« Ils ont détruit Beyrouth et ils ont le culot de nous traduire en justice »

Le danseur Alexandre Paulikevitch et deux autres militants devant le tribunal militaire aujourd’hui.

 

« Ils ont détruit Beyrouth et ils ont le culot de nous traduire en justice »

Le danseur Alexandre Paulikevitch sera entendu aujourd’hui par le tribunal militaire. Photo tirée de sa page Facebook

La répression de la liberté d’expression se poursuit avec la convocation, aujourd’hui, devant le tribunal militaire de trois manifestants ayant pris part au mouvement de contestation populaire lancé le 17 octobre, dont le danseur et activiste Alexandre Paulikevitch. Il s’agit des premières convocations, par ce tribunal, de manifestants ayant pris part aux protestations antipouvoir. D’autres auditions sont programmées pour les mois à venir, révèle Amnesty International.

« Ces trois militants sont les premiers parmi toux ceux qui ont été arrêtés au fil des manifestations à être traduits devant le tribunal militaire. Cette instance a déjà programmé l’audition d’autres personnes en novembre et même en début d’année prochaine », affirme à L’Orient-Le Jour Sahar Mandour, chercheuse au sein d’Amnesty International. Outre Alexandre Paulikevitch, les militants Dany Mourtada et Amer Jammal devront se présenter au tribunal aujourd’hui.

« Tous les manifestants qui ont été arrêtés à Beyrouth comparaîtront devant le tribunal militaire. De même pour ceux issus du Nord et de la Békaa ; ils sont convoqués progressivement », ajoute Mme Mandour, qui estime que « le pouvoir punit les jeunes pour avoir pratiqué leur doit de s’exprimer et de manifester ». Le tribunal militaire ne devrait pas statuer dans le cadre d’affaires concernant des civils, martèle en outre la chercheuse. « Après la faillite du pays et l’explosion qui a ravagé la capitale, il n’y a plus que la répression qui fonctionne. Le message des autorités est clair : soit vous vous taisez, soit vous quittez le pays », dénonce Sahar Mandour.

Tabassé par six policiers

Contacté par L’OLJ, Alexandre Paulikevitch revient sur les circonstances de son arrestation, le 14 janvier dernier, alors qu’il prenait part à une manifestation devant la Banque du Liban. « Je suis resté au poste pendant plusieurs heures. Puis on m’a relâché à l’aube. En principe, c’était terminé. Et voilà que j’apprends que je suis convoqué par le tribunal militaire », raconte-t-il. « On m’accuse d’avoir résisté aux forces de l’ordre et d’avoir insulté l’institution militaire. Or, dans une vidéo tournée au moment de mon arrestation, on voit bien que j’ai été tabassé par six policiers », souligne l’artiste qui révèle par ailleurs que les forces de l’ordre ont cassé le bras de Dany Mourtada lors de la manifestation.

 

Pour mémoire

Trois heures en coulisses avec Paulikevitch

 

Alexandre Paulikevitch qualifie sa convocation « d’absurde et de surréelle ». « Ils ont détruit la ville et ils ont le culot de nous traduire en justice. C’est juste insupportable et inacceptable, lance-t-il. Nous allons leur faire face dans la presse internationale », assure le danseur, qui confie avoir évoqué sa convocation avec plusieurs organes de presse étrangers. « Après mon arrestation, j’ai dansé lorsque je suis rentré chez moi, à 6 heures du matin, malgré le fait que j’avais mal partout. C’était, pour moi, une façon de résister », raconte M. Paulikevitch qui dit travailler déjà sur son prochain spectacle. « Ce que j’ai vécu ce jour-là, je l’ai traduit à travers la danse. Ma prochaine création s’intitulera Wajaa (douleur) », révèle-t-il. « L’art est un médium politique par excellence. L’hypersensibilité de l’artiste capte les injustices, les malheurs et les transcende », ajoute l’artiste.

« Terroriser les gens »

Sur un autre plan, c’est le journaliste Naufal Daou, farouche opposant au Hezbollah, qui a été convoqué hier matin par la police criminelle pour avoir critiqué l’introduction de médicaments iraniens sur le marché libanais, dans un tweet en début d’année. Des dizaines de journalistes et d’activistes s’étaient rassemblés devant le Palais de justice de Beyrouth afin de le soutenir et de condamner toute atteinte à la liberté d’expression.

Le journaliste Naufal Daou. Photo ANI

« L’entretien a duré une heure. On m’a demandé pourquoi j’ai publié ce tweet sur les médicaments iraniens. Je leur ai expliqué, preuves à l’appui, que ces médicaments contre le cancer ont été mis sur le marché sans avoir été auparavant approuvés par des laboratoires accrédités par l’OMS, explique M. Daou à L’OLJ. J’ai pu prouver que le ministre de la Santé avait reconnu, lors d’une interview, qu’il ne les avait pas encore fait tester mais qu’il allait le faire », ajoute-t-il. Le journaliste estime par ailleurs qu’il ne s’agit que d’un prétexte qui masque les vraies raisons de sa convocation. « On ne m’a pas convoqué à cause de ce que j’ai dit sur les médicaments, mais parce que je critique tout ce qui nous vient d’Iran, que ce soit les médicaments, les armes, ou encore l’idéologie », explique-t-il. Et d’ajouter : « Les régimes répressifs essaient de terroriser les gens. Hitler, Staline ou Assad ont fait cela. Nous nous comportons comme eux maintenant. Mais le pouvoir n’a pas réussi à nous faire peur, et sa fin approche. »

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