le coup de 04:h20 heure locale / 03:20 heure française, l’avocat Selçuk Kozağaçlı fait une déclaration devant les caméras de Ortak Yasam, qui émet en direct sur la page Facebook :

“Nous n’avons pas pu procurer les originaux des documents, mais avons vu l’ordre d’arrestation. Ils sont motivés par des possibilités et risques “futurs”. Ils notifient que l’initiative de Nuriye et Semih, risque de se transformer en une vague de manifestations plus large comme pendant Gezi et Tekel. Dans le Droit un ordre d’arrestation ne peut pas être donné pour un événement qui n’est pas encore déroulé.

Ils reviendront, je pense très vite, car les raisons avancées pour leur arrestation ne sont pas légales. C’est la troisième fois qu’ils se font arrêter par le même bureau. Les deux premières fois, les ordres étaient motivés comme ‘lien avec une organisation illégale’, mais cela n’a rien donné et ils sont sortis. Cette fois, ils n’ont trouvé que ces prétextes qui ne sont pas acceptables.”

Les deux avocates ont été arrêtées, parce qu’elles voulaient protéger Semih et Nuriye et insistaient pour un entretien avec le Procureur. Quant à Esra, elle était inquiète pour la santé de Semih et Nuriye et voulait empêcher leur garde-à-vue.

Lors des fouilles, la police n’a rien trouvé à la maison. Elle a alors confisqué les deux livres que chacun lisait, les deux tabliers avec slogans, et leurs petits ordis qu’ils utilisent pour vous saluer de temps en temps.

Pour le moment leur santé va bien. Mais ils ont été bousculés, traînés, bras tordus, arrêtés vraiment avec usage de la force. Nous verrons les conséquences dans la nuit. Mais, en tout cas, ils disent qu’ils ne céderont pas. Ils vous remercient et vous confient leur ‘espace de résistance’ pendant leur absence.

En fin de nuit, au moment où nous écrivions cet article, Nuriye et Semih étaient toujours détenu dans les locaux de l’anti-terrorisme, après un contrôle médical. Les avocats avaient apporté eau et sucre, mais disent que si la garde à vue se prolonge, la police pourraient couper ces fournitures essentielles à la survie, et donc “forcer” à l’arrêt de la grève de la faim.

Paradoxe policier et étatique, qui consiste à menacer de mort des grévistes de la faim.

* Ajout du 15h : Et cela continue… Suivez en live sur le Twitter de @KEDISTAN ou les résumés sur sa page Facebook *

Vous pouvez retrouver tous les articles de Kedistan sur Nuriye et Semih en suivant ce lien

http://www.kedistan.net/2017/05/22/nuriye-semih-places-garde-a-vue-nuit/

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Tunisie : grève générale à Tataouine

tataouine_1495435604.jpg

Une grève générale sera observée au gouvernorat de Tataouine suite à un appel lancé par la coordination des sit-in. La grève concernera tous les établissements publics et privés.

Cette grève ne concernera pas les boulangeries, les hôpitaux et les écoles primaires car les élèves passent les examens. La décision de la grève a été prise suite aux tensions causées par la fermeture de la station de pompage du pétrole à El Kamour samedi dernier.
Une réunion urgente entre le chef du gouvernement et les ministres de l’Intérieur et de la Défense. Il a été décidé d’envoyer des renforts de la Garde nationale pour soutenir l’armée dans sa mission de surveillance des sites pétrolifères et pour rouvrir la station de pompage. Une décision a été prise pour poursuivre en justice tous ceux qui enfreignent la loi.

22 Mai 2017 07:41
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire