Communiqué du groupe légal de la Coordination contre la répression Paris / IDF

Encore une fois, l’État a fait usage d’une violence physique
inouïe envers les manifestant·e·s doublée de nombreuses interpellations
sous le désormais classique chef d’inculpation de »groupement en vue
de… ». Ce délit d’intention lui permet d’arrêter à peu près tout le
monde, sous prétexte d’être muni·e d’équipements de
protection devenus nécessaires au fil des années voire d’être simplement
présent·e dans des cortèges inondés de gaz lacrymos. Ces armes de
dissuasion massive n’entament pourtant pas la détermination des
manifestant·e·s et la défense collective qui s’organisent contre
les gardes-à-vue (GAV) humiliantes et
arbitraires, les détentions provisoires punitives ou
autres condamnations pour l’exemple.

Il nous a été rapporté à maintes reprises les méthodes humiliantes des
flics. D’abord lors des contrôles d’identité : menaces de fouilles au
corps sur des femmes par des hommes policiers, insultes désormais
banales (« sales gauchistes » ou autres cordialités du même genre, voir à
ce sujet « Paroles de flics
» https://paris-luttes.info/paroles-de-flics-12059). Ensuite lors
des GAV pour constituer des charges afin de pallier le vide des dossiers
: insistance pour que les prévenu·e·s soient photographié·e·s avec des
k-ways noirs ou des foulards – qu’on les aie portés ou pas lors de
l’interpellation, on peut tout à fait refuser de se prêter à cette
ridicule comédie ! -, pressions pour obtenir les codes PIN des
téléphones, complications pour accéder à leurs droits de voir un·e
avocat·e de leur choix ou, pour de nombreux camarades venant d’autres
pays, d’être assisté-e-s d’un-e interprète. Nous avons aussi vu, lors
des contrôles d’identité, les flics consulter des listes de noms
imprimées sur des feuilles de papier… Sans doute pour coincer de
dangereux Gilets jaunes interdit·e·s de Paris ces deniers mois, ou des
personnes visées par les petites fiches du renseignement de la
préfecture de police?
Et aussi lors de la sortie place d’Italie où les manifestant.e.s
devaient se laisser fouiller et abandonner leurs gilets-jaunes pour
pouvoir sortir, il est clair qu’il s’agit-là d’une mesure vexatoire de
plus n’ayant pour finalité que d’humilier celleux qui osent encore
sortir dans la rue et de montrer que la police a tout pouvoir.

Si nous déplorons évidemment l’interpellation de 34 personnes qui ont
ensuite subi 24 heures de GAV lors de l’épisode de la Pitié-Salpêtrière,
nous nous réjouissons que cette nouvelle tentative de discréditer
les manifestant·e·s se soit soldée par la mise en lumière d’un
nouveau mensonge d’État. L’intox ignoble s’est retournée contre son
envoyeur, le sinistre de l’Intérieur Castagneur, grâce aux
témoignages des personnes victimes comme des équipes médicales – même
si, pour nous, la porte fermée au nez des manifestant·e·s reste
terrible. Cela évoque à tou·te·s celleux qui ont vécu
le magnifique cortège du 14 juin 2016 l’ignoble propagande de la pseudo
« dévastation » de l’hôpital
Necker (https://paris-luttes.info/sur-le-non-evenement-necker-6174?lang=fr) et nous
espérons que ce nouvel événement amènera toujours plus de monde
à prendre conscience du véritable visage de nos ennemi·e·s.

Le groupe légal Paris a pu intervenir auprès de 140 personnes, dont deux
mineur·e·s, après des signalements qui ont débuté dès mercredi matin et
se sont poursuivies les deux jours suivants. La préfecture parle de 330
interpellations et 210 GAV à Paris.

Parmi ces 140 personnes, nous en dénombrons une quinzaine qui ont été
relâchées directement des commissariats sans poursuites. Comme quoi, on
peut nous retenir longtemps et nous relâcher sans suites. S’en souvenir
si nous sommes placé·e·s en GAV un jour.

Nous dénombrons une vingtaine de condamnations légères, les fameux
« rappels à la loi » (RAL). Précisons que si cette mesure paraît bien
anodine, un RAL (qui peut-être prononcé pour des durées de un à six ans)
suppose une inscription dans des fichiers consultables par les flics et
les juges. Elle s’applique pourtant souvent à des personnes
pour lesquelles il n’a pu être retenu aucun délit. C’est une logique de
criminalisation intentionnelle et de fichage systématique, l’idée
étant de ne pas relâcher les gens sans que rien ne s’inscrive dans
leur dossier.
La nouveauté de ce 1er mai 2019, ce sont les interdictions de Paris qui
ont accompagné ces RAL – 3 mois pour ce que nous savons. Encore une
atteinte au droit de manifester.

Dans l’ensemble les comparutions immédiates (CI) ont été le plus
souvent refusées par les prévenu·e·s -demandant un délai pour préparer
leur défense. Des procès de « renvoi » sont prévus les 21 et 23
mai, d’autres encore le 14 juin. D’autres ont été renvoyé-e-s au
quatrième trimestre 2019 et un au mois d’août.

Parmi les personnes qui ont refusé la CI, au moins une
dizaine sont actuellement en détention provisoire (DP) en maison
d’arrêt en attente de leur procès.

Fait particulier de ce 1er mai, nous sommes en contact avec une
dizaine de personnes d’autres nationalités -dont un-e mineur. Elles ont
été particulièrement bien soignées par les autorités : après leur GAV
elles sont passées soit par la case « expulsion » et placé-e-s en CRA
(Centre de rétention administrative), à Vincennes ou au
Mesnil-Amelot, soit par la case prison (DP). Le traitement à leur égard
a été des plus aléatoires, car certaines ont été jugées en comparution
immédiate lorsque le Parquet a décidé de les poursuivre (procédure
pénale classique). En l’absence de poursuite pénale, d’autres ont été
traitées selon les procédures du « droit » des étrangers, placées
directement en CRA, sous le coup d’un ordre à quitter le territoire
français (OQTF). Elles sont menacé-e-s d’expulsion avec des
interdictions du territoire français de 24 mois pour ce que nous
savons.

Nous saluons toutes les initiatives visant à enrayer la machine
répressive qui ont eu lieu depuis mercredi dernier et enraciner les
solidarités. Comme le rassemblement qui s’est organisé, dès le 2 mai à
16h30 devant le dépôt de la Cité, la création du « Collectif des 34 » de
la Salpêtrière et les nombreuses personnes qui ont envoyé des
témoignages à la presse dès le mercredi soir, l’appel à rassemblement
devant le CRA de Vincennes ce dimanche 5 mai… Il y en a certainement
eu d’autres. C’est tout ce que le sinistre duo police-justice combat :
rester solidaires des personnes à l’intérieur.

Nous voulons remercier les nombreuses personnes qui nous ont
appelé·e·s pour signaler l’interpellation d’un·e ou de plusieurs
proches. Outre la solidarité effective que cela permet de mettre en
œuvre au moment des premières comparutions devant la justice, c’est
extrêmement précieux que la répression policière et judiciaire soit
combattue collectivement. Le fait de prendre contact avec la ligne
antirep permet de faire des liens entre tou·te·s les manifestant·e·s et
les interpellé·e·s, de déjouer la volonté de nous isoler. Nous ne
déléguons pas non plus à la préfecture la gestion de
nos proches interpellé·e·s. C’est extrêmement déterminant que nous ne la
laissions pas régner en maître mais que nous puissions dresser nos
propres inventaires et constats. Seul·e·s, nous sommes impuissant·e·s.

Nous invitons tou·te·s les personnes interpelé·e·s et plus largement,
toutes celles qui le souhaitent,  à venir à la Coordination qui se
réunit tous les mardis à 18h30 à la Bourse du Travail de Paris.
(voir ici https://paris.demosphere.net/rv/69058).  Nous appelons à aller
au TGI les 21, 23 mai et 14 juin prochains. Ainsi que tous les lundis et
mardis qui suivent les samedis de manifestation Gilets Jaunes. N’hésitez
pas à abonder notre caisse de solidarité et à faire circuler le lien
autour de vous (bit.ly/stoprep). Nous lancerons un appel à dons dans les
tous prochains jours.

Nous en profitons pour vous informer que la Coordination organise un
week-end d’échanges et de formation pour lutter face à la répression
ainsi que pour collecter des fonds, les 1er et 2 juin à la Parole
Errante (Montreuil, M° Croix de Chavaux). Deux jours – et une soirée
festive le samedi soir – pour continuer de tisser des
liens entre collectifs, groupes et individu·e·s qui luttent contre les
violences d’Etat en manif, dans les quartiers populaires, en soutien
aux migrant·e·s et aux sans-papiers comme lors de toutes actions
politiques visant à tenir en respect les patrons, l’Etat et toutes ses
polices.

Vive la riposte collective !

Le groupe Légal de la Coordination contre la répression et les
violences policières Paris-IdF
Pour nous contacter : stoprepression@riseup.net
Notre blog : bit.ly/stoprep
Plein d’infos sur https://rajcollective.noblogs.org/

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